John Boyega incarne un vigile qui se retrouve au cœur des émeutes raciales de Detroit en 1967. Le film est à voir dès le 
11 octobre sur les écrans romands.

«Que tout le monde se sente intégré»

John Boyega L’acteur de «Star Wars» s’engage dans le thème du racisme dans le film «Detroit». Rencontre avec un jeune homme dynamique et ambitieux. 

John Boyega a plus d’une corde à son arc. Révélé par Star Wars, l’acteur anglais de 25 ans est dès demain (11 octobre) à l’affiche de Detroit, le nouveau film de la cinéaste oscarisée Kathryn Bigelow (Démineurs). Une reconstitution immersive d’un fait divers choquant survenu en 1967 lors des émeutes raciales de la ville du Michigan, celui de l’Algiers Motel. Dix hommes noirs et deux femmes blanches y furent brutalisés par les forces de l’ordre pendant un long raid qui fit trois victimes.
John Boyega incarne Melvin Dismukes, un vigile qui se retrouve mêlé à ce drame. Un film puissant qui résonne particulièrement avec l’actualité outre-Atlantique où violences policières contre les Noirs et tensions raciales sont toujours à l’ordre du jour. À Londres, le comédien nous parle de son rôle, de sa vision du monde, de ses grandes ambitions et de son éducation mouvementée.

Quelle a été votre réaction en lisant le scénario de «Detroit»?
J’ai trouvé que c’était une grosse bouchée, qu’il s’attaquait à un vaste sujet. À l’époque, on parlait beaucoup de gens comme Michael Brown et Trayvon Martin (de jeunes Noirs non armés tués par un policier et un vigile blancs). Et donc je savais que ce film tomberait à point nommé et sortirait à un moment délicat. Mais j’ai été aussi impressionné par l’information qu’il contient.

Qu’avez-vous appris?
J’avais entendu parler des émeutes de Detroit, mais pas de ce qui s’est passé à l’Algiers Motel, même si l’événement est très documenté. J’ai donc eu honte de mon ignorance. J’étais très curieux de découvrir ce qui s’est passé petit à petit. Et c’est génial que Kathryn nous ait tous laissé la liberté de consulter les documents et dépositions de témoins dans ce but. J’ai pu parler aussi à Melvin, le personnage que j’incarne, pour obtenir plus d’informations.

Que vous a apporté cette rencontre?
Elle m’a permis de comprendre que mon personnage est un introverti. Il intériorise ses sentiments et ne réagit jamais de façon explosive. Une fois que je lui ai parlé, j’ai su que je n’aurais pas besoin de me déchaîner physiquement. J’ai compris que je devais beaucoup jouer avec mes yeux, exprimer ce que mon personnage ressent à travers mon regard.

Est-ce que ce film vous a personnellement marqué? Voyez-vous le monde différemment aujourd’hui?
Oui, je me documente en profondeur sur ce qui se passe dans le monde de jour en jour. Je ne compte pas juste sur les médias pour apprendre les nouvelles. Je trouve ça un peu vague. Pour complètement saisir un problème, tu dois prendre le temps de le comprendre si tu veux changer quoi que ce soit. Même pour en parler, tu dois saisir les différents points de vue. Donc même si je suis Noir et trouve une situation injuste, j’essaie toujours de comprendre le point de vue adverse parce qu’en fin de compte nous devons tous vivre ensemble dans le même pays.

«

Il faut comprendre le point de vue adverse, car en fin de compte nous devons vivre ensemble»

Est-il vrai que vous investissez une bonne partie de vos revenus dans votre propre maison de production?
Oui, monter cette boîte a toujours fait partie de mes projets. J’aime planifier, avoir une stratégie à long terme. J’ai envie d’une carrière qui soit parlante au niveau de mes choix. Et la seule façon pour moi d’être libre de faire ce que je veux d’un point de vue créatif, c’est de monter mon propre camp. J’ai envie de montrer ce que j’ai à offrir.

Vous souhaitez être à la fois acteur et magnat du cinéma?
Absolument. On parle beaucoup de diversité et d’opportunités à Hollywood. J’ai compris tôt dans ma carrière que si je participe à ce débat sur la diversité, je ne veux pas juste être une célébrité qui fait un ou deux commentaires sur le sujet puis disparaît. J’ai envie de faire partie de ceux qui ont ces opportunités et je suis fier que le premier projet de ma boîte UpperRoom Entertainment ait une distribution multiethnique (ndlr: il s’agit du film Pacific Rim: Uprising, où il tiendra le premier rôle). Si le rêve de Walt Disney était de rendre les enfants heureux, le mien est que tout le monde se sente inclus et de raconter des histoires avec des points de vue différents.

Dans ce contexte, voyez-vous une grande différence entre le personnage de ce film et celui de «Star Wars»?
Le contenu des films est différent mais je pense toujours que Star Wars a un message. Je ne veux pas me vanter – OK, je me vante! – mais Finn était l’élément le plus significatif de la première bande-annonce du Réveil de la Force. Pas à cause de moi en particulier mais à cause de la couleur de ma peau. Qu’un acteur noir joue un rôle aussi central dans l’univers de Star Wars est nouveau. Et que pour la première fois de l’histoire, un Stormtrooper ôte son casque et que ce gars soit différent et veuille changer les choses, est très significatif.

Votre père est pasteur. Ses croyances ont-elles forgé qui vous êtes?
Oui, je suis chrétien… pas le meilleur qui soit! Avoir une religion ne garantit pas que tu sois parfait. Là n’est pas la question. Mon éducation spirituelle est la base sur laquelle reposent ma morale et ma vision du monde. Mais c’est juste un côté de moi, un point de vue. J’ai grandi à Londres. Et comme de nombreux héros bibliques, je dois toujours lutter contre la tentation. Dieu se dit: «Bon sang, encore une bêtise!» (Il éclate de rire) Mais cela fait partie de la vie. Je me réfère beaucoup à ma spiritualité, surtout avec le style de vie que je mène.

Êtes-vous devenu acteur à cause d’un film en particulier?
En fait, le premier film que j’ai vu au cinéma était un film d’animation. J’étais terrible à l’école donc mon père nous a expédiés vivre quelque temps dans sa famille en banlieue de Londres. Il nous y a envoyés parce que leur style parental était différent. Ils soupaient à 15 h 30 et se couchaient à 17 h! Mon père pensait que j’avais besoin d’un peu de discipline. J’étais déprimé pendant que j’habitais là-bas mais je n’allais pas au cinéma. Un soir, nous sommes pourtant allés voir 1001 Pattes. Je ne connaissais rien aux acteurs mais j’ai accroché sur l’animation.

Du succès, de grands projets… Bannissez-vous de votre esprit la notion d’échec?
L’échec est un des ingrédients du succès. Il faut trouver un équilibre entre succès et échec, telle est l’expérience de la vie. L’échec motive: il signifie qu’il existe un autre moyen de traiter le problème.

Pour l’acteur, «l’échec est un des ingrédients du succès». 

De la cité à Hollywood

Né en 1992 à Londres de parents nigérians, John Boyega grandit dans une cité du sud-est de la capitale. Dès l’école primaire, il suit des cours de théâtre. À 19 ans, il est révélé dans la comédie «Attack The Block». En 2015, le réalisateur J.J. Abrams lui confiele rôle de Finn dans «Star Wars: Le Réveil de la Force» qui lui apporte une notoriété mondiale. Il sera de retour en décembre dans le nouveau volet de la saga, «Les Derniers Jedi».

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Miguel Cid

Rédacteur

Photo:
Keystone, DR
Publication:
lundi 11.09.2017, 13:55 heure



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