Exposer ses enfants sur le net

Prudence Poster des photos ou des vidéos de ses marmots sur les réseaux sociaux: un geste simple, mais qui peut s’avérer néfaste.

Une grimace, une photo. Un fou rire, une vidéo. Les parents jouent les paparazzis depuis que les smartphones les accompagnent au quotidien. Fierté oblige, la tentation de poster ces images sur les réseaux sociaux est grande. Dans un sondage de Coopération paru mardi dernier, 59% des personnes interrogées condamnent cette pratique.
Juriste spécialisé en droit des technologies, François Charlet va aussi dans ce sens: «Contrairement à la mémoire humaine, Internet n’oublie rien, même si on limite l’audience de certaines publications à certaines personnes.»

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Mignon ou humiliant, c’est selon

Personne ne sait ce que penseront les enfants lorsqu’ils auront grandi et qu’ils se découvriront sur la Toile en train de jouer dans leur poussette, de souffler leur première bougie ou de piquer une colère sur la place de jeux. «Certaines scènes mignonnes sur le moment pourraient s’avérer humiliantes lorsque les bouts de chou seront devenus adultes», observe Sibyl Szedressy, mère de jumeaux de 2 ans.

Afin de préserver ses jumeaux, la Genevoise Sibyl Szedressy (31 ans), ne les montre qu’à un cercle d’amis choisis.

Elle se montre critique lorsqu’elle repère toutes les étapes du développement d’un tout-petit sur Internet. «Il a bavé, il a mangé une pomme, il va sur le pot: quel déballage! En plus, j’ai parfois accès à des photos de gens que je ne connais pas. Cela me laisse perplexe.»
Cette physiothérapeute genevoise est adepte de la maxime «Pour vivre heureux, vivons cachés». «Je publie très rarement des photos de mes enfants sur Internet. Ou alors je fais en sorte qu’ils ne soient pas reconnaissables et je veille à bien régler les paramètres de confidentialité.» Elle privilégie en général les albums photos. «Et quand j’ai envie de partager des moments de ma vie de famille, je m’exécute par messagerie, avec un cercle de proches bien choisis.»

Camy et Aidan se retrouvent sur Internet uniquement si on ne les reconnaît pas.

Les enfants ont des droits

Beaucoup de parents et de professionnels de l’éducation s’interrogent sur le bon comportement à adopter. De nombreuses demandes parviennent à Protection de l’enfance Suisse, à Berne. «Nous nous positionnons en faveur d’une pratique judicieuse et bien réfléchie, qui prend en compte l’avis et les droits de l’enfant», indique Flavia Frei, responsable du domaine politique de cette organisation.
Cette spécialiste précise que le droit à l’image est un droit personnel et que tout être humain peut décider de ce qui sera fait des images qui le représentent. Dès qu’un enfant est capable de discernement, il doit pouvoir choisir s’il souhaite ou non la publication de telle ou telle image. Lorsqu’il est trop petit, il appartient à ses parents de gérer son image. «Demandons-nous pourquoi on a envie de publier telle photo et si notre enfant pourrait en être gêné dans quelques années. D’autre part, c’est important d’être conscient qu’on ne pourra pas effacer une photo publiée sur Internet. Même si on la retire, elle a pu être copiée, sauvegardée voire diffusée», conclut Flavia Frei.

Brochure sur le droit à l'image de la Prévention Suisse de la Criminalité

«Réfléchir et faire le tri»

François Charlet (28 ans), avocat-stagiaire à Sion et blogueur passionné par les technologies

François Charlet (28 ans), avocat-stagiaire à Sion et blogueur passionné par les technologies
François Charlet (28 ans), avocat-stagiaire à Sion et blogueur passionné par les technologies

Les enfants bénéficient-ils d’une protection de leur image en Suisse?
Oui, mais a posteriori. Si l’on publie des images d’eux sans qu’ils n’y aient consenti – ou leurs parents s’ils sont mineurs et incapables de discernement – ils peuvent demander qu’elles soient retirées. En cas d’échec, il faudra passer par la case tribunal, pour atteinte aux droits de la personnalité et violation du droit à l’image.

Vous tenez à dire aux parents que poster une image sur le Net n’a rien d’anodin…
Effectivement. C’est de la vie de leurs enfants qu’il s’agit. Il faut réfléchir et faire le tri plutôt que de poster des images tous azimuts. Dès que l’on a publié quelque chose sur Internet, c’est pour toujours. Et des individus mal intentionnés peuvent s’en servir.

Ne peut-on pas garantir l’anonymat de ses enfants?
Avec la reconnaissance faciale et toutes les technologies qui existent aujourd’hui, même si l’on ne publie aucune information avec une image, on arrivera toujours à savoir qui est dessus.

Cinq bons réflexes avant de poster une image

  • Lire les conditions d’utilisation des réseaux sociaux.
  • Être conscient qu’une fois qu’une photo ou une vidéo est publiée, elle ne nous appartient plus.
  • Se demander s’il est judicieux de rendre ses enfants reconnaissables en les exposant de face. Clarifier ce point aussi avec son entourage.
  • Vérifier régulièrement les paramètres de confidentialité de ses comptes.
  • Ne jamais publier d’images d’autrui sans son consentement (ou celui de son représentant légal s’il est incapable de discernement).

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo: Patrick Gilliéron Lopreno, SP

Source: Culture Cross Media

Publication:
lundi 25.01.2016, 14:25 heure



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