Après Victor Desarzens, Armin Jordan et Christian Zacharias, le jeune chef Joshua Weilerstein dirige l’OCL depuis deux ans.

À vous Maestro

Joshua Weilerstein À 29 ans, il dirige le fameux Orchestre de Chambre de Lausanne qui fête ses 75 ans. Un chef qui aime aussi le foot et le rock.

Directeur artistique de l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL) depuis 2015, il lancera le 4 septembre une nouvelle saison, la 75e, placée sous le signe de la modernité: de jeunes invité(e)s et même un concert dans la salle Les Docks, plutôt dévolue au rock et au rap. Joshua Weilerstein nous parle de sa vision de son art et se confie sur sa vie, dans la langue de Shakespeare, même s’il se débrouille plutôt bien dans celle de Molière. Décor de la conversation: le palace qui est son pied-à-terre lausannois. Dans ce lieu chic, le résident new-yorkais est très décontracté, en jean et t-shirt.

Vous ne correspondez pas du tout à l’idée qu’on se fait d’un chef d’orchestre. On vous fait souvent cette remarque?
Oui, des musiciens me disent parfois que je ressemble à leur fils. Je comprends qu’ils soient un peu sceptiques d’avoir un jeune chef, mais quand on travaille et qu’on commence à se connaître, ça se passe en général très bien.

Vous avez été nommé à l’OCL à 27 ans. Cet âge semble inhabituel pour un maestro!
Je suis plus jeune que la plupart de mes confrères, mais de plus en plus d’orchestres cherchent à engager de jeunes chefs. Avoir des personnes de tous âges dans cette fonction apporte beaucoup à la musique. D’ailleurs, pour cette saison, l’OCL invitera plusieurs jeunes chefs.

Et aussi des cheffes. En fait, pourquoi si peu de femmes?
Dans le passé, on les en empêchait. Le monde de la musique classique est plus ouvert sur ce sujet maintenant. Avant, les femmes n’étaient pas non plus autorisées à faire partie d’orchestres, alors qu’aujourd’hui elles composent l’essentiel de nombreux ensembles. C’est bien, même s’il y a encore beaucoup à faire. Pour cette saison, on a décidé de ne pas mettre en avant le fait qu’on invite des femmes cheffes, parce que cela devrait être normal. On ne les a pas choisies en raison de leur sexe, mais parce qu’elles sont de formidables musiciennes.

«

Je pratique le football.  Mal, mais je fais 
de mon mieux!»

On pense souvent que la musique classique s’adresse à un public âgé, que c’est snob…
Une des choses que je veux faire, c’est réunir les publics jeune et moins jeune. Ce n’est pas la musique classique le problème, mais c’est la façon dont on la met en scène, dont le chef et l’orchestre se présentent. C’est ce que nous essayons de changer à l’OCL, en créant dans la salle une ambiance plus relax, pas guindée. Certaines personnes peuvent croire que la musique classique est ennuyeuse et ne s’adresse pas à tout le monde, mais c’est faux. On a des concerts presque chaque semaine, pour les jeunes les billets ne sont pas chers. Venez, ayez l’esprit ouvert!

En quoi consiste le travail quotidien d’un chef titulaire?
Quand je ne dirige pas l’OCL ou ne répète pas avec lui, j’étudie les partitions, décide du programme et des musiciens à inviter. Je m’occupe aussi des problèmes de l’orchestre, je discute des nouvelles idées avec le directeur exécutif.

Vous dirigez également d’autres orchestres. Comment parvenez-vous à tout faire?
Je voyage beaucoup, seul, c’est dur. Je déteste être loin de chez moi et de ma femme. Mais c’est formidable de voir des orchestres de différentes cultures (je dirige maintenant dans 30 pays) et la manière dont ils jouent, qui varie d’un endroit à l’autre. C’est aussi un très bon apprentissage d’essayer de faire fonctionner mes idées avec chacun d’eux.
Autre preuve que vous êtes un chef moderne, vous aimez échanger avec le public sur les réseaux sociaux.
Les musiciens classiques vivent parfois dans de petites bulles. Avec ces sites, il n’y a pas de barrières, c’est une façon simple d’avoir des connexions avec les gens, de leur vanter les mérites de la musique classique. Et ça la démystifie, ça la rend plus accessible.

