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Frédéric Jaccaud (39 ans) a publié quatre livres, dont trois chez Gallimard.

«Les écrivains qui me fascinent racontent le mal»

Il a étudié la littérature à l’université de Fribourg. Un jour son professeur lui a conseillé d’arrêter d’écrire: « Vous ne comprenez rien à la Littérature », lui a-t-il dit.

«J’ai toujours été fasciné par les marges, les cloisonnements, les règles… Pourquoi décide-t-on de franchir le cadre, d’aller au-delà? Je n’en sais rien.»

L’écrivain vit avec sa femme et ses trois filles, des jumelles de 4 ans et demi et une petite dernière de tout juste un mois, près de Romont (FR). Il travaille comme conservateur à la Maison d’Ailleurs à Yverdon.

Frédéric Jaccaud

Thriller L’écrivain fribourgeois manie nos peurs et nos angoisses. Son quatrième roman, «Exil», sort chez Gallimard, dans la Série noire.

Il nous fixe rendez-vous à la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, où il est conservateur. Un lieu qui, dit-il, convient bien à son excentricité d’écrivain, «proche de la définition hors centre», précise-t-il. Entre deux cigarettes qu’il savoure comme une bouffée d’oxygène, il ouvre grand la porte de son univers. Rencontre avec un chirurgien du mot qui signe avec Exil un thriller absorbant où il questionne, tout en suspense, notre rapport à l’informatique.

Ses cahiers ne le quittent jamais

Qu’est-ce qui vous fait peur?
Tout! (sourire) Non, ce n’est pas vrai. L’accélération du monde m’effraye. On a de moins en moins de recul sur ce que l’on fait. Nous avons un accès phénoménal au savoir, à la culture et à l’information. Mais qu’en fait-on? Cette facilité ne nous fait-elle pas au contraire oublier le savoir? Les briques que l’on pose sont faites de sable. On ne cimente rien.

Votre dernier livre parle-t-il de cela?
Oui. L’informatique est entrée dans nos vies. Aujourd’hui, elle est partout et on n’y fait plus attention. Si les jeunes sont plus à l’aise, ils ne comprennent pas plus comment fonctionnent ces «boîtes magiques». J’ai voulu travailler sur la naissance de cela.

Craignez-vous la technologie?
Non, mais je me méfie de l’emploi que l’on en fait. Les gens sont merveilleusement naïfs: ils croient que la première réponse qu’ils trouvent sur Google est la bonne. Ils ne comprennent pas qu’un tri est fait, qu’on sélectionne ce qu’on nous montre. La réalité augmentée m’inquiète. A-t-on besoin de cela?

Ne seriez-vous pas un brin parano?
Je ne le serais pas si les gens ne m’en voulaient pas autant! (rires) Non, je ne suis pas parano. Mes livres le sont. Il faut être maître de ce que l’on veut mettre en scène. Mais nous vivons dans une société parano. Nous le sommes donc tous un peu…

Pourquoi jouer avec la peur, l’étrange?
On se définit par la peur. Plus encore, aujourd’hui c’est le doute et la remise en question qui nous façonnent. J’ai toujours été fasciné par les marges, les cloisonnements, les règles… Pourquoi décide-t-on de franchir le cadre, d’aller au-delà? Je n’en sais rien.

Peut-être avez-vous eu de mauvaises lectures?
Le premier livre qui m’a marqué était un ouvrage illustré et simplifié sur la mythologie grecque. J’avais 7 ou 8 ans. Les écrivains qui me fascinent racontent le mal. Pas au sens religieux ni moral, mais ils vont dans les coins obscurs de notre conscience, dans les tréfonds de la folie, d’une humanité souvent mise de côté.

Pourriez-vous écrire un roman d’amour?
Pourquoi pas? Ça donnerait quelque chose d’étrange. Mais c’est toujours le désir qui définit ce que j’écris.

Qu’est-ce qui vous apaise?
Ma famille surtout, ma femme, mes trois filles. Et les petites choses du quotidien. Un nouveau livre, une belle phrase…

On vous imagine volontiers entre deux TGV, à fréquenter des bistrots parisiens tard le soir en compagnie d’artistes…
Je pourrais. Il y a souvent des salons, des invitations… Mais ce n’est pas la vie que j’ai choisie. J’ai une famille, un travail.

D’être publié chez Gallimard ne vous permet pas de vivre de votre plume?
Je suis payé, mais je ne peux pas en vivre. Je ne vends pas assez de livres! Mais je cumule un lectorat fort qui attend mon prochain bouquin. Nous ne sommes pas nombreux à écrire ce genre de littérature.

Enviez-vous le succès d’un Joël Dicker?
Oui et non. De manière vénale, ça me plairait de rentabiliser le temps investi dans l’écriture. D’un autre côté, ça doit être tellement compliqué à gérer toute cette pression, la presse…

Où trouvez-vous le temps d’écrire?
La nuit. Les poches sous mes yeux en témoignent! Je me sens ouvrier quand j’écris. Je retravaille beaucoup mes textes. Avec nos enfants, j’ai moins le temps de lire ou d’écouter de la musique.

De quoi parlera votre prochain livre?
Un roman noir sur la pornographie.

Que pense votre famille de vos livres?
Ma famille proche me connaît. Avec la belle-famille, c’est plus compliqué. Je n’écris pas des livres que l’on place impunément sous un sapin de Noël…

Pour votre dernier repas, que commanderiez-vous à votre bourreau?
Une pièce de viande super-saignante.

Et comment fêterez-vous Pâques?
En braconnant des lièvres avec mes enfants. (rires)

Frédéric Jaccaud, «Exil», Gallimard. En libraire dès le 24 mars.

Le stylo qu’il s’est offert

3 dates dans la vie de l’écrivain

1977 Naît à Lausanne. À 5 ans, déménage près de Romont (FR), où il vit encore avec femme et enfants.

2010 Parution de son premier livre «Monstre». Naissance de ses jumelles en 2011, et d’une petite dernière début 2016.

2016 Son quatrième polar, «Exil», sort dans la Série noire de Gallimard. Il travaille à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon.

Lecture du jeune auteur Frédéric Jaccaud

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Nicolas Brodard
Publication:
dimanche 20.03.2016, 16:45 heure



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