Le professeur Shreekant S. Patil a développé avec bioRe India des graines de coton sans OGM pour la culture bio.

Graines du futur, sans OGM

En Inde, 90% des graines de coton contiennent des OGM, même celles certifiées bio. La fondation bioRe, soutenue par Coop, a créé un centre de recherche pour produire des semences bio sans OGM performantes. Une action pionnière qui permet aux habits Naturaline d’être réellement bio.

Nous étions une cinquantaine d’invités à découvrir les activités de bioRe India à Kasrawad. Si la direction générale de la fondation est suisse, sur le terrain, ce sont des Indiens qui opèrent. Le PDG Vivek Rawal (39 ans) et 42 employés gèrent l’ensemble des projets (culture du coton, école, formation adulte, centre de recherche, projets sanitaires, etc.). Quelque 1000 cultivateurs de coton bio, tous propriétaires de leurs terres, collaborent avec eux. Un apprentissage minutieux des techniques de culture et des exigences strictes nécessaires à l’obtention du label bio leur est dispensé.

Une systématique de contrôles a été mise en place. Chacun doit fournir des données et analyses pour que la qualité et la traçabilité puissent être garanties. Si tout se fait encore par écrit aujourd’hui, l’omniprésence des smartphones va permettre de simplifier ce fastidieux travail de compilation de données.

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Un paysan partenaire de bioRe présente son coton.

Des OGM dans le bio

Malgré toute son attention, bioRe India a retrouvé des traces d’OGM (organisme génétiquement modifié) dans une partie de son coton, ce qui exclut la certification bio. Après enquête, ils se sont aperçus que le problème venait des graines. «Même celles certifiées bio et sans OGM, peuvent en contenir», explique Patrick Hohmann, spécialiste du coton, et fondateur de bioRe, également présente en Tanzanie. Selon lui, 90% du coton indien est OGM.

Pour garantir un coton 100% bio, bioRe India analyse toutes les graines qu’achètent les paysans. Ils ont obtenu le droit de le faire directement dans les magasins, pour éviter toute contamination accidentelle dans les champs. Une nouvelle analyse est ensuite faite chez le paysan, avant l’ensemencement. Et deux analyses sont encore réalisées après la récolte.

A chaque fois, si une présence d’OGM est détectée, des mesures pouvant aller jusqu’au refus de la production annuelle du coton sont prises. Le paysan devra donc le vendre à d’autres acheteurs non bio, et ses efforts seront moins rétribués. Un fait qui explique en partie la baisse de producteurs et production de coton bio de ces dernières années (voir graphique).

Une baisse due aussi aux plants OGM qui, plus résistants, ont rendu les parasites naturels du coton plus forts. Ce qui affecte directement les cultures, réduit la productivité, et pousse les paysans non bio à utiliser plus de pesticides.

Les graines de coton indien récoltées et entreposées chez bioRe India.

De meilleures graines bio

Pour faire face à cette situation, bioRe veut développer de meilleures graines sans OGM. Un centre de recherche a été ouvert à Kasrawad en 2011, avec le soutien de Coop. Des scientifiques indiens, sous la houlette du professeur Shreekant S. Patil, ont rassemblé des graines organiques de coton indigène, pour sauvegarder le patrimoine biologique indien d’une part, et aussi, en les croisant, obtenir de meilleures variétés pour l’agriculture biologique.

Démarré il y a sept ans, le projet entre aujourd’hui dans sa troisième phase: bioRe India attend l’obtention d’un label de qualité pour ses nouvelles semences. Ce qui l’autorisera à les commercialiser. La fondation espère ainsi pouvoir les distribuer à ses paysans partenaires dans les prochains mois.Avant cela, toutes les graines, celles issues de croisements, mais aussi des OGM, ont été plantées et cultivées avec différents modes de production (conventionnel, bio et biodynamique), et sur tous les types de sols de la région. Un travail méthodique qui a permis de comparer scientifiquement les rendements et coûts de chacune des méthodes. «Nous avons constaté, explique le professeur Patil, que les graines organiques et la culture en bio assurent une production constante au fil des années, contrairement aux OGM dont la productivité varie fortement.» Sans OGM, les paysans ont donc plus de stabilité.

www.biore-stiftung.ch

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Du coton sans OGM

www.des-paroles-aux-actes.ch/60
Toutes les paroles aux actes
Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Berthold Baule, Stefan Hermann Siemer, Gilles Mauron, DR; Inforgraphie: source Biore Infographie Caroline Koella
Publication:
lundi 09.07.2018, 12:20 heure

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