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Jacques Wullschleger
écrit le 10.04.2018


Jérôme Voutaz, grand champion d'attelage

Jérôme Voutaz: "Le cheval est une éponge, il sent tout..." L'année 1994 fut, pour Jérôme Voutaz, 39 ans, une année de grâce, qui allait non pas chambouler son existence -quoique- mais lui offrir ou lui garantir deux trajectoires de vie complémentaires, et oh! combien importantes, pour son confort personnel et son bien-être en général. "J'y ai trouvé un équilibre très profitable car ne rien faire, ne me va pas".

Enfant de Sembrancher, de cœur et d'esprit, il commença, en 1994 un apprentissage de mécanicien sur auto. Aujourd'hui, Jérôme Voutaz est garagiste "Patron associé" à Martigny (garage du Mont-Blanc). Et la même année, Pierre Emonet, co-propriétaire avec lui de 12 chevaux (et groom) acheta un cheval de l'armée. "Viens avec moi faire des tours", l'invita-t-il. Il y alla gaiement. "Je me souviens avoir eu un monstre plaisir", se souvient Jérôme Voutaz. Une passion était née. Dix ans plus tard, Pierre Emonet lui demanda:"Et si, Jérôme, on faisait le brevet attelage?" Ce qui fut fait et bien fait.

Dans un premier temps, il y eut le brevet national, basé sur la sécurité, qui lui ouvrit des portes. "J'ai pu participer à plusieurs concours. N'ayant jamais terminé dernier, j'ai pris goût à cette discipline. J'aime ce style de compétition." Ensuite, il obtint la licence pour l'international (brevet S) acquise avec talent et doigté. Conséquences: d'autres vagues d'émotion allaient suivre.

- Votre rôle, dans l'attelage, en l'occurrence à quatre chevaux, est celui de meneur...

"Oui, et il faut mener avec la tête, il faut rentrer avec justesse dans le virage, mettre des gaz au bon moment, passer près des piquets, qui sont fixes et plantés un mètre dans la terre (marathon). La conduite de la voiture exige énormément de finesse. Les parcours sont sinueux. La reconnaissance des parcours se fait à pied. On discute, les grooms et moi, pour voir où on pourrait se retrouver en danger et où on doit faire très attention aux boules et aux cônes."

- Meneur, est-ce dangereux?

"Non, mais c'est un rôle qui requiert une grande précision. (courte pause). Il y a un an et demi, je me suis cassé une jambe en deux. J'ai tapé dans un piquet en contournant un obstacle. J'ai un clou qui va du genou jusqu'à la hanche. Aujourd'hui, tout va bien. Ce genre d'accident est rarissime. Mais quand on tape un piquet, on peut être sûr et certain que ça débouche sur une casse."

- On imagine que la complicité avec les chevaux est totale.

"Elle l'est, il existe des sentiments avec les chevaux. Mes chevaux fonctionnent avec le cœur. On les guide, on en prend soin, ils nous font confiance. Et ils nous le rendent bien. Il ne faut surtout pas les trahir. En compétition, on est toujours sur un fil."

- Murmurez-vous à l'oreille de vos chevaux?

"Je les appelle par leur nom, ils répondent à leur nom. Il faut respecter l'animal, c'est une règle. En compétition, il ne faut pas être gourmand, pour une ou deux secondes, et le mettre en danger. Ça aussi, il le sent."

- Que leur dites-vous, avant un marathon (7-8 km) par exemple?

"Avant de partir en concours, je leur dit: "Je compte sur toi, on est une équipe, on fait le maximum, on y va à 100%. Le cheval est sensible à ça. (Il dévoile). Avec "Belle" en fait, "Belle du Peuple") par exemple (en photo avec Jérôme Voutaz), le contact s'est resserré. Quand j'arrive au parc, "Belle" est la première à venir vers moi, à chercher la caresse. C'est maintenant que je constate ça, cette attitude. Avec un cheval, on n'a jamais fini d'apprendre, c'est passionnant."

- Vos chevaux, en l'occurrence des juments, sont tous issus de la race des Franches-Montagnes?

"Ce sont les chevaux de l'Armée. Les FM? C'est la seule race suisse, idéale pour la discipline de l'attelage. Je ne connaissais rien de rien. J'ai appris des tas de choses, en même temps que les chevaux. Cette réciprocité a débouché sur une formidable complémentarité. Ce qui est magique, c'est que nous avons progressé ensemble."

- Un attelage, c'est un travail d'équipe avez-vous dit plus haut et dans ce contexte, il ne faut pas oublier les grooms sans lesquels...

"...rien ne serait possible non plus. Sur la voiture, ils sont deux (avec le meneur). Le meneur, sans grooms, il n'est rien. Si j'ai un petit doute, le groom qui se trouve juste derrière moi, veille au chrono, à ce que tout se passe bien. Le groom qui, lui, est tout derrière, se penche du bon côté, ou déplace le char (qui pèse 600kg) si on est juste juste, profite qu'il soit un peu en l'air pour le faire, en effectuant un mouvement du corps adéquat. Ce rôle est physique. Un groom s'occupe aussi des chevaux et du matériel, de faire les repas, de l'intendance, de nettoyer le char et de bien d'autres choses. Mais leur priorité, c'est évidement aussi la mienne, va aux chevaux."

