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Les bains des Pâquis, un havre de quiétude au centre de Genève.

L’architecture originale des bains du Letten au bord de la Limmat.

Les bains du Letten à Zurich.

On bronze aux bains des Pâquis à Genève.

Les Genevois aiment se retrouver aux bains des Pâquis.

Le sauna des bains des Pâquis à Genève.

Les bains des Pâquis et le Jet d'eau en arrière plan.

Le phare des bains des Pâquis.

La terrasse des bains des Pâquis est très appréciée été comme hiver.

Le maître-nageur discute avec un jeune homme à la piscine de Bellinzone.

Les nageurs de la piscine de Bellinzone sont sous bonne garde.

Farniente les pieds dans l’eau

Coups de cœur Les bains sont comme des îles loin du stress quotidien. On n’y vient pas que pour se baigner mais aussi pour bronzer, flirter ou boire un verre. Plongée aux quatre coins de la Suisse.

Si la cité de Calvin est célèbre pour ses organisations internationales, ses banques et son Jet d’eau, un lieu fait particulièrement la fierté des Genevois: les bains des Pâquis. Construits il y a 143 ans, sauvés de la destruction grâce à une mobilisation populaire en 1988, ils accueillent, été comme hiver, les visiteurs en nombre, pas moins d’un million chaque année!

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«C’est tonifiant et ça libère l’esprit»

Mélanie Deneuve se baigne même en hiver!

Mélanie Deneuve se baigne même en hiver!
Mélanie Deneuve se baigne même en hiver!

Mélanie Deneuve (28 ans) vit à Genève depuis six ans et enseigne à l’école primaire. La jeune femme vient chaque semaine aux bains des Pâquis pour lire, profiter d’un sauna ou se baigner. «Je me baigne dans le lac même en hiver. Ça me procure un bien-être incroyable. J’ai l’impression que c’est bénéfique pour ma santé et que ça renforce mon système immunitaire.» La Française a ses habitudes: «J’enchaîne sauna-nage plusieurs fois avec une plus longue distance à la nage pour finir. J’adore ce chaud-froid. Cette sensation. C’est tonifiant et ça libère l’esprit. En général, je viens le dimanche en rentrant de la montagne après le ski. C’est super relaxant et parfait pour se détendre. J’adore cet endroit hors du temps où je me sens bien. Depuis le sauna, une véritable bulle, c’est intéressant d’observer la ville. Ici, on prend le temps de respirer et de se poser.» Depuis les bains, elle apprécie le panorama sur le Jet d’eau, la rade et les sommets environnants: «J’adore cette vision à 360 degrés sur Genève, du Jura au Salève. La vue est magnifique et le cadre exceptionnel!»

Luca Mariotti Nesurini veille sur les nageurs de la piscine de Bellinzone.

«Un lieu populaire et alternatif»

Mélanie Deneuve donne souvent rendez-vous à ses amies aux bains, pour boire un verre ou manger une fondue sur la terrasse du restaurant: «La fondue est excellente! Une des meilleures de Genève. C’est un lieu de rencontre très sympa, populaire et alternatif avec une population variée. On entend parler toutes sortes de langues. Tout le monde y trouve son compte et peut passer une agréable journée. J’aime faire visiter les bains à mes amis de passage. Ils adorent les découvrir.» L’enseignante va aux bains des Pâquis toute l’année mais les préfère en hiver, lorsqu’il y a moins de monde. «L’ambiance est différente. C’est plus calme.
Il faudrait plus d’endroits comme ça à Genève! Je témoigne car je trouve positif de valoriser un lieu comme celui-là.»
Autre lieu populaire, la piscine de Bellinzone, au Tessin: «Je suis certain que même ceux qui étaient sceptiques au début sont aujourd’hui intimement convaincus de l’utilité des travaux», affirmait le 1er août 1970, lors de l’inauguration, le maire Athos Gallino. À vrai dire, des sceptiques, il y en a encore aujourd’hui. Les premiers signes de vieillissement se manifestent et les travaux pour la construction du nouveau restaurant ne sont pas achevés.

«

De nombreuses familles passent tout l’été ici »

Heinrich Stadler, responsable des bains du Letten

Pourtant, la piscine fait  partie de l’ADN de la ville. «À Bellinzone, l’été rime avec piscine», déclare Luca Mariotti Nesurini (25 ans), étudiant en sciences du sport à Lausanne. «J’aime ses grands espaces verts, sa grande variété de bassins et sa structure architecturale. On a l’impression d’être dans une œuvre d’art à ciel ouvert.» Le jeune habitant de Giubiasco travaille ici comme assistant maître-nageur pour la cinquième saison consécutive, mais ses liens avec la piscine communale remontent à bien plus loin. «Je la fréquente depuis que j’ai 5 ans. C’est ici que j’ai appris à nager et à plonger. Étant petit, je venais avec ma famille, puis avec mes amis, et maintenant en tant que maître-nageur ou pour m’entraîner», nous explique-t-il au bord du bassin olympique.

Les Zurichois apprécient les bains du Letten et plongent dans la Limmat.

