Valentina Antille enseigne à domicile à ses  deux aînés Ilona et Orphée. Ici, dans le jardin avec leur petite sœur Adis (au centre).

Ils font l’école à la maison

Témoignages Deux familles qui ont décidé de scolariser leurs enfants à domicile, racontent leur vision de l’éducation. Les disparités cantonales sont importantes.

Alors que les jeunes Romands ont retrouvé les bancs de l’école, à La Sarraz (VD), les jumeaux Ilona et Orphée (8 ans) et leur petite sœur Adis (3 ans et demi) vont rester à la maison. La famille Antille a décidé de faire l’école à domicile. «Nous profitons de chaque occasion pour apprendre quelque chose avec les enfants. Nous apprenons partout et sans cesse. Cela demande beaucoup de temps et une grande organisation mais c’est un enrichissement!» commente leur maman Valentina, alors que les enfants peignent à la table du salon. «Nous réalisons un projet commun chaque année. Nous avons créé un livre de peintures basé sur l’expression orale.»
Dans le grand appartement mansardé, les jumeaux montrent fièrement leur œuvre avec de magnifiques images très colorées. «C’est le pays de Spartacus! C’est un prince de Thrace», explique Ilona. «Sa femme Dahlia honore Bacchus, le dieu de la vigne», ajoute son frère Orphée. «Maman lisait le livre et on imaginait les images. Les gladiateurs devaient se battre jusqu’à la mort pour amuser les Romains.» Les connaissances historiques des enfants sont bluffantes.

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«Nous faisons des maths et du français à travers des activités artistiques, nous suivons leurs intérêts. Il faut faire confiance aux enfants. Ils apprennent beaucoup par eux-mêmes», estime Valentina. «Le quotidien est un prétexte pour apprendre. Nous avons fait des maths en comptant des assiettes, un journal sur les trois bébés chats. L’enfant apprend naturellement. Il faut de la créativité et de la disponibilité. Nous rebondissons sur ses questions», ajoute son époux David, professeur de philosophie. «Lorsque l’école est entièrement connectée avec la vie des enfants, l’apprentissage se fait sans contrainte. La lecture ou l’écriture sont abordées au moment où les enfants sont prêts.» Pour la mère de famille, «à l’école, il y a trop vite des notes. Nous souhaitons encourager l’enfant. À la maison, il n’y a pas d’échec possible.»

Réaliser un livre permet aux enfants d’enrichir leurs connaissances.

Comment les gens réagissent au sujet de l’école à la maison? «Les gens se demandent comment les enfants vont apprendre. Ils savent compter, lire et écrire. Ils sont heureux, calmes et curieux. On voit bien que leur apprentissage est harmonieux», se réjouit leur papa. Les enfants sont évalués chaque année et doivent suivre le programme du Plan d’études romand (PER).
Les parents ne craignent-ils pas qu’ils soient isolés en ne fréquentant pas l’école? «Non, sur Vaud, beaucoup d’enfants font l’école à la maison, répond Valentina. On se rencontre souvent. Les enfants jouent, discutent. On a toujours fréquenté beaucoup de monde.» La famille fait partie du centre Feel (Faire l’école en liberté), également à La Sarraz, qui met à disposition de ses membres – 25 familles, 65 enfants – un espace et propose ateliers et échanges. Les Antille participent plusieurs fois par semaine à une activité avec d’autres familles. «Le centre Feel est une structure superbe pour les parents qui ne veulent pas forcément mettre leurs enfants à l’école
publique», souligne la maman.
Les trois enfants pratiquent diverses activités: piano, danse, djembé, judo, etc. Ils jouent aussi souvent dehors. Orphée aime «les calculs, monter aux arbres et le tir à l’arc». Ilona préfère «lire, écrire et jouer des berceuses au piano».

Avec l’aide de leurs parents, les enfants réalisent leur nouveau livre.

