Daniel (16 ans) se plaît dans sa famille d’accueil: il pose ici dans le jardin avec Pauline et Raphaël Dubois et leurs deux enfants, Amélie et Félicien.

Intégration: les Dubois vivent avec un jeune Érythréen

Société Des familles décident d’accueillir un requérant d’asile mineur non accompagné sous leur toit. Rencontre avec l’une d’elles dans le canton de Neuchâtel.

Le jeune homme coupe des tranches de tarte aux pommes avec application. Daniel Oukbay, requérant d’asile érythréen de 16 ans, prend le goûter avec Pauline Dubois et ses deux enfants Amélie (6 ans et demi) et Félicien (3 ans et demi) dans le salon de leur maison, à Sauges, au bord du lac de Neuchâtel. Le papa Raphaël Dubois ne va pas tarder à rentrer du travail. Daniel vit avec la famille Dubois depuis trois mois. Il a fui l’Érythrée pour échapper à la conscription forcée dans l’armée, à durée indéterminée. Ce pays africain est dénoncé par l’ONU pour ses violations généralisées et systématiques des droits de l’homme.
L’adolescent est ravi de partager le quotidien de cette famille suisse. Au pays, il a laissé ses parents et six frères et sœurs. Il reste en contact avec eux par téléphone. Titulaire d’un permis F (admission provisoire), Daniel ne sait pas combien de temps il pourra rester en Suisse. «Il se donne de la peine pour apprendre le français et faire des stages. Mais il a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête», commente la maman.«C’est la prison s’il rentre en Erythrée», souligne son mari. Le jeune homme fait tout pour s’intégrer, à commencer par apprendre la langue. «J’aime bien le français. J’ai des cours spéciaux. Dans une famille, tu peux t’intégrer, savoir comment ça se passe en Suisse.
La famille t’aide et te conseille.» Daniel apprécie le rôle de grand frère. Il s’entend très bien avec Amélie et Félicien, malgré leur différence d’âge.

Être acteur et pas spectateur

Pourquoi la famille a-t-elle décidé d’accueillir un jeune réfugié? Les Dubois ont simplement répondu à l’appel du canton qui recherchait des familles (lire notre encadré en page 25). «On avait envie de faire quelque chose, de montrer aux enfants qu’il y a autre chose dans le monde. On apprend beaucoup avec Daniel», explique Raphaël Dubois.
«On voulait partager la chance qu’on a. Être acteurs et pas simples spectateurs.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, ajoute son épouse. On a tendance à oublier les choses authentiques. On ne veut pas seulement être dans le superficiel.» Les Dubois considèrent Daniel comme un fils, même s’il partage leur quotidien depuis peu: «Ça ne fait que trois mois et on a l’impression qu’on le connaît depuis des années!», commente le père de famille. «Nous nous comprenons un peu mieux chaque jour. S’il était renvoyé demain, il nous manquerait vraiment», complète Pauline Dubois.
En Érythrée, Daniel a arrêté l’école pour travailler aux champs et aider sa famille, son père ayant dû partir faire l’armée. L’adolescent a fui son pays de nuit, sans rien dire à personne: «Je n’ai pas pu dire au revoir à ma famille». Il est resté plusieurs mois en Éthiopie avant de réaliser le voyage vers l’Europe avec deux amis, via le Soudan, la Libye, la mer Méditerranée et la Sicile, au péril de sa vie.

«

La famille t’aide et te conseille»

Daniel Oukbay, jeune réfugié érythréen

600 personnes sur un rafiot

Commentaire de Daniel: «Si je meurs, c’est triste pour ma famille. Moi, ce n’est pas important...» Il précise qu’il ne le referait pas. «C’est très, très dur», témoigne le jeune homme qui a traversé le Sahara en camion: «On n’avait presque pas à manger ni à boire. Si tu n’arrives pas à payer, tu restes coincé... En Libye, on était 80 personnes dans une pièce.» En mer Méditerranée, il s’est retrouvé sur une embarcation à la dérive avec 600 personnes à bord... «Le bateau était sans moteur pendant un jour et une nuit. Les Italiens sont venus nous chercher.»
L’adolescent a déboursé plusieurs milliers de francs aux passeurs pour rejoindre notre pays, une somme conséquente réunie avec l’aide de sa famille. Son périple a duré un mois et demi.
Une fois en Suisse, il a tout d’abord été hébergé dans un centre d’accueil en ville de Bâle. «C’était un bunker, il faisait toujours nuit.» Il a ensuite été transféré dans le canton de Neuchâtel, où vit son oncle avec qui il a des contacts réguliers.
Si les différences culturelles ne lui posent pas trop de problèmes, Daniel ne goûte pas vraiment le climat: «En Erythrée, 25°C, c’est froid! On a de 25 à 40°C.» Le jeune homme adore par contre les fromages du cru: «Surtout la fondue!» Il aime le vélo, se baigner dans le lac et cuisiner avec sa famille d’accueil: «J’aime la cuisine suisse, c’est très différent de l’Érythrée. Nous, on mange des galettes et c’est beaucoup plus épicé!», se marre Daniel. Un peu trop pour les palais helvétiques...

Apprendre un métier en Suisse

L’adolescent souhaite apprendre un métier dans son pays d’accueil. Il a déjà réalisé trois stages en entreprise qui se sont bien déroulés. Il espère décrocher une place d’apprentissage l’été prochain, à la fin de sa dernière année de scolarité obligatoire. Ce sera vraisemblablement comme paysagiste, carreleur ou peintre, le métier de son «papa» suisse.

«Il y a un élan de solidarité»

Accueil: fortes disparités entre les cantons.

À Neuchâtel, sur une soixantaine de requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA), quatorze ont été accueillis par des familles à la suite d’un appel à la population. «C’est remarquable! Il y a un élan de solidarité», salue Christian Fellrath, chef du Service de protection de l’adulte et de la jeunesse. «Nous recherchons encore quinze familles. Il y a 30% des mineurs placés et nous souhaitons atteindre les 50%.» Cinq mineurs vont être placés et cinq familles sont évaluées. «Elles sont une solution alternative aux centres d’hébergement. Je suis admiratif de leur engagement.»
À Genève, sur 221 RMNA, un est accueilli en famille et 32 chez des proches. La plupart habitent en foyers. Idem sur Vaud, où 210 des 260 RMNA y vivent. Les autres logent en appartements ou chez des proches. Cinq enfants de moins de 12 ans vivent dans une famille. Septante adultes sont également placés grâce au projet «Héberger un migrant». D’autres familles sont recherchées par l’Établissement vaudois d’accueil des migrants. «Nous avons beaucoup de demandes de migrants. Tout se passe très bien avec les familles», souligne la cheffe de projet Jessica Bollmann.
Selon l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, entre 200 et 300 migrants adultes vivent dans des familles suisses.

Requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA) en Suisse

Le nombre de requérants d’asile mineurs non accompagnés fluctue d’une année à l’autre: on en dénombrait 824 en 2004, 219 en 2007 et 795 en 2014. Il y a eu une importante hausse en 2015 avec 2736 mineurs, soit 6,9% des demandes d’asile (39 523; forte augmentation d’Afghanistan).
Par pays, l’Érythrée (1191) devance l’Afghanistan (909) et la Syrie (228). En 2016, il y a eu 21 382 demandes d’asile (fin septembre) dont 1568 de RMNA (au 11 octobre).

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 07.11.2016, 14:00 heure



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