- Combien avez-vous de grooms?

"Pour la saison 2017-2018, j'en ai 19, tous différents, c'est relever l'ambiance régnant dans notre team, le team "La Ferme du Moulin", la notion de plaisir qui s'est installée. Si je prends des vacances? Non, être meneur, l'attelage, atteler, voilà mes vacances."

- Vous êtes l'unique meneur non professionnel du circuit mondial. Est-ce facile de tout concilier?

"Je suis garagiste. Quand je quitte mon job le soir, je laisse les soucis mécaniques, le stress au garage. J'arrive à Sembrancher, je passe chez moi -Jérôme Voutaz habite à un jet de sabot de la Ferme-, puis, je vais retrouver mes chevaux et je m'éclate. Tout ça me calme, m'apaise. L'attelage est un hobby, ma passion, qui est majuscule. Si j'ai envisagé un jour de passer pro? Oui, j'avoue que ça m'a titillé, mais pas longtemps. Pour mon bien-être et mon équilibre, j'ai besoin d'une persité. Là, avec mon travail et les chevaux, je suis comblé. Je suis un privilégié."

Jérôme Voutaz et son pays

- Avec vos chevaux, l'entraînement est-il quotidien?

"S'il ne tenait qu'à moi, oui, mais pour les chevaux, c'est autre chose. Il faut s'adapter en fonction de leur(s) demande(s), de leur souplesse. Avec le char (ou la voiture qu'ils tirent), ils aiment se balader dans les près, on travaille la technique (le rassemblé pour avoir une bonne harmonie), l'allongé, par exemple."

- Vous êtes le meneur de l'attelage, un pilote, en quelque sorte. Vous travaillez dans un garage, le fait de piloter une voiture en compétition vous a-t-il tenté?

"J'ai hésité à faire des rallyes, mais ça va trop vite, pourtant j'aime la vitesse avec le danger qu'elle encourt. Je préfère les chevaux sans vapeur. La mécanique vous fait plonger dans les bouquins. Chez le cheval, on partage son énergie et son caractère. Ce n'est pas le cheval qui doit s'adapter, c'est nous qui devons nous adapter à lui et s'accorder. Vivre en harmonie, la trouver avec 4 chevaux qui sont différents. La base de notre travail se situe là."

- A mesure que vous avancez, cherchez-vous aussi à progresser?

"Oui, c'est important de se remettre en question, ceci est valable pour tout le team. Combien de fois je me suis dit: pourquoi lui arrive et pas moi? Pourquoi je n'en serais pas capable? Qu'est-ce que je fais faux? La remise en question est perpétuelle. Nous ne sommes pas plus cons que les autres (il sourit)."

- Avez-vous des sponsors?

"Oui, nous avons aussi un club de soutien et nous organisons des repas de soutien. Si on peut acheter, on achète, sinon, on n'achète pas. Nous ne voulons pas de dette. C'est l'éducation que nous avons reçue."

- A l'école, étiez-vous un bon élève?

"L'école? Ce n'était pas mon truc (Jérôme Voutaz rit de bon cœur), mais j'aimais les maths. Ça m'a aidé pour la mécanique. Je regardais souvent par la fenêtre. J'aimais déjà follement la nature. J'étais attiré par elle. Je suis un enfant de Sembrancher et j'aime retrouver cet endroit, les montagnes, au retour d'un voyage. Ici, c'est le plus beau pays du monde."

- En septembre, vous allez participer aux Jeux Equestres Mondiaux en Caroline du Nord, qui sont l'équivalent des Jeux Olympiques.

"Il s'agira de notre première compétition hors Europe. Deux grooms iront en camion avec les chevaux (4 plus un de réserve) jusqu'à Liège. De là, nous prendrons l'avion (avion cargo) jusqu'à destination. Il y aura, en tout, 45 chevaux. Neuf personnes les accompagneront pour voir si tout se passe bien et veiller sur eux."

Palmarès

Jérôme Voutaz est né le 24 mai 1979 à Sembrancher.

Spécialité: l'attelage (4 chevaux). Il est le meneur. Team: la Ferme des Moulins. Les 3 disciplines de l'attelage: le dressage, le marathon et l'épreuve de maniabilité.

2011: champion romand.

2013: 26e mondial outdoor.

2014: champion de Suisse

2015: 12ème mondial outdoor

2016: 11e mondial outdoor, 4e mondial indoor.

2017: vice-champion du monde indoor, 8e mondial outdoor, CHAMPION D'EUROPE, Maniabilité/Marathon (à Göteborg).

2018: vice-champion du monde indoor (à Bordeaux).

2018: 1er (et premier succès!) lors d'une épreuve Coupe du monde FEI (Fédération Equestre Internationale) à Leipzig. Avec les grooms Sophie Froidevaux (son amie) et David Voutaz, cousin de Jérôme Voutaz.

Et aussi plusieurs centaines de plaques, reçues ici ou là, pour des concours gagnés, ou des places sur les podiums.
A ce jour et depuis 2011, Jérôme Voutaz a vécu 58 départs internationaux.
Seuls les 10 meilleurs attelages en été peuvent participer à la saison indoor l'hiver.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger  a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures») dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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