Un choix pédagogique

À Sainte-Croix, l’infirmière de formation Céline Berovalis (39 ans) fait l’école à la maison avec sa fille Zélie, 5 ans et demi. Elle fera pareil avec son fils Amaël, 3 ans. Avec son mari ostéopathe, elle a fait ce choix après un voyage de trois ans à pied entre la Suisse et le Népal. «On a fait de nombreuses rencontres. On dormait dans la nature et chez les gens. On marchait 30 km par jour. On a réalisé un cheminement intérieur, puis décidé de vivre dans un coin tranquille, proche de la nature. J’ai fait le choix d’être présente et de donner du temps à mes enfants, les élever du mieux possible.» La famille a hésité à scolariser les enfants à l’école Steiner. «Chaque pédagogie a ses failles et ses richesses, nous aussi. À la maison, on peut adapter la pédagogie à l’enfant. J’ai fait une formation à la pédagogie Montessori.» Qu’est-ce qui lui déplaît dans l’école publique? «Il y a de très bons profs mais ça dépend vraiment de la personne qui enseigne. Pour moi, il y a beaucoup trop de compétitivité, une obéissance aveugle. L’enfant n’est pas partie prenante du processus d’apprentissage. Il y a trop de pression sur les jeunes. S’ils sont trop stressés, ils n’apprennent plus. Il faut de l’enthousiasme pour apprendre, c’est primordial!»
Céline Berovalis échange beaucoup avec une prof retraitée. «Elle me donne des conseils et des pistes.» Chaque mercredi matin, la maman organise un atelier d’expression corporelle avec d’autres mères qui enseignent à la maison.

Ilona (à gauche) joue des berceuses au piano.

«On veut garder cette liberté!»

Pour cette habitante de Sainte-Croix, «le point faible de l’école à domicile pourrait être le côté social. Il ne faut pas que l’enfant soit isolé. Nous avons souvent des visites de copains. Nous essayons de favoriser et de varier les liens sociaux de nos enfants. Ma fille va une matinée par semaine au jardin d’enfants et fait l’école du cirque.» La maman assiste aux fêtes de l’association Feel, «un moment de rencontre». La famille fait partie de l’association IEL (Instruire en liberté) qui promeut l’enseignement à la maison. «Le forum www.iefsuisseromande.ch propose de nombreuses ressources et informations. Même si cela reste un choix en marge, l’école à la maison se développe dans le canton de Vaud. Certains parents déscolarisent leur enfant. En réponse, le cadre législatif va être durci. On espère être respecté. On veut garder cette liberté!»

La famille Antille dans le jardin potager. Les enfants adorent jouer dehors.

Education à Domicile Suisse
Centre Feel

Vaud: le refuge des homeschoolers

Déménager pour pouvoir enseigner
L’école à la maison est soumise à autorisation en Suisse. Les connaissances de l’enfant sont évaluées chaque année. Avec plus de 300 enfants scolarisés à domicile sur 85 000 écoliers, le canton de Vaud arrive largement en tête au niveau romand. Les conditions varient fortement d’un canton à l’autre, des familles déménageant parfois dans un canton plus permissif pour pouvoir enseigner. Certains cantons exigent en effet une formation pédagogique, comme le Valais où seuls dix enfants sont scolarisés à la maison. Le Service de l’enseignement précise qu’il est «toutefois possible de faire appel à une personne ressource externe disposant des titres officiels ou d’une formation jugée équivalente».
À Neuchâtel, où aucun titre n’est exigé, 28 enfants font l’école à la maison. Ils sont une trentaine à Genève, une petite dizaine dans le Jura et 290 dans le canton de Berne. En Suisse, on compte entre 500 et 1000 enfants scolarisés à domicile selon les estimations.

Avis de la spécialiste Que pensez-vous de l’école à la maison? Est-ce bénéfique ou néfaste pour le développement de l’enfant?

«Apprendre à gérer les conflits»

Isabel Pérez, conseillère pédagogique

Isabel Pérez, conseillère pédagogique
Isabel Pérez, conseillère pédagogique

«Tout dépend comment l’enseignement est géré par les parents et les raisons qui les ont amenés à faire l’école à la maison. Est-ce à cause d’une phobie scolaire? Est-ce que l’enfant est un sportif d’élite? L’avantage est que le rythme et la personnalité de l’enfant sont supposés être bien respectés. Il y a le risque que les parents veulent pousser leur enfant sans respecter son rythme de développement. L’aspect positif est que l’enfant n’est pas envahi par la discipline ou les bruits dans la classe. Le revers de la médaille est qu’il n’apprend pas à gérer les conflits, il ne se confronte pas à d’autres réalités. Il est essentiel que l’enfant participe à des camps ou à des activités extrascolaires pour qu’il apprenne à gérer le contact avec ses pairs. Tôt ou tard, on est confronté à d’autres personnes! L’enfant devra faire équipe avec d’autres. C’est important de savoir échanger ses savoirs. Tous les aspects que l’on trouve en classe ne sont pas négatifs! Les enfants sont par exemple stimulés par la compétition. Pour que le rôle de parent soit préservé, il faut qu’une tierce personne donne une partie de l’instruction.
Il est positif que l’enfant soit confronté à d’autres. En effet, si le parent est à la fois parent et enseignant, jouant ainsi tous les rôles, cela peut devenir compliqué, en particulier à l’adolescence.» 

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 29.08.2016, 14:10 heure



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