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Françoise Jaquet (57 ans), dans la Gruyère (FR) où elle habite. L’an dernier, elle a fait 45 000 mètres de dénivelé à peau de phoque.


Françoise Jaquet, la première présidente du Club alpin suisse, par ailleurs docteur en microbiologie, devant son chalet, sur les hauts de Crésuz (dans la Gruyère fribourgeoise) et dans l’hoirzon des Gastlosen

Le moulin de prière: un souvenir que Françoise Jaquet a rapporté d’un voyage au Népal et au Tibet. C’est aussi le symbole de la tolérance et de l’harmonie.

Françoise Jaquet: «Le grand air? Un Équilibre de vie»

Rencontre Dans sa maison de Crésuz (FR), la présidente du Club alpin suisse, Françoise Jaquet, nous parle de ses passions. Et nous dit sa stimulante énergie.

«

J’aime arriver sur un nouveau terrain et devoir réagir en conséquence.»

Françoise Jaquet

Vous menez votre deuxième année à la tête du Club alpin suisse (CAS), comment se déroule votre présidence?
Très bien, je travaille avec des collègues très professionnels, au comité comme au secrétariat central. C’est du pain bénit. Et j’adore ce que je fais. Le CAS est très varié, il gère énormément de domaines différents. J’en apprends tous les jours.

Et en tant que première femme à ce poste, avez-vous eu des retours particuliers?
J’ai eu beaucoup de remarques positives. Certainement que ceux qui en pensent du mal ne m’ont rien dit! (rires) Même des membres du club très âgés, ceux qui ont vécu l’époque où les femmes en étaient exclues, m’ont témoigné leur soutien. Aujourd’hui, il faut que les femmes assument le fait d’être tout aussi compétentes que des hommes à des postes à responsabilité. La féminité peut apporter beaucoup, même dans le monde de la montagne. On a tendance à rechercher l’harmonie, le consensus.

Les challenges ne vous font pas peur!
Je ne me laisse pas facilement gagner par le stress et la panique. Je donne souvent l’impression de calme, même si à l’intérieur, ça ne l’est pas tant que ça. En général, j’aime les défis et j’essaie d’avancer en me rattachant à l’essentiel.

Avec un doctorat en microbiologie et une passion pour la montagne, vous êtes plutôt une femme de contrastes…
Oui effectivement! (rires) Ma vie professionnelle et ma vie privée sont très différentes. Et c’est ce qui me fait du bien! Je m’intéresse à beaucoup de choses, j’ai envie d’apprendre au quotidien. C’est d’ailleurs très lié à la montagne, car il y a toujours une part d’inconnu dans une course. J’aime arriver sur un nouveau terrain et devoir réagir en conséquence pour aller de l’avant.

Le moulin à prières rapporté du Népal

Entre votre travail comme responsable des essais cliniques chez Swissmedic et la présidence du CAS, avez-vous encore le temps de profiter de la montagne?
Oui, mais c’est vrai qu’il faut être bien organisée. Je garde chaque hiver une semaine pour pratiquer de la randonnée à ski. Partir tout un week-end est devenu plus compliqué, mais j’ai encore le temps de m’évader. L’hiver dernier, j’ai fait 45 000 mètres de dénivelé en peau de phoque. C’est pas mal! (rires)

Qu’est-ce que le grand air vous apporte?
Un équilibre de vie. J’ai commencé la randonnée à ski en 1987 et je ne pourrais plus m’en passer. Même après le décès de mon mari, sous mes yeux au Vanil Noir en 2000, je n’ai pas tourné le dos à la montagne. Au contraire, j’avais encore plus besoin d’y aller pour retrouver de l’énergie et de la force.

Quelle place a le sport en général dans votre vie?
Quand je travaille à Berne, j’essaie d’aller courir à midi au moins deux fois par semaine, plus pour rester en forme que par amour pour la course à pied. Les soirs d’été, je privilégie un petit tour à VTT. Et le week-end évidemment, je pars pour de plus grands tours en peau de phoque, à vélo ou à pied.

Son sac. Quand on marche, on n’emporte que l’essentiel.

Et le repos, vous connaissez?
Oui, aussi… mais c’est vrai que je n’ai pas l’habitude de ne rien faire! Je suis toujours en mouvement d’une manière ou d’une autre, sans être hyperactive. D’ailleurs, il faudrait que je consacre un peu plus de temps à la méditation, que j’ai un peu délaissée ces dernières semaines.

Êtes-vous plutôt hiver ou été?
Hiver, clairement! La randonnée à ski est mon sport favori. Je préfère le froid au chaud et ces paysages de neige m’émerveillent à chaque fois. La peau de phoque m’évoque aussi la camaraderie, car je retrouve souvent le même groupe d’amis. Et parfois, au cours d’une randonnée, plongée dans mes pensées, il m’arrive de dénouer des problèmes, sur le plan professionnel ou privé, sans même y réfléchir.

Où partez-vous vous promener quand vous n’avez que deux heures?
Je pars de la maison et monte au Vanil des Cours. C’est un coin magnifique, où l’on ne croise que rarement du monde. Au sommet, il y a cette vue à 360 degrés. On y voit les Gastlosen bien sûr mais aussi le Hochmatt, la Pointe-de-Balachaux et par beau temps, le Mont-Blanc.

Avez-vous un objectif montagne pour 2015?
Je planifie un voyage au Dolpo, une région du Népal encore préservée du tourisme. L’idée est d’y faire un trek sur trois semaines au mois de mai-juin. Je suis déjà allée cinq fois au Népal et au Tibet depuis 1995. J’adore cette région, les gens sont gentils, accueillants et attachants. Leur façon de vivre ressemble peut-être à la nôtre il y a cent ans. En revanche, je n’ai pas d’objectif précis en termes de sommet dans les Alpes que j’aimerais réaliser cette année.

4 dates dans la marche d’une vie

1957 Naît à Fribourg, le 15 mars. Dans une famille de trois filles et d’un garçon.

2000 Après vingt ans de mariage, elle perd son mari, sous ses yeux, le 30 juillet, au Vanil Noir.

2002 Cette année-là, elle rencontre son ami actuel, Jean-Claude. Le début d’une nouvelle vie.

2013 Élue à la présidence du Club alpin suisse. C’est la première femme à sa tête depuis les 150 ans du club.

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Texte: Sophie Dorsaz

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
lundi 19.01.2015, 15:20 heure



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