Vos compositeurs préférés?
Je mettrais Beethoven en haut de la liste. J’aime aussi Mahler, Chostakovitch et des compositeurs actuels: l’Américain Christopher Rouse et l’Anglaise Anna Clyne. Mais il y en a beaucoup d’autres!

Et à part le classique?
Surtout le rock des années 1960-1970, comme Led Zeppelin et les Rolling Stones. J’apprécie aussi la folk traditionnelle, surtout hongroise.

Adolescent, vous vouliez être journaliste sportif, vrai?
Oui, et avant je voulais être joueur de basketball. Mais en grandissant, en voyant que j’étais assez petit, blanc, je me suis rendu compte que ce ne serait pas possible! Alors je me suis tourné vers l’écriture. C’est ce que j’ai voulu faire entre 12 et 15 ans.

L’OCL dans son premier concert sous la baguette de Joshua Weilerstein

Vous écrivez encore?
Pour mon podcast «Sticky Notes», que j’ai lancé en mars. Il y a eu plus de 25 000 téléchargements dans le monde entier. Je crois que je suis le seul artiste classique à avoir un podcast. Je parle de l’histoire de la musique, j’aborde différents thèmes, il y a aussi des interviews de musiciens. Pour moi, c’est une sorte de substitut à l’écriture.

Vous faites du sport?
Je suis rarement chez moi, donc je ne peux pas jouer en équipe, mais je pratique le football. Pas le football américain, le vrai foot. Je suis mauvais, mais j’essaie de faire de mon mieux!

Venant d’une famille de musiciens, votre destin était tout tracé?
Mes parents ne m’ont jamais poussé. Je ne jouais pas sérieusement du violon, seulement 25 minutes 5 jours par semaine jusqu’à l’âge de 15 ans, époque où j’ai décidé d’en faire mon métier.

Vous avez donc très vite maîtrisé le violon, tout comme la direction d’orchestre. Vous étiez un petit génie?
(Rires) Non! Mais j’ai eu de formidables professeurs, ils m’ont donné une base qui m’a permis de rattraper mon retard très rapidement. Et j’ai travaillé dur. J’ai également beaucoup appris en entendant mes parents et ma sœur répéter tous les jours à la maison. Quant à la direction d’orchestre, c’était très naturel, j’avais de la facilité avec ça.

Quel est le rôle de la musique dans le monde actuel?
Essentiel. Dans notre milieu, on évoque la possibilité, pour attirer les jeunes aux concerts, de les laisser utiliser leur téléphone. Je suis contre. Ne pas envoyer de messages, ne pas tweeter pendant une heure ou deux, c’est tellement rare aujourd’hui. C’est comme une méditation, une oasis. On n’a ni à parler ni à réagir, juste à profiter du concert.

Vous êtes marié depuis 2014 à une musicienne...
Elle était violoncelliste, mais elle est à présent travailleuse sociale, auprès de réfugiés.

En cuisine, vous êtes un chef?
J’adore préparer à manger! Je viens de suivre des cours de cuisine indienne à New York, car c’est la cuisine que je préfère. Cela faisait longtemps que je voulais le faire, mais je n’en avais pas eu l’occasion.

Chaque été, vous dirigez dans des festivals. Vous avez quand même des vacances?
J’adore participer à ces événements, car ils ont souvent lieu dans de très beaux endroits. J’ai joué à Verbier, à Londres et dans le Colorado cet été. J’ai eu des vacances, durant lesquelles je me suis un peu éloigné de la musique, j’ai exploré New York et pris du temps pour respirer, l’année a été très remplie.

