Gaspard Proust (36 ans): «Trouver la bonne idée, la bonne phrase, ça peut devenir infernal.»

Un Suisse à l’humour vache

Son humour décapant l’a propulsé sur le devant de la scène médiatique française. Rencontre avec Gaspard Proust de passage à Saint-Imier (BE) pour son one-man-show.  

Coopération. Avant d’être humoriste, vous étiez gestionnaire de fortune à Lausanne, où vous avez vécu  douze ans.
Gaspard Proust. Oui, mais d’une certaine façon, je n’ai jamais quitté la banque puisque je n’y suis jamais entré… J’ai fait semblant, comme beaucoup de gens, et je pensais que c’était normal! Mais ça ne m’excitait pas plus que ça.

Et quand est-ce que vous avez remarqué que vous vouliez devenir humoriste?
Je suivais des cours de théâtre à Lausanne (ndlr: à l’espace mont blanc) et c’est là que j’ai réalisé que ma vie était totalement insatisfaisante, que j’avais envie d’autre chose. Cela a été très important.

Et votre costume de gestionnaire de fortune est devenu votre premier costume de scène. Vrai?
Vrai.

Vous avez tout quitté pour monter à Paris et tenter votre chance. C’est courageux…
Mais j’avais poussé les choses à un degré tel que partir relevait de l’instinct de survie. Les cours du mont blanc m’ont permis de rencontrer des gens qui avaient des aspirations différentes de celles de mon environnement professionnel où on passe son temps à calculer. Cela dit, je n’ai rien contre les banquiers, il y a des gens très heureux d’exercer cette profession!

Depuis 2010, ça a vraiment décollé pour vous... Quel a été le déclic?
Il y a eu la télé, ma rencontre avec Laurent Ruquier, le fait qu’il y ait une structure professionnelle qui se soit greffée sur ce que je faisais. Et je suis peut-être arrivé au bon moment. Je ne sais pas. Si j’avais la recette du succès, j’y serais allé plus tôt.

Vous avez un truc pour faire passer le trac?
Oui, commencer à jouer! A une époque, je faisais une heure de course à pied avant d’entrer sur scène. Avec l’aisance prise, je n’en ai plus besoin. Ce qui peut m’angoisser aujourd’hui, c’est de ne pas l’avoir. Là on se demande ce qui se passe. Le trac est une espèce de mobilisation d’énergie qui fait qu’on donne quelque chose sur scène.

Le cinéma vous a ouvert ses portes. Le premier film dans lequel vous avez joué, «L’amour dure trois ans», a connu un joli succès. Et votre carrière d’acteur continue. Jouer vous amuse?
Pas dans le premier film, non. Je n’avais jamais fait de cinéma et on me propulse dans le rôle principal, donc pendant une heure et demie, on va se taper ma tête toutes les trois secondes, je suis entouré d’acteurs plus expérimentés, je me retrouve comme un bleu! C’était compliqué. En revanche, j’ai beaucoup apprécié le tournage suivant. C’était une véritable bouffée d’oxygène. Quand on écrit ses textes, on a toujours ce souci de trouver la bonne idée, la bonne phrase et ça peut devenir infernal. Alors qu’au cinéma, on arrive et tout est déjà écrit. Pour un auteur, c’est reposant.

Justement, comment se passe l’écriture de vos textes?
Je souffre! (Rire) En fait, je balance des phrases, des idées, sur mon ordi. Il y a deux mots sur tel sujet, puis je passe à tel autre, c’est illisible. Après je resserre, j’organise. Je fais ma petite sculpture. Je vois vraiment cela ainsi. Parfois, elle peut se vendre chez Christie’s, parfois, chez les Chinois!

Dans votre spectacle «Gaspard Proust tapine», vous vous moquez du nazisme, des religions, de la sexualité, des vieux, des femmes et des handicapés… N’avez-vous vraiment aucun tabou?
Je ne parle pas d’enfants. Après, entre adultes, cela reste des mots. Une phrase, dans un cadre artistique comme un spectacle, ce n’est pas choquant. C’est comme de tuer quelqu’un: on l’a déjà tous envisagé. Je trouve que c’est très sain. Tant qu’on ne passe pas à l’acte, on reste innocent.

