Grand Corps Malade (37 ans), au bord du canal Saint-Martin, à Paris: «Le slam est très vivant: dans les villes, les villages, les campagnes. Des ateliers se créent partout.»

«Le slam, c’est de la 
poésie de proximité»

Grand Corps Malade, Fabien Marsaud de son vrai nom, est une personnalité atypique du showbiz francophone. Il est parvenu à rendre cet art oratoire populaire auprès du grand public. Rencontre avec un artiste riche.

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Interview

Coopération.  Votre définitiondu slam?
Grand Corps Malade.  J’aime bien dire que le slam c’est de la poésie de proximité. Tout le monde peut comprendre parce que les thèmes abordés sont ceux de la vie de tous les jours: l’amour, l’amitié, les galères, les envies, etc. C’est aussi dit avec des mots de tous les jours. Parfois jolis, parfois presque familiers. Mais on ne s’interdit pas de le faire parce que c’est une poésie qui se veut proche de nous, humaine.

Le slam n’est-il pas en perte de vitesse, rattrapé par d’autres styles?
Je ne crois pas. Le slam, à la base, ce n’est pas un style musical. C’est un moment de rencontre entre anonymes dans un bar, par exemple. Où un mec se lève, dit un texte. Et va s’asseoir. Puis, il y a une fille qui en fait de même. A cappella. Et ce style-là, ce type de soirée, il y en a partout. Dans les villes, les villages, les campagnes. Des ateliers de slam et des associations se créent un peu partout. Des profs de français ont également compris l’intérêt du slam pour intéresser les élèves à la poésie.

Et cela a dépassé le cadre de la France?
Absolument et j’en suis un témoin privilégié puisque je suis invité un peu partout. Au Québec, il y a une scène slam très forte. Je reviens de Kinshasa et de Dakar où l’on trouve des associations slam d’un niveau étonnant. Il y a bien sûr du slam en Suisse, en Belgique. Après, ce qu’on entend un peu moins, ce sont les slameurs comme moi qui ont des vélléités de faire une carrière, des disques et des tournées. Là, il n’y en a pas beaucoup.

Vous animez des ateliers d’écriture sur le slam. Pour redonner un peu de ce qu’il vous a apporté?
Non, parce que j’apprécie de le faire. J’aime aller à la rencontre des gens. C’est pourquoi je fais des ateliers dans des écoles, des prisons, de plus en plus, des maisons de retraite aussi.

«

Je suis vraiment un citoyen, qui vote à chaque élection»

Comment les gens y sont-ils réceptifs dans ces deux derniers cas?
Comme partout. Ça leur parle. On leur propose de se mettre un peu en avant, d’écrire, de se livrer, mais sous cette forme poétique. Certains se découvrent une fibre artistique. Après, on va déclamer son texte devant les autres détenus, les camarades, et du coup il y a cette montée d’adrénaline telle que celle qu’on éprouve sur scène. Et ça marche très bien dans tous les milieux.

En 2012, vous avez sorti le livre «Patients». L’écriture, une nouvelle carrière?
J’aurais du mal à me prétendre écrivain. C’était vraiment une parenthèse. Je suis avant tout slameur. Mais j’avais très envie de raconter cette histoire, celle de mon année en rééducation. Et du coup, c’est la découverte d’un univers. Celui du handicap très lourd dans un centre de rééducation. Comme le contexte est assez dramatique, j’ai voulu apporter beaucoup d’autodérision et d’humour.

Un milieu assez fermé, en somme?
Oui. On ne sait pas ce qui s’y passe. C’est presque mystérieux. Avec des gens pas du tout autonomes, qui ont besoin d’une autre personne pour tous les gestes les plus élémentaires, aller aux toilettes, se laver, s’habiller. On ne peut rien faire quand on est paralysé des quatre membres. C’est un peu un hommage à ces personnes handicapées, qui ont un mental, un courage hors normes. Et souvent beaucoup d’humour, d’autodérision, car il en faut dans ces situations-là. C’est pour ça que ce livre est assez drôle aussi.

De bonnes critiques littéraires, 140 000 exemplaires vendus. Ça ne donne pas envie de continuer?
Je ne m’attendais pas à ça et j’en suis très content. Surtout que j’ai pris beaucoup de plaisir. L’écriture était un exercice très intéressant. Mais je n’écrirais pas un autre livre pour le principe d’écrire. Il faudra vraiment que j’aie un truc à raconter pour me dire: Tiens, je vais écrire un deuxième livre.

Vous avez beaucoup pratiqué le basketball par le passé. Et désormais?
Je peux faire un peu de vélo, nager. J’essaye de m’entretenir, mais je ne le fais pas assez pour une question d’emploi du temps. Outre la sphère professionnelle, il y a deux petits gars à la maison qui prennent beaucoup de temps.

Qu’est-ce que la paternité a changé pour vous?
Ça prend un temps fou et beaucoup d’énergie. Mais c’est la plus belle aventure. Ça change ton regard sur le temps qui passe, tes priorités. Tout s’accélère. Par rapport à mon métier, c’est une source d’inspiration évidemment sans fin: les premières phrases, leur manière de s’exprimer…

Vos préoccupations?
Les élections en général. Je me sens très concerné. Je suis vraiment un citoyen, qui vote à chaque élection. Je ne prends pas part au débat, mais je participe en tant qu’électeur. On paye des impôts et j’aime bien savoir à quoi cet argent est affecté, quels sont les grands choix de ceux qui utilisent notre argent, moi qui suis un fervent supporter des transports publics.

Portrait 

Déjà quatre albums au compteur

Bio. Fabien Marsaud est né le 31 juillet 1977 en Seine-Saint-Denis (France). Passionné de sport, il se montre très doué en basket et fait même de la compétition. Au plan familial, il est marié et père de deux garçons.

Accident. En 1997, alors qu’il chahute avec des amis lors d’une colonie de vacances, le jeune homme plonge dans une piscine où l’eau n’est pas assez profonde. Il se déplace des vertèbres. Après une année de rééducation, il retrouve l’usage de ses jambes, même s’il marche avec peine.

Carrière. Grand Corps Malade a sorti quatre albums à ce jour, dont le dernier s’intitule «Funambule». Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis le 14 juillet 2008, il a remporté, une année auparavant, deux Victoires de la musique. En 2009, il gagne le Félix de l’Artiste francophone de l’année au Québec.

Actu. Le slameur se produira le jeudi 17 avril dans le cadre du Caprices Festival à Crans-Montana (VS).

www.grandcorpsmalade.com

www.caprices.ch

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Didier Walzer

Rédacteur

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Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 07.04.2014, 14:00 heure

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