Familles italiennes à la piscine

«En semaine, l’ambiance est plutôt locale ici. Il y a les habitués de la zone qui viennent nager tôt le matin ou plus tard dans l’après-midi. Ils se mettent toujours au même endroit et on les entend parler de foot. Il y a aussi les enfants et les familles du coin.
Le week-end, des familles arrivent même d’Italie et l’atmosphère devient alors plus animée et vacancière», constate le maître-nageur. Dans la fraîcheur de ce début de saison, la piscine est encore calme. On entend seulement quelques enfants téméraires sauter des plongeoirs sous l’œil attentif d’une enseignante, et les voix des moniteurs qui encouragent les élèves de natation. «Le boum aura lieu mi-juin avec les cours de natation et l’arrivée des vacanciers.»
En Suisse alémanique, les bains publics sont nombreux, que ce soit au bord des rivières ou des lacs. À Zurich, les baigneurs d’Unterer Letten se sentent comme hors du temps lorsqu’ils plongent dans l’eau. Le clapotis de la Limmat couvre le bruit de la circulation, les arbres centenaires masquent les rues et les cabines en bois de 1909 évoquent un monde révolu. Au cœur de la ville, on entend les oiseaux chanter et l’on peut observer des brochets sautant hors de l’eau et des libellules en train de folâtrer. Pour les Zurichois, le Unterer Letten est une île dans le stress du quotidien.

Luca Mariotti Nesurini veille sur les nageurs de la piscine de Bellinzone.

Conscients des dangers du soleil

Heinrich «Heiri» Stadler (54 ans) en est le gérant depuis seize ans. Le bain se déploie sur trois étages, des vestiaires à la rivière, en passant par les pelouses, les pataugeoires et les bassins pour non-nageurs. «Le badi sur la rivière est un couloir étroit bien délimité, situé en aval d’une centrale sur la Limmat. Ceux qui s’aventurent dans ce canal long de 100 mètres doivent être de très bons nageurs. Le courant y est fort.»
Mais tout le monde ne vient pas pour se baigner, loin de là. De nombreuses familles passent tout l’été à Unterer Letten. En particulier parce que l’entrée est gratuite. On y flirte ou on y joue, notamment au jass, mais moins qu’avant. Pas d’odeurs de friture dans les parages. Le kiosque propose malgré tout de quoi assouvir une petite faim. «Mais pas de saucisses ni de frites», déclare Heinrich Stadler. Son repas préféré au badi: les crêpes aux légumes.
En 34 ans de carrière, le Zurichois a vu passer de nombreuses modes. Il se réjouit des dernières évolutions: «La plupart des gens ne viennent plus forcément pour bronzer, mais aiment également profiter de l’ombre. Ils comprennent le danger que peut représenter le soleil.» Il se réjouit donc de la
présence d’arbres en nombre pour offrir de l’ombre aux visiteurs. Son endroit préféré se trouve sous un if vénérable. Lorsqu’il trouve le temps de se reposer…

Plaisirs sans nuage

Règles pour la baignade de la Société suisse de sauvetage:
- Toujours accompagner les enfants lorsqu’ils vont dans l’eau et rester à proximité immédiate des enfants en bas âge.
- Ne pas entrer dans l’eau en étant sous l’influence de l’alcool ou de drogues.
- Ne pas aller nager le ventre vide, ni juste après un repas.
- Ne jamais sauter à l’eau par forte chaleur.
- Ne pas sauter dans des eaux troubles ou que vous ne connaissez pas.
- Les matelas pneumatiques et les brassards n’ont pas leur place en eau profonde. Ils n’offrent aucune sécurité.
- Ne pas effectuer de longs parcours seul à la nage.

Plus de règles à l’adresse: www.slrg.ch/fr

«À l’époque on se baignait habillé»

Éclairage. Laurent Tissot, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Neuchâtel, parle de l’origine des bains  et de l’évolution du rapport au corps.

Laurent Tissot, professeur d’histoire

Laurent Tissot, professeur d’histoire
Laurent Tissot, professeur d’histoire

Quelle est l’origine des bains publics?
Cette notion remonte aux thermes romains. Il y avait un but hygiénique et de sociabilité. La grande question des bains est née au XVIIIe siècle. En Angleterre, en France, il y a l’idée que l’eau n’est pas quelque chose de mauvais. Il y avait une prédisposition négative de la mer: elle mange les marins! On assiste à un changement net de paradigme. La mer peut offrir des aspects positifs en termes thérapeutiques et médicaux. On assiste à l’émergence du tourisme avec les premières stations balnéaires. Des bains publics sont créés dans les villes suisses pour ceux qui ne peuvent pas aller à la mer.

Pourquoi les femmes étaient-elles séparées des hommes?
C’était une question de moralité. Le clergé était sourcilleux. Il y avait des bassins séparés, des horaires organisés pour les familles. Au-delà de la question hommes-femmes, les bains étaient des espaces fermés aux regards de l’extérieur. Les bains de la Motta à Fribourg sont un exemple célèbre. Leur ouverture a provoqué un scandale. On a alors érigé un mur qui les entoure pour empêcher le voyeurisme. Mais les gens observaient depuis le haut de la falaise!

