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Jacques Wullschleger
écrit le 08.05.2018


Giorgio Costantino, entraîneur de boxe

Giorgio Costantino: "Dis-moi, Giorgio, est-il vrai que tu as bientôt 60 ans?" Il y a quelques mois, il a été élu entraîneur de l'année 2017 par la WBF, la World Boxing Association. Une belle récompense qui n'est pas un aboutissement pour Giorgio Costantino, 59 ans. Ce titre est une cerise sur le gâteau, représente une reconnaissance pour l'ensemble de son travail, de son œuvre, laquelle n'est pas terminée; pour les nombreux résultats obtenus par ses boxeurs en Suisse et au niveau International.

A-t-il reçu des félicitations de la part de la Fédération suisse de boxe? "Non, il y a
eu juste trois lignes parues dans un communiqué. Le fait que je ne sois pas Suisse, mais Italien a (peut-être) joué un rôle." Il sourit car l'important ne se trouve-t-il pas ailleurs? Dans son travail, son abnégation, dans son talent, dans sa vie d'homme et de meneur d'hommes?

Le titre mondial de son boxeur Patrick Kinigamazi (poids super plume, 59 kg, ceinture WBF, 5e dans la  hiérarchie) acquis l'an dernier, n'est pas étranger à cette nomination. "Ça a aidé, ça fait 15 ans qu'on travaille ensemble", reconnaît et souligne l'homme fort du Club Pugilistique de Carouge. Avec lui, ou plus sûrement grâce à lui, ses boxeurs ont disputé 7 championnats de Suisse, 2 d'Europe, plus un championnat du monde. Il cite des noms, en vrac, avec une passion communicative : Chiarelli, Zavattini, Sebihi, Turelli, Bossel, Petrosyan, Kassongo, Graidia. Et, aujourd'hui, Kinigamazi, une pépite.

Dans son bureau, Giorgio Costantino raconte joignant le geste à la parole, enflammé, enthousiaste et un tantinet fier: "Je n'avais pas de champion, ils le sont devenus." La méthode? Sa méthode? " Il faut s'entraîner 6 fois par semaine (et parfois 2 par jour)." Les jours défilent, imperturbablement. "Lundi,  commence-t-il on s'entraîne très fort. Mardi, c'est léger. Mercredi, c'est comme le lundi. Jeudi, c'est tranquille et vendredi , c'est à nouveau très fort. Samedi, il y a un footing et un peu de culture physique. Le dimanche? C'est repos." Il est le bienvenu. "J'entraîne à l'ancienne avec énormément d'efforts physique, sans oublier le mental." Dans tous les travaux, il y a beaucoup de qualité. "Chez moi, le boxeur, il doit suer. Il ne doit pas tricher. Si tu triches, tu perds. C'est moi qui dirige l'entraînement."

Quotidiennement, Giorgio Costantino est dans l'action et dans le discours. Ce qui provoque chez lui une colère sourde (quoique...), c'est quand un de ses hommes perd contre un adversaire qu'il doit battre. Ses boxeurs? Ils l'écoutent. Il attend de chacun d'eux une exigence totale tout simplement parce qu'il est exigeant avec lui-même. Il reparle de son travail à l'ancienne. "Il est axé sur la force, tout le temps. Le boxeur doit sentir qu'il bosse, qu'il travaille physiquement."

L'entraînement dure deux heures. Avec du sparring. "On "fait" 45 minutes de sac, sans pause, avec des mouvements toujours variés. Le boxeur ne s'en lasse pas." Giorgio Costantino bouge sur sa chaise, poursuit, le ton de voix ferme. "C'est moi
qui donne l'entraînement, le dirige. Il est à ma façon, pas à sa façon. Je n'aime pas qu'un boxeur travaille tout seul. Quand le boxeur gagne, c'est, aussi, le succès de l'entraîneur. Le pourcentage de l'aspect physique dans un combat gagné? C'est le 80%. Si physiquement tu n'es pas prêt, tu ne peux pas être bon. Ça fait 35 ans que
je suis dans le monde de la boxe. Que je lui donne mon cœur. Je vois tout."

