Luna (4 ans), Milia (5 ans) et Rachel (4 ans) au jeu de la tristesse, de la colère, de la joie.

Jouer avec les émotions

Neuchâtel Au Muséum d’histoire naturelle, les émotions sont à l’honneur. Pour mieux les connaître, les enfants peuvent y suivre des ateliers.

Le jus de chaussettes… Elles sont unanimes: ça les dégoûte. Six fillettes de 4 à 6 ans sont en plein atelier au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel. La biologiste Mireille Pittet les invite à réfléchir aux émotions, à l’honneur dans l’institution jusqu’au 29 novembre.
Le dégoût est une émotion. Très utile: «Grâce à elle, on ne touche pas ce qui est sale et ainsi on ne tombe pas malade», indique l’animatrice. La tristesse en est une autre. Elle donne envie de pleurer. «Je suis triste quand je pense à mon papa parce qu’il n’est pas là», déclare une participante.
Qu’est-ce qu’une émotion? «Le caractère.» «Être amoureux.» «Avoir peur.» Les enfants ont presque raison: le caractère n’est pas une émotion. Il influence la façon dont on l’exprime. «L’émotion est un état bref qui provoque des réactions physiologiques. Comment, lorsqu’on est en colère?» demande Mireille. «On devient rouge comme une tomate», rigolent les filles. Elle confirme, ajoutant que si l’on a peur, le cœur bat plus vite.

Furieuse comédienne en herbe!

La peur d’avoir peur

La biologiste précise que les émotions sont provoquées par des événements. Elle propose aux écolières d’aller ressentir la colère ou la peur au sein de l’exposition du muséum: Émotions – une histoire naturelle.
En plein hiver, une plage intra-muros réchauffe les cœurs à Neuchâtel. Bercé au son d’un clapotis de vagues, le visiteur est invité à se détendre face à des images de bord de mer et à entrer dans plusieurs cabines de plage lignées blanc et bleu. Là, des expériences lui permettent d’éprouver la joie, la tristesse, la colère, la surprise, la peur et le dégoût. Il s’agit des six émotions dites primaires, car liées aux besoins fondamentaux de l’organisme.
«Je ne veux pas avoir peur», annonce Rachel, réticente à l’idée d’entrer dans la cabine de la crainte… Ses copines en sortent en courant, ce qui ne la rassure pas! À l’intérieur, derrière un rideau noir, elles ont aperçu des petites bêtes aussi vivantes qu’effrayantes!
La photo d’un bébé hilare illustrant la joie les remet illico d’aplomb. C’est parti pour la pratique: personnifier les émotions. Les filles reçoivent chacune la photo d’un homme éprouvant une émotion. But de l’exercice: la mimer et la faire deviner aux copines. La joie est plus facile que la surprise ou que la peur. Mais après quelques minutes, chacune réussit à incarner les émotions et à les reconnaître.

Pas évident d’avoir l’air surpris…

Le jeune trio se laisse prendre au jeu dans la bonne humeur: c’est rigolo de se voir artificiellement triste ou en colère!
Il y a foule ce mercredi après-midi au musée. Normal: l’entrée est gratuite ce jour-là et les enfants ont congé. Cette exposition présente un niveau scientifique de haut vol: une équipe du Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de Genève en est à l’origine. «On a pu travailler avec du matériel qu’ils ont élaboré. C’est génial d’avoir une matière scientifique toute prête et des personnes très réactives à qui poser toutes nos questions», raconte Pauline de Montmollin, conservatrice au musée. Examen au microscope, contrôle des battements du cœur ou observation du cerveau: tout est très interactif.
L’atelier se termine par un jeu: plonger sa main dans des boîtes opaques sans connaître leur contenu. Des cris et des rires en guise de conclusion!

«Émotions – une histoire naturelle», du mardi au dimanche au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel. Une journée du bonheur y sera organisée le 22 mars! www.museum-neuchatel.ch

Il arrive qu’on passe vite du dégoût à la joie.

«Le jour où des robots décrypteront nos émotions…»

Pauline de Montmollin (33 ans), conservatrice

Pauline de Montmollin (33 ans), conservatrice
Pauline de Montmollin (33 ans), conservatrice

Combien l’être humain a-t-il d’émotions?
Les psychologues n’ont pas arrêté de palette d’émotions. Leur identification est propre à chaque culture. Par exemple, Schadenfreude en allemand, l’émotion de se réjouir du
malheur d’autrui, n’a pas d’équivalent français. On s’accorde à dire qu’il y a six émotions primaires assez universellement partagées: la surprise, la joie, la colère, la tristesse, la peur et le dégoût.

Les émotions ont-elles toutes une fonction?
C’est un avantage évolutif et adaptatif de pouvoir ressentir des émotions, pour sa propre survie, mais aussi dans la capacité à créer du lien au sein d’un groupe. Très souvent, les émotions permettent de comprendre ce que les autres ressentent, de se mettre à leur place, de favoriser leur bien-être, qui à la fin engendre aussi le nôtre.

Votre exposition aborde aussi les émotions chez les animaux. Pourquoi?
Le muséum se veut titillant et provocant. Aujourd’hui, on considère qu’il y a des manifestations émotives chez les animaux. L’admettre, c’est bouleverser notre rapport au monde animal, notamment avec toute la question de leur exploitation.

Et vous questionnez sur les dérives possibles des connais-sances sur les émotions…
Oui. Les recherches sont utiles pour des maladies comme la schizophrénie ou les troubles autistiques. Mais ces progrès peuvent être utilisés à d’autres desseins. La robotique se développe beaucoup. Le jour où les robots comprennent nos émotions et s’adaptent au nom de notre bien-être, c’est tant mieux, mais s’ils décryptent nos émotions et les trans-mettent à d’autres, on peut imaginer des dérives…

www.museum-neuchatel.ch

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo: Charly Rappo/arkive.ch

Publication:
lundi 26.01.2015, 10:50 heure



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