Dans son bureau de l’Office fédéral de la culture, à Berne

Isabelle Chassot: «Une chance de mieux nous comprendre»

L’interview À quoi sert la culture? Que nous apporte-t-elle? Et Pâques, pour vous? Les réponses d'Isabelle Chassot, la nouvelle directrice de l’Office fédéral de la culture.

«

Notre pays a toujours su se réinventer»

Pouvez-vous imaginer votre vie sans livres, sans spectacles, sans expositions?
Aussi peu que l’imaginer sans nourriture. Notre esprit doit être nourri comme notre corps. La culture est un apport quotidien indispensable.

Que vous apporte-t-elle?
Je doute, fondamentalement. Pour moi le «Cogito ergo sum» de Descartes est avant tout un : «Dubito ergo sum». La culture nous permet de nous interroger, sur ce qui nous relie à notre environnement et aux autres. Elle nous guide dans notre quête de la Beauté ou du Divin. Elle nous permet aussi de nous questionner sur notre humanité et sur ce qui nous fait avancer ensemble.

Parmi vos derniers concerts, lectures ou expositions, lesquels avez-vous voulu partager avec des amis?
Avec les œuvres que j’aime, je suis toujours dans le partage, avec mes amis et connaissances. Les médias jouent aussi un rôle très important pour ces échanges. Je lis les critiques des journaux et je me laisse influencer par elles. Parmi mes derniers coups de cœur, j’ai beaucoup apprécié le livre d’Olivier Rolin, «Le Météorologue». Je lis actuellement «Unterwegs nach Ochotsk» de Eléonore Frey, l’une des lauréates des Prix suisses de littérature. Récemment, j’ai particulièrement aimé aussi l’exposition sur Marcello, au Musée d’art et d’histoire de Fribourg, qui ira également ce printemps au Musée Vela à Ligornetto, et celle sur les Rois mochica au Musée d’ethnographie de Genève, qui a pu être mise sur pied notamment grâce au soutien de l’Office fédéral de la culture.

Elle a longtemps rêvé d’un découpage d’Anne Rosat

Y a-t-il un livre auquel vous revenez régulièrement?
Oui, «Les Mémoires d’Hadrien» de Marguerite Yourcenar, un livre superbe et extraordinaire pour qui a exercé des fonctions publiques. C’est une leçon de vie, d’exercice du pouvoir et d’attitude lorsque l’on quitte le pouvoir.

Vous étiez une femme de pouvoir au Conseil d’Etat. La direction de l’Office fédéral de la culture est-elle toujours un rôle de pouvoir?
J’ai changé de fonction et d’échelle, mais la mission est restée la même, à mes yeux. L’éducation, que je dirigeais à Fribourg, et la culture ont de nombreux points communs. Elles doivent en particulier rendre les personnes responsables et libres. Dans une démocratie directe, c’est indispensable. Je crois en cette mission.
Le pouvoir est très encadré en Suisse et c’est important qu’il le soit. Je le perçois plutôt en termes de responsabilité, de charge qu’on accepte d’exercer pour les autres et en leur nom. En changeant de fonction, j’ai perdu cette légitimité et donc ce pouvoir-là. Ma mission est aujourd’hui de contribuer à formuler et à mettre en œuvre la politique culturelle de la Confédération et je l’exerce en concertation et sous la responsabilité du Conseiller fédéral Alain Berset, qui en assume le poids politique.

En termes de rythme est-ce comparable ?
En termes de rythme, oui, mais pas en termes de charge personnelle. Mes journées ne sont pas plus courtes, mais l’exposition médiatique est très différente et la charge vient souvent de cette exposition. J’ai aussi retrouvé une liberté.

L’objet de cœur rapporté de Colombie

Quel bilan tirez-vous après un peu plus d’une année à la tête de l’Office fédéral de la culture ?
J’occupe un poste privilégié pour comprendre le rôle  de la culture et l’importance de la diversité culturelle dans notre pays. C’est une chance de pouvoir proposer des mesures pour rendre visible ce qui nous unit et qui nous fait vivre ensemble. J’ai trouvé dans cet office une grande diversité de missions qui toutes y contribuent. La routine n’a pas sa place dans un tel office!

Le nouveau message sur la culture insiste sur son rôle de ciment de la cohésion. Pourquoi?
La culture est importante pour chacun, au niveau individuel, en nourrissant l’imagination et la créativité, mais elle va au-delà. Notre pays est plurilingue et nos langues différentes constituent au moins autant de cultures. Nous sommes une «Willensnation», un pays né d’une volonté. Le vivre-ensemble n’est jamais acquis. Nous avons donc besoin de nous comprendre les uns les autres, dans nos réalités, dans nos traditions, dans notre environnement, dans nos pratiques, dans nos interrogations. La culture nous le permet.

C’est la raison pour laquelle l’Etat doit soutenir la culture?
Oui, mais ce n’est pas la seule. Notre pays a toujours su se réinventer en fonction des défis qui lui étaient posés. Nous vivons actuellement une période marquée notamment par la globalisation, une plus grande hétérogénéité sociale et un certain éclatement des valeurs. Nous peinons à en lire les lignes de force et sommes confrontés à des questions qui se posent à nous aussi bien de manière collective qu’individuelle. La culture nous offre non seulement une chance de fixer des repères et de mieux nous comprendre, mais elle constitue également un vecteur important d’innovation et de créativité. Ne serait-ce que pour cette raison, il est nécessaire que l’Etat soutienne la culture, qu’il en garantisse la diversité et permette la participation du plus grand nombre à la vie culturelle.

Nous sommes à quelques jours de Pâques, une fête importante pour vous ?
Comme chrétienne, Pâques représente pour moi le cœur même de la foi.  La montée vers Pâques à la fois est à la fois un cheminement intérieur et un relais au monde. J’aime dans les célébrations pascales le rappel du passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, du désespoir à l’espérance. Célébrer Pâques m’aide à percevoir le propre mouvement de notre existence et sa finalité.

Comment fêtez-vous Pâques ?
Pour ce qui est du versant religieux, j’essaie dans la mesure du possible de participer aux célébrations de la Semaine Sainte et de partager l’office du Vendredi Saint avec les moniales du Carmel du Pâquier. J’aime assister durant cette période à un concert de musique sacrée, celle-ci nous offrant une respiration bienvenue et nécessaire dans nos existences et nous ouvrant au mystère pascal. Pour ce qui est des aspects plus profanes, étant donné les origines de ma maman, nous conjuguons les traditions autrichiennes et suisses. Le lapin de Pâques y a autant sa place que l’Osterbaum, sorte d’arbre de Pâques décoré de coquilles d’œuf peintes à la main. La table du dimanche est évidemment bien garnie et les œufs teints et décorés en font partie.

4 dates dans la vie d’une femme de tête

1965 Naît à Saint-Prex (VD). Son père, fribourgeois, s’est expatrié pour des motifs économiques.

1984 Maturité latin-grec à Fribourg. «J’ai une grande reconnaissance pour celles et ceux qui m’ont formée.»

1991 Elle entre au Grand Conseil fribourgeois. Dix ans plus tard, elle accède au Conseil d’État.

2013 Le 1er novembre, elle prend la direction de l’Office fédéral de la culture, après douze ans au Conseil d’État.

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Charly Veuthey

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
dimanche 29.03.2015, 22:55 heure



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