La boxe, c'est le noble art

Giorgio Costantino aime la boxe, le sport. "La boxe, assène-t-il, c'est le plus beau sport de combattant. Ne l'appelle-t-on pas (toujours) le noble art? C'est le sport le plus dur. Et le plus fair-play. Pourquoi? Parce que les coups se donnent en face."

Son succès personnel, Giorgio Costantino ne l'associe pas à la chance. "Je travaille avec les athlètes pour qu'ils se développent. Le coup droit, c'est la meilleure boxe. Mais quand on commence un match, c'est le direct." Le round d'observation. "Ça n'existe pas chez moi. Il faut faire attention au coup à froid. Quand il arrive, c'est le résultat d'une négligence de l'athlète, mais surtout de l'entraîneur, qui est aussi le coach."

Durant un combat, Giorgio Costantino se trouve dans un des coins du ring, observe, ses sens sont en éveil. "Je donne à mon boxeur des ordres précis. Je parle peu. Il doit comprendre."

Giorgio Costantino et la peinture

Depuis 1982, Giorgio Costantino est patron d'une entreprise peinture, décoration, papiers peints (Costantino s.à.r.l.). Il emploie 6 ouvriers. Ses deux fils Alexandre et Donato travaillent avec lui. "Alexandre va prendre la relève. Je le prépare déjà à cet événement. Dans le métier, je prendrai une retraite. Et pour la boxe? On verra bien. S'il y a des boxeurs talentueux, qui veulent travailler, je les suivrai. Sinon, je n'ai pas envie de perdre mon temps avec des athlètes qui n'en valent pas la peine." Voila qui est direct, comme un coup bien placé, qui fait toujours mal.

Giorgio Costantino est ainsi, un homme franc, spontané, qui dit ce qu'il pense, qui n'aime pas tourner autour du pot. De peinture ou autre. Le matin il se lève vers 5h.
Le soir, il rentre chez lui, pas avant 21h. "Si vous saviez tout ce que je fais dans une journée, vous deviendrez fou." Il rit. Il se rend sur des chantiers, "fait" des devis. Il gère une équipe. Et ça tourne, comme lorsqu'il est au volant de sa camionnette et sillonne Genève et ailleurs. Ensuite, il se rend à la salle. Pourtant hyper occupé, il a une vie sociale. "J'aimerais remercier Antoinette, mon épouse depuis 1981. Elle est formidable." Une douceur s'installe dans le petit local. Giorgio Costantino est aussi, peut-être avant tout, un sentimental.

Ah, on allait oublier. Il est au régime. "Quatre jours par semaine, j'en fait un petit, le soir, mais à midi, je mange normalement. Je bois beaucoup de thé et d'eau. Mais je m'accorde un peu de vin, un peu seulement." Il rit, et ça lui fait du bien avant de se retrouver dans le trafic genevois, infernal.

A l' écoute aussi de son corps, Giorgio Costantino est en forme. Il dit: "Je suis un jeune homme. Je bouge, je me maintiens. Souvent, je me pose une question. "Dis-moi, Giorgio, est-il vrai que que tu as bientôt 60 ans?"

Palmarès

Giorgio Costantino est né le 26 février 1959 à Matino (Italie).
Est au bénéfice d'un passeport italien.
Entraîneur de boxe depuis 35 ans.
A été élu entraîneur de l'année 2017 par la World Boxing Fédération (WBF), la fédération mondiale.
Il est arrivé au Club pugilistique de Carouge en 1992, après le décès de M. François Sutter.
En 1987, il obtient le diplôme d'entraîneur de la Fédération suisse de boxe.
Il a entraîné, notamment, Chiarelli, Zavattini, Sebihi, Turelli, Bossel, Petrosyan, Kassongo, Graidia, Kinigamazi.
Et Yoann Kongolo, au tout début de sa carrière pro (ceinture WBC en 2017, notamment).
Avec Sebihi et Petrosyan, il a obtenu des titres internationaux (WBF).
Chiarelli et Turelli ont été champion de Suisse.
Patrick Kinigamazi est devenu champion de Suisse, champion d'Afrique et champion du monde des super-plumes, version WBF (la 5e mondiale en importance).
Champion de Suisse juniors des poids moyens en 1977.
Il s'est occupé aussi d'Enrico Scacchia, en vue d'un championnat d'Europe, perdu contre le Hollandais Blanchard.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger  a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures») dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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