François Couplan ici en Valais: «La nature? Disons qu’elle m’apporte une sorte de liberté, d’amour et d’harmonie.»

François Couplan: «L’important? Ce qui est là, maintenant»

Rencontre L’ethnobotaniste franco-suisse François Couplan, spécialiste des plantes sauvages, nous parle de son rapport à la nature, aux hommes, au quotidien.

«

Je m’efforce de créer le monde dans lequel je veux vivre »

Quarante ans que vous dédiez votre vie aux plantes sauvages. Comment êtes-vous arrivé à la flore, vous qui êtes né au pied de la tour Eiffel?
Ma mère était alpiniste et avait du mal à supporter la pression de la société. Son échappatoire était Chamonix et ses sommets. Quand elle nous a eus avec ma sœur, elle nous emmenait en vacances à Arêches dans le Beaufortain. Donc j’ai approché la nature tout petit et c’était une source d’émerveillement. J’avais plus de facilité à entrer en relation avec les plantes qu’avec mes copains d’école.

Abonnez-vous ici à la newsletter pour suivre l'actualité de Coopération

Et maintenant, êtes-vous encore plus à l’aise avec les plantes qu’avec les hommes?
Oui, mais j’ai toujours plus de facilité à communiquer avec les gens et heureusement. À 20 ans, j’ai éprouvé un fort rejet de la civilisation et de ce que le monde moderne proposait. Avec le temps, j’ai appris à m’adapter. Maintenant, j’arrive à apprécier mes passages en ville, comme à Paris.

À vos débuts, vous avez même vécu durant plusieurs années en forêt aux États-Unis…
Quand j’ai découvert que je pouvais me nourrir gratuitement de ce qui se trouvait autour de moi, j’ai décidé de partir vivre dans les bois dans le vaste Ouest américain. Je pensais y séjourner six mois, je suis resté dix ans.

Et vous avez approché la civilisation indienne. Que vous a-t-elle appris?
C’était un apprentissage tant sur le plan technique que sur la relation avec la nature. Chez les Cherokees, j’allais me balader tous les jours dans les bois avec un ancien. C’était un réel échange. Lui savait reconnaître les arbres à leur tronc, moi je lui rappelais les plantes qu’on pouvait manger. Chaque jour, je développais un peu plus ma relation au monde, sur le terrain.

Son chapeau à plumes ne le quitte jamais

Qu’est-ce qui a déclenché votre sortie des bois et votre retour en Europe?
Une femme évidemment! (Rires) Ma copine américaine de l’époque voulait découvrir l’Europe et elle m’a entraîné. Toutefois, même dans la forêt, je n’ai jamais perdu le contact avec le monde. Je me rendais souvent en ville pour aller à la bibliothèque et rencontrer des gens.

Comment espérez-vous le monde dans cent ans?
Je suis incapable de répondre car je ne vis absolument pas dans le futur, ni dans le passé. Je crois que la seule chose qui compte vraiment c’est ce que l’on fait là, maintenant. Et je m’efforce au quotidien de créer le monde dans lequel je veux vivre. Mais ça me plairait bien qu’il existe de grandes forêts profondes…

Aujourd’hui, vous enchaînez les cours et les stages. Quel est votre quotidien quand vous avez du temps pour vous?
J’écris des livres, c’est une autre passion. Je profite également de voyager. En ce moment, je me concentre sur le Togo et le Japon, qui sont deux pôles opposés. L’Afrique est le monde du ressenti, au Japon la tendance est à la perfection. Je trouve un certain équilibre à m’imprégner de ces conceptions différentes.

Son dernier livre: «Aimez vos plantes invasives. Mangez-les!»

Un endroit où vous vous ressourcez?
Chez moi à Massonnens, dans le canton de Fribourg. C’est dans la campagne, donc ni en ville ni en nature. Même si ce n’est pas forcément idyllique, je me sens bien dans ma vieille ferme. Je m’y régénère. J’adore y passer du temps à écrire dans mon grand bureau en bois d’épicéa.

La nature, votre synonyme du bonheur?
Disons qu’elle m’apporte une sorte de liberté, d’amour et d’harmonie. Mais il ne faut pas non plus être fleur bleue. J’ai failli me tuer plusieurs fois en me baladant. Il faut connaître la nature pour s’y sentir à l’aise.

Justement, que conseillez-vous à des cueilleurs amateurs?
Premièrement, il faut établir une base de plantes comestibles, faciles à reconnaître et que l’on ne peut pas confondre. Avec l’habitude et en observant, touchant et sentant les plantes, on commence à développer ses sens et comprendre ce qu’il se passe. Ensuite, il s’agit d’apprendre par cœur les plantes toxiques de la région. C’est un point sur lequel j’insiste avec les étudiants que je forme. En Suisse, on décompte une cinquantaine d’espèces dont il faut se méfier.

Votre dernier livre s’intitule «Aimez vos plantes invasives. Mangez-les!» De la provocation?
Non, plutôt de l’exaspération. Je trouve dommage de propager un message de haine par rapport aux plantes qui viennent d’ailleurs et se développent ici. Nous avons modifié les milieux, et ces espèces, nous les avons bien souvent introduites. Maintenant, je ne comprends pas pourquoi on devrait décider que telle plante a sa place ou non.

4 dates dans la vie de l’ethnobotaniste

1950 Naît à Paris. Il deviendra docteur ès sciences naturelles. Auteur de 40 ouvrages.

1982 Il donne son premier stage en Suisse, à Evolène (VS), où il rencontre sa femme.

2011 Il découvre le Japon et cette ouverture sur l’Asie le fascine, lui qui a voyagé partout dans le monde.

2015 Il publie «Aimez vos plantes invasives. Mangez-les!» (Éditions Quae) www.couplan.com

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Sophie Dorsaz
Photo:
Noël Quidu, Matthieu Ricard
Publication:
lundi 14.09.2015, 15:40 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?