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Le nombre de voies, leur attractivité et la beauté du site font de Magic Wood l’un des dix meilleurs endroits au monde pour pratiquer l’escalade de bloc. On entre dans cette forêt magique par un pont suspendu.

Des matelas (crash pad) sont utilisés pour assurer la sécurité en escalade de bloc, qui se pratique sans corde.

Il faut franchir un pont suspendu pour entrer dans Magic Wood.

La rivière Ragn da Ferrera, affluant du Rhin postérieur, coule le long du Val Ferrera.

Thomas Saluz, «gardien» de Magic Wood, grimpe comme un chamois les blocs du site.

Ses doigts semblent collés sur la paroi.

De la poudre de magnésie empêche les doigts de glisser sur les prises à cause de la transpiration.

Les chaussures se portent serrées et uniquement pour la pratique de l’escalade.

Magic Wood possède une atmosphère très particulière.

La difficulté et l’attractivité des voies proposées à Magic Wood ont fait sa renommée.

Thomas Saluz nettoie un imposant bloc de pierre pour pouvoir ensuite le grimper.

Le Grison utilise des brosses et des couteaux pour retirer la mousse des rochers.

Grimper dans la forêt magique d’Ausserferrera

Magic Wood Petit village grison d’une trentaine d’habitants, Ausserferrera a acquis une renommée mondiale grâce à Magic Wood, site d’escalade de bloc.

http://www.cooperation.ch/Grimper Grimper dans la forêt magique d’Ausserferrera

Se rendre dans le petit village d’Ausserferrera (GR) sans voiture est une aventure. Il faut d’abord rejoindre Andeer depuis Coire, sans oublier la réservation obligatoire du car postal. Puis grimper dans l’un des bus – où les passagers se connaissent tous – remontant le val Ferrera qui, comme son nom l’indique, a un passé «de fer». Les entrées des galeries et mines d’exploitation, le musée de la mine (Innerferrera) ou encore la «Schmelza», cheminée d’un four comprenant les ruines d’un bâtiment de fonte et de traitement, en sont les témoins privilégiés.
Le val Ferrera a connu sa période dorée jusqu’à la fin du 18e siècle, lorsque l’industrie minière (fer, cuivre et plomb) faisait rayonner la région. Aujourd’hui, des gens du monde entier sont attirés par le village d’Ausserferrera, habité par une trentaine d’habitants seulement. Tous ou presque y viennent pour découvrir sa forêt, que l’on dit magique, d’où le nom de Magic Wood.

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La Mecque du bloc

Magic Wood est en effet considérée comme l’une des Mecque du boulder (de l’anglais «rocher»), une forme d’escalade pratiquée sans corde sur des blocs de pierre entre 2 mètres et 8 mètres de hauteur. Découvert par hasard en 1996 par des pratiquants d’escalade sur glace qui ont voulu tenir le lieu secret, le site est devenu par le bouche à oreille une référence et attire de 15 000 à 20 000 visiteurs par saison. La pratique de cette discipline à l’extérieur est idéale de mai à octobre, mais il est aussi possible de faire du bloc toute l’année en salle en Suisse romande (voir sur notre site). Passionné de grimpe, le Grison Thomas Saluz (39 ans) a découvert Magic Wood en 2000. Il y est revenu en 2007, après un tour du monde de trois ans et il n’a depuis plus jamais quitté la forêt qu’il considère comme «son jardin».

Un site d’exception

Depuis la maison d’hôte Edelweiss qu’il gère avec sa femme Netthida, nous suivons Thomas Saluz une centaine de mètres le long de la rivière Ragn da Ferrera, affluent du Rhin postérieur. Munis de crash pads (matelas pour assurer la sécurité en cas de chute), nous franchissons le pont et entrons au cœur de la forêt magique. Situé dans le parc naturel Beverin, à 1300 m d’altitude, le paradis du bloc s’offre enfin à nous.
Ces rocs sont imposants, trapus, certains sont recouverts de mousse alors que d’autres sont lisses et saupoudrés de magnésie. Ce sont plus de 500 rochers qui semblent avoir été déposés et sur lesquels le soleil joue à cache-cache à travers les sapins.
«Avoir autant de pierres dans un endroit si condensé – 250 mètres de large pour 500 mètres de long – rend le site exceptionnel», explique Thomas Saluz en installant les matelas au bord du premier bloc repéré. Il le décrit comme «l’un des faciles», sans toutefois parvenir à rassurer le débutant que je suis.
«La renommée de Magic Wood s’est construite premièrement par la difficulté et l’attractivité des voies proposées, bien qu’il en existe des faciles parmi les 1000 problèmes que compte désormais le site», poursuit Thomas Saluz. Car en escalade de bloc, ce sont des «problèmes» qu’il faut tenter de résoudre. Tout simplement. C’est du moins ce que je me dis en voyant le Grison grimper tel un chamois et les doigts collés à la paroi de l’imposant bloc de gneiss, une pierre granit compacte qui tient bien.