Comment a évolué le rapport au corps?
La question est de savoir jusqu’où le corps peut se dévoiler en public. Peu à peu les gens prennent plus de liberté par rapport à leur espace corporel. Les premiers bains se prenaient habillé. Il y avait des chariots fermés pour permettre des baignades invisibles. Petit à petit, les gens se dénudent.

Le corps devait rester blanc…
C’était un élément de pureté. Le fait d’avoir un corps hâlé était très mal vu. À la fin du XIXe siècle, le soleil est vu comme quelque chose de bien. Il y a des facteurs thérapeutiques et artistiques. Le corps devient positif. D’où la création de piscines sans murs.

Les bains sont-ils aussi des lieux de rencontre?
Les bains étaient une agence matrimoniale! C’est là que des liaisons se créaient. Le rapport au corps est aussi un rapport au sexe et c’est ce qui était dénoncé par l’Église.

Les piscines modernes menacent-elles les bains publics historiques?
Je ne pense pas. On rénove souvent des bains en préservant l’esprit comme dans le cas de la piscine de Bellerive, à Lausanne. De nombreux bains sont classés. Les architectes ont fait de belles choses, même avec du béton!

1. Les bains des Pâquis, véritable île en face du Jet d’eau de Genève, existent depuis 1872. Ils sont reconstruits en béton en 1930 et sauvés de la destruction en 1988 grâce à une importante mobilisation populaire.
Haut lieu de détente, de rencontres et de culture, ils font la fierté des Genevois qui y viennent été comme hiver.

2. Avec sa fameuse Rotonde, la piscine de Bellerive-Plage, à Lausanne, représente un bel exemple d’architecture des années 1930. Cadre magnifique au bord du lac Léman avec parc et plage.

3. Les bains de la Motta, à Fribourg, construits en 1924, inspirèrent de nombreuses autres piscines en Suisse, comme à Soleure, Berthoud ou Aarburg.

4. Le Marzili de Berne est un bain mythique. Lorsque les Bernoises commencèrent à bronzer sans le haut, on remarqua une présence plus fréquente des parlementaires aux fenêtres du Palais fédéral tout proche.

5. La piscine de Granges (SO), un des plus beaux bains en plein air de Suisse, a été construite dans les années 1950 pour offrir à la population active un lieu pour la détente et le sport. Elle est toujours très prisée aujourd’hui.

6. En 2000, le premier étang de baignade bio public de Suisse naît à Biberstein (AG). L’eau n’est pas chlorée, et les impuretés sont filtrées par l’action naturelle des plantes aquatiques.

7. La piscine Bünzmatt, à Wohlen (AG), est connue pour son architecture originale avec ses champignons de béton et autres cascades entre les différents niveaux des bassins.

8. Les bains publics pour femmes situés le long du Stadthausquai (1887), dans le centre
de Zurich, ont certes perdu beaucoup de substance mais ont conservé tout leur charme.

9. Le bain Unterer Letten, à Zurich. Construit en 1909, ce bain en bois bénéficie de l’ombre agréable de magnifiques arbres. Les familles sont nombreuses à y venir pour se baigner dans la Limmat et profiter du soleil. Ces bains étaient devenus tristement célèbres comme une scène ouverte de la drogue.

10. Bel exemple architectural du Mouvement moderne, le bain Wolfensberg de Winterthour, construit en 1936 et rénové entre 2006 et 2008, invite aussi bien au sport qu’à la détente.

11. Le Rhybadi de Schaffhouse, avec sa vue sur la forteresse du Munot, a été construit en 1870. Ce qui en fait la plus ancienne installation de bains publics avec bassins de Suisse.

12. En plus d’être tout petit, le Rodenbrunnen de Diessenhofen, dans le canton de Thurgovie, est un peu caché: il n’est accessible qu’en vélo ou à pied. Une véritable perle rare.

13. Autrefois, hommes, femmes et enfants se baignaient séparément au Drei Weieren, en ville de Saint-Gall (1897). Aujourd’hui encore, une partie de ce bain intime est réservée aux femmes.

14. Le Lido de Lugano, construit en 1928, fut l’un des premiers à abandonner les pilotis et à faire face au lac et au paysage. Il conserve son charme d’antan grâce aux constructions en bois.

15. Inaugurée il y a 45 ans, la piscine de Bellinzone fit l’objet de controverses, mais reste un chef-d’œuvre d’architecture. Cette année, des travaux sont en cours pour la construction du nouveau restaurant.

Bains tirés du livre «Les plus beaux bains de Suisse». www.patrimoinesuisse.ch

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Basile Weber

Rédacteur

Texte réalisé avec la collaboration de Raffaela Brignoni et de Franz Bamert.

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno, Sandro Mahler, Christoph Kaminski, Patrimoine Suisse, Nina Baisch
Carte Rich Weber, geodata©swisstopo
Publication:
lundi 08.06.2015, 14:49 heure



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