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Jacques Wullschleger
écrit le 15.05.2018


Geneviève Anthamatten, championne du monde en athlétisme des personnes transplantées

Geneviève Anthamatten: "Je ne suis pas malade, je suis une transplantée". Elle est née à Lourdes, Geneviève Anthamatten, 65 ans, mais elle parle, sourire aux lèvres et la concernant de "Miracle à Genève". C'est dans cette ville qu'elle a subi 2 transplantations en même temps, reçu une greffe combinée du rein et du pancréas, en 1999. Après sept ans d'attente. "Le donneur était décédé. Il s'agit d'une seule et même personne. C'est tout ce que je sais."

Dès l'âge de 18 ans, Geneviève Anthamatten, déjà sportive, est atteinte de diabète insulino-dépendant. Chaque semaine elle reçoit plusieurs injections. À cause d'une insuffisance rénale survenue à 39 ans, elle est en dialyse aussi, traitement qui vient s'ajouter à l'autre. "Il faut adapter un régime, quand on est en dialyse, ne pas boire. Pour étancher la soif je suçais des glaçons. La dialyse enlève l'eau. La nuit je buvais quelques gouttes chaudes de whisky, pour soulager et calmer ma gorge. Je buvais un verre d'eau pas plus. Je faisais très attention à ce que je mangeais. Il y a de l'eau partout, dans les pâtes, dans les fruits."
L'attente a duré longtemps. Durant sept ans, la vie de Geneviève Anthamatten a été liée ou plutôt suspendue au destin d'une autre personne inconnue dont la volonté a été de faire un don. "C'est une personne qui a quitté la vie et qui permet à une autre de la poursuivre." Pour le receveur c'est psychologiquement dur d'être confronté à cette circonstance. On attend un décès, ce n'est pas bon pour la tête. En général, ce sont des personnes qui décèdent brutalement." Pour qu'une greffe se fasse avec des chances de réussite, il faut, surtout que la compatibilité entre les facteurs tissulaires et sanguins du donneur et du receveur, soit bonne. La compatibilité se mesure au moyen d'une série d'analyses de laboratoire. "On a plus de chance d'être receveur que donneur", souligne Geneviève Anthamatten.
Par deux fois, Geneviève Anthamatten est appelée. Pour diverses raisons les greffes n'ont pas lieu. La troisième est la bonne. "J'étais prête, je n'en pouvais plus" dit-elle. Durant 7 ans, elle a cogité. Cinq de plus que prévu. "Au départ, on m'avait dit 2 ans." Battante, compétitrice, elle ne s'est jamais plainte: la crainte de déranger, de ne pas faire subir aux autres ses propres problèmes. "J'ai épargné mon entourage, quitte à "mentir". Elle sourit, charmeuse, remet en place une mèche rebelle, en regardant le lac proche, l'autre jour miroir.
C'est le grand professeur Philippe Morel, une sommité dans son domaine, qui s'est occupé du destin de Geneviève Anthamatten. "Je me rappelle lui avoir dit: on y va", poursuit la citoyenne de Pully, qui aime aussi se rendre à Crans-Montana. "M. Morel est moi, on est du même signe zodiacal Balance et on a le même âge. Du coup ça ne pouvait que déboucher sur une réussite." La greffe de deux organes en même temps n'est pas rare. Après les siennes, elle est restée deux mois à l'hôpital. "Ensuite je suis allée un mois à la montagne en convalescence, pour bien récupérer."
Aujourd'hui, Geneviève Anthamatten vit normalement. Elle se porte bien, pratique le sport "Ski, golf et marche, il faut bouger", et chaque année, elle s'astreint à un suivi médical, consistant à quatre contrôles. Cette fréquence est très personnelle. Pour la Pulliéranne, elle est nécessaire, rassurante, vitale.

Une fille d'épreuves

Le diabète, c'est sournois. "Ça use", dit Geneviève Anthamatten. "Je suis une fille d'épreuves, qui a toujours été de l'avant." Compétitrice et sportive, battante dans  son quotidien, elle avance. "Mais je ne suis pas une surhumaine", ajoute-t-elle, le sourire aux lèvres. Elle a été diabétique durant 18 ans et depuis 1999, elle ne l'est plus.
Durant 25 ans, elle a été bénévole pour des voyages à Lourdes. Accompagnatrice. "On y allait en train, une semaine une fois par année." Elle était, déjà, sous dialyse. "Après mes transplantations, j'ai continué à m'y rendre. C'était pour moi l'occasion d'une reconnaissance, de dire merci. Je ne m'y rends plus depuis 2011."
Chez Swisstransplant, Geneviève Anthamatten est encore active. "J'apporte des témoignages." Dame discrète, humble, timide, elle n'aime pas se mettre en avant. Mais elle le fait, pour une belle cause. Autre voyage, mais intérieur. "Les gens qui comme moi sont transplantés, il faut les remettre dans la vie, leur redonner de la confiance, dans leur corps, dans leur vie. Leur dire, par des mots et une attitude que tout est possible, que tout est à nouveau possible."

Il faut penser au don

L'insuline a été découverte en 1924. "Si j'étais née avant je serai morte." Elle parle avec enthousiasme des progrès de la médecine. Passe un message. "Si on n'a pas d'organe on ne peut rien faire. Alors réfléchissons." Elle ajoute: "Autant donner que de se faire incinérer." Souligne une vérité: "Je ne suis pas une malade, je suis une transplantée." En rappelle une autre pour mémoire. "La greffe du pancréas est née en 1999. J'ai été transplantée en 1999. Ma vie est faite d'expériences."
Il faut aller consulter le site www.swisstransplant.org ou www.vivre-partager.ch.
En Suisse, dans le monde, il y a de plus en plus de personnes transplantées. "La greffe, précise-t-elle, est une médecine de "riche" mais sur la longueur, ça coûte moins cher." Geneviève Anthamatten parle de ça en connaissance de cause. Elle est un grand témoin. "J'ai contrôlé mon diabète durant 30 ans, ça m'a servi pour plein de choses. J'ai su rebondir. C'est personnel. Dans la vie, tout est personnel. Comme votre corps, vous vous adaptez aux épreuves." Elle aime à répéter cette phrase prononcée un jour par Giacometti: "Le visage d'une femme vaut tous les voyages du monde."

Palmarès

Geneviève Anthamatten est née le 6 octobre 1952 à Lourdes.
Elle est binationale (France, Suisse). Elle s'est mariée en 1973, en Valais. Elle a un fils, Arthur et deux petites-filles. "Si je n'avais pas été transplantée, je ne les aurais jamais connues."
A été étudiante en médecine à Toulouse. "J'étais déjà diabétique." Mais elle n'a jamais travaillé. "Je suis le back office de mon mari", image-t-elle, en riant de bon cœur.
A effectué toutes ses classes en France (obtention du BAC).
En 2015, elle est championne du monde des transplantés à Mar del Plata (Argentine), sur 100m, 200m, longueur et relais.
En tout, tout au long de sa carrière d'athlète transplantée, elle a obtenu 36 médailles "En principe, elles sont toutes en or", dit-elle, en s'excusant presque (100m, 200m et 400m, à deux reprises.)
Depuis 1978, les Jeux Mondiaux des transplantés ont lieu tous les deux ans. Ils regroupent entre 2000 à 3000 sportifs. Le but, c'est promouvoir le don d'organe.
Le 18 avril 2018, au Musée Olympique à Lausanne, Geneviève Anthamatten a reçu le Prix Panathlon Lausanne.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger  a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures») dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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