L’OCL dirigé par Joshua Weilerstein au Festival Saint-Denis, avec au programme : Symphonie No 98 en si bémol majeur, Hob. 1:98 (Haydn) - Symphonie No 38 en ré majeur "Prague", KV 504 (Mozart)

Vous présentez souvent à l'OCL les œuvres de compositeurs classiques contemporains. Vous voulez montrer que le classique n’appartient pas au passé? Bonus web
Nous voulons jouer de la musique de toutes les époques. Cela inclut les compositeurs contemporains, car la musique classique est un art vivant. Il y a des milliers de compositeurs actuels qui créent des œuvres géniales.

L’OCL se produira aux Docks en octobre. Pour séduire le public qui aime les musiques actuelles ? Bonus web
On va y jouer du jazz et du classique. Quand les jeunes seront là, attentifs, ils verront que c'est une musique formidable et quel plaisir c’est de l’écouter. On espère qu’après ce concert ils viendront souvent nous voir.

Votre approche nouvelle et moderne choque-t-elle le public plus âgé? Bonus web
Ça n’a jamais été le but de se débarrasser de lui et de le remplacer par un jeune. Certaines personnes n’aiment pas quand je parle sur scène, mais ça dure seulement trois minutes, ou n’aiment pas la musique contemporaine, mais elle ne constitue pas le programme complet. Les changements que l’on fait ne sont pas énormes. Le public plus âgé, dans sa grande majorité, nous dit aimer ces nouveautés.

Vous jouez encore du violon? Bonus web
A la maison, je le pratique autant que je peux. En octobre, je vais en jouer avec l’OCL, c’est ce qui me rend le plus nerveux dans tout le programme de la saison !

Vous avez appris le français quand vous avez été nommé à l’OCL. C’était important pour vous de le faire? Bonus web
Oui, par respect pour les personnes avec qui je travaille. Ma professeure est une violoncelliste française, du coup elle m’a aussi appris les termes musicaux. Ça m’a permis de pouvoir faire les répétitions en français. Je comprends bien votre langue. J’espère la parler mieux dans l’avenir. Peut-être que l’année prochaine je pourrai faire les interviews en français !

Vous vous êtes fait des amis en Suisse? Bonus web
J’ai un très bon ami, il m’aide beaucoup à connaître la ville et la région. C’est un peu difficile de devenir intime avec les musiciens de l’orchestre, il faut qu’il y ait une certaine distance entre nous, mais je les considère néanmoins comme des amis.

Votre vie, c’est un peu celle d’une rock star: concerts dans le monde entier, voyages, palaces, interviews ! Bonus web
Sauf qu’on ne me reconnaît pratiquement jamais dans la rue et c’est très bien comme ça (Rires)! C’est surréaliste d’avoir ce poste à Lausanne et de travailler dans d’autres villes aussi. C’est un peu stressant, mais je me sens incroyablement chanceux.

Comment voyez-vous votre avenir ? Bonus web
Je ne me dis pas que je voudrais être le directeur musical de tel orchestre ou faire tant de concerts par an. Ce que je veux, c’est diriger des orchestres avec lesquels j’ai des valeurs musicales communes et une bonne relation, que l'expérience musicale soit bonne. Peu importe que ce soit à Berlin ou dans une toute petite ville.

Chef dans le monde entier

Lors de notre interview à Lausanne: 
«J’ai eu de formidables professeurs.»

Joshua Weilerstein est né à Rochester (New York) en 1987. Père violoniste, mère pianiste, sœur violoncelliste. Son Premier Prix et le Prix du Public au prestigieux concours Nikolaï Malko, en 2009, lui ouvrent les portes de nombreux orchestres. Il a été chef assistant au New York Philharmonic Orchestra. Outre l’OCL, il dirige d’autres orchestres en tant que chef invité, comme le London Philharmonic Orchestra, le BBC Symphony Orchestra, la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême.

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texte:
Myriam Genier
Photo:
Felix Broede
Publication:
lundi 21.08.2017, 13:30 heure



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