Ce que vous faites vous expose beaucoup. Etes-vous blindé contre les critiques négatives?
En fait, je ne les lis plus. Je n’ai pas le temps et je ne peux pas passer mon temps à correspondre aux envies des gens qui les écrivent. Si le public n’aime pas, voilà, désolé, c’est le risque… Mais il y a un truc qui m’avait vraiment mis en colère, au début, quand sur un blog, quelqu’un a écrit que j’étais né avec une cuillère d’argent dans la bouche, que venant de Suisse, je devais avoir plein de fric, que je vivais dans les beaux quartiers du XVIe alors que je galérais comme un chien en arrivant à Paris – sauf que je ne l’ai jamais dit car je n’avais pas envie de raconter ma vie. Avant d’écrire n’importe quoi, il faut vérifier l’info. C’est gênant, quand on raconte un truc tout faux sur votre vie privée.

Qu’est-ce qui vous touche?
Vous connaissez Up, le dessin animé? Si j’ai envie de pleurer, je regarde ça! (Rire.) Plus sérieusement, le guitariste des Red Hot Chili Peppers a une musicalité extraordinaire. Ça, ça me touche. J’adore ce qu’il fait. Je pourrais lui envoyer une lettre et lui dire merci mille fois, je t’aime!

Pourtant en quittant la banque, ce sont des milliers de disques de classique que vous avez achetés!
Oui, j’ai eu une phase très musicale! Il y a aussi Carlos Kleiber que j’aurais aimé rencontrer. J’aurais pu être une groupie totale.

Vous avez d’ailleurs eu envie d’être chef d’orchestre…
Oui, c’est venu plus tard. Mais je crois que je n’ai aucun sens du rythme, aucune rigueur… C’était une des décisions les plus intelligentes de ma vie de ne pas le devenir. J’aurais probablement tout saccagé.

Mais il faut une certaine rigueur pour escalader des faces nord! Vous avez beaucoup pratiqué l’alpinisme.
Oui, à Chamonix et en Suisse avec le Club Alpin.

Qu’est-ce que vous aimez dans la montagne?
Réfléchit. La sensation de faire un vrai voyage à côté de chez soi. C’est un mix très bizarre entre dépaysement total et sédentarité. Et aussi la recherche de la peur. Je pense que c’est d’ailleurs ça qui fait le voyage. Quand tu te dis, tiens, non seulement c’était joli, mais en plus, on est rentré vivant!

Slovénie, Algérie, France, Suisse: vous avez beaucoup bougé. Y a-t-il un endroit qui compte plus que les autres?
J’aime les plages vers Honfleur, Deauville. J’aime bien la Manche. Mais les endroits où on aime être, ça dépend tellement de l’état intérieur dans lequel on se trouve. Ce serait magique si un endroit pouvait vous ressourcer totalement! Il faudrait peut-être inventer des grands ventres de mères factices avec des embryons sur lesquels on pourrait se brancher, se mettre dans
une bulle quelques heures et tout oublier! Ce serait un endroit apaisant, où tout serait doux… C’est bizarre, hein, que ce soit moi qui dise ça, avec ce que je raconte sur scène? Mais je pense que ce monde manque cruellement de tendresse.

Bio express

De Pust à Proust

Né: Gašper Pust le 28 juin 1976 en ex-Yougoslavie (aujourd’hui Slovénie).
Binational: suisse et slovène.

Parcours. Sa famille quitte la Slovénie, part s’installer à Alger, puis à Aix-en-Provence (F). Etudes de
gestionnaire de fortune à HEC

Lausanne. Il décide de changer de cap, choisit «Proust» comme nom de scène et tente sa chance à Paris.

Actualité. En tournée en France et en Suisse avec son one man show «Gaspard Proust tapine». Chroniques sur Europe 1, a succédé à Stéphane Guillon dans l’émission «Salut les Terriens!» sur Canal+. Au cinéma prochainement dans la comédie «Des lendemains qui chantent».

Entrée en matière. Dans son spectacle, Gaspard Proust rejoint la scène depuis le public. Il s’empresse de calmer l’enthousiasme: «N’applaudissez pas! C’est comme ça qu’a commencé le nazisme!» Silence. «Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est, c’est comme un concert de Johnny, mais avec des drapeaux.»

www.gaspardproust.fr

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Aline Petermann
Photo:
Alain Leroy
Publication:
lundi 17.06.2013, 13:00 heure

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