Thomas Saluz nettoie un imposant bloc de pierre pour pouvoir le grimper.

Jusqu’à 300 personnes en été

Le bruit de la rivière située en contrebas se fait entendre. Le calme du site donne à la forêt un côté enchanté. «Il peut y avoir jusqu’à 300 personnes ici par une belle journée d’été», rappelle celui qui est aussi responsable du camping affichant très souvent complet en haute saison. Magic Wood est-elle «victime» de son succès? «Notre capacité d’hébergement et de restauration est trop petite en haute saison et trop grande en basse saison», concède le père de deux petites filles.

Des matelas (crash pads) sont disposés au pied des rochers. La pratique du bloc est ainsi sécurisée.

Exercice périlleux

Un autre bloc s’élève devant nous. C’est celui choisi par Thomas Saluz pour cette initiation en extérieur. Agrippé à la paroi, je ne parviens pas à me hisser jusqu’à la prochaine prise et reste bloqué contre la falaise. «Il faut mettre plus de force dans les jambes et beaucoup moins dans les bras», me corrige-t-il. La difficulté est de trouver les prises, contrairement à la salle où celles-ci sont apparentes et colorées.
Après quelques vaines tentatives, je lâche prise et retombe sur le matelas qui amortit la chute sous mes pieds. Mes mains, elles, sont rouges. Il faut se rendre à l’évidence, le bloc en nature est plus difficile qu’en indoor. «En général, les gens font du bloc à l’intérieur deux à trois ans puis viennent à Magic Wood, confirme Thomas Saluz. Mais il est tout à fait possible de découvrir le bloc ici.»
Muni d’une brosse et d’un couteau, le «gardien» des lieux bichonne un imposant rocher. Les règles du milieu veulent que celui qui nettoie une voie peut la grimper en premier, puis la nommer.
À condition de la «résoudre», donc de grimper par la ligne découverte jusqu’au sommet du rocher. «J’ai passé plusieurs semaines à préparer un bloc l’été passé et des touristes allemands l’ont escaladé avant moi», raconte avec amertume Thomas Saluz, qui a déjà baptisé une cinquantaine de voies dans la forêt magique.
Récemment, c’est un ami avec lequel il est allé grimper sur une nouvelle route préparée par ses soins, qui est parvenu jusqu’au sommet avant lui. «Mais nous choisirons le nom ensemble», précise-t-il. Après tout, Magic Wood est son jardin.

La magnésie en poudre empêche les doigts de glisser sur les prises à cause de la transpiration.

3 questions à Martin Rebetez

Directeur de l’association Grimper.ch et responsable de deux salles romandes.

Sport confidentiel et longtemps réservé aux initiés, l’escalade connaît un succès grandissant en Suisse. «Ces dix dernières années, plusieurs salles ouvrent chaque année», confie Martin Rebetez, directeur de l’association «grimper.ch». Et l’escalade de bloc compte toujours plus d’adeptes. 

Comment expliquez-vous la popularité de l’escalade de bloc ?
C’est une activité ludique, praticable seul ou en groupe, facile d’accès (en salle) et on peut grimper librement. Pour l’escalade de voies, il faut suivre une formation avant de se lancer mais cela donne ensuite accès à encore plus de possibilités aux grimpeurs.

Quel est le profil des bloqueurs?
Les jeunes préfèrent très souvent le bloc. C’est une raison physiologique, on a moins l’envie de se lancer sur un tapis avec l’âge. Le bloc, très explosif, convient mieux aux jeunes. Et ils sont toujours plus nombreux à venir pour se renforcer musculairement, comme alternative ludique au fitness.

La pratique du bloc se fait-elle aussi à l’extérieur ?
Le but initial était de faire du bloc en salle avant d’aller sur des falaises à l’extérieur. Mais la progression du bloc à l’extérieur n’est pas aussi fulgurante. Il faut compter une demie voir une journée pour sa pratique, alors que grimper en salle est possible le soir après le boulot. Ensuite, les risques sont moins contrôlés à l’extérieur et il est recommandé de faire ses premières sorties avec quelqu’un d’expérimenté. A mon avis, 90% des bloqueurs restent en salle.

Les principales salles pour pratiquer le bloc en Suisse romande

Bloczone (Fribourg)
Rocspot (Vaud)
Kasablok (Jura)
Structure (Genève)
Vertic-Halle (Valais)
Asenaline (Neuchâtel)
Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Andy Mettler
Publication:
lundi 05.06.2017, 13:55 heure