Jouer dehors fait du bien aux enfants

Mouvement Aujourd’hui, les enfants se dépensent beaucoup moins qu’il y a quarante ans. La faute à la télévision et à l’ordinateur? Sans doute, mais pas seulement.

Des études allemandes révèlent que les enfants passent plus d’une heure par jour devant la télévision et à peu près l’équivalent devant l’ordinateur. Bien que la Suisse ne dispose pour l’instant d’aucune statistique en la matière, il y a fort à parier que les petits Helvètes concurrencent facilement leurs voisins germaniques sur ces terrains.

Abonnez-vous ici à la newsletter pour suivre l'actualité de Coopération

Beaucoup d’enfants ne quittent pratiquement plus la maison et ne se dépensent pas assez. Ce manque d’exercice n’est pas sans conséquences: le nombre d’enfants obèses a triplé au cours des trente dernières années, selon Oskar Jenni, chef du service pédiatrie du développement à l’hôpital pour enfants de Zurich.
Si la relation de cause à effet entre le manque d’activité physique et le surpoids paraît évidente, la prudence est de mise avant de désigner les loisirs électroniques comme seuls coupables.
Aussi confortable et répandue qu’elle soit, cette idée est combattue par de nombreux spécialistes. Notamment par Marco Hüttenmoser. Âgé de 72 ans, le pédagogue argovien mène depuis quarante ans des travaux de recherche dans les domaines de l’enfance et de l’environnement. «Lorsqu’il s’agit d’expliquer le manque d’activité physique de nos enfants, nous avons tendance à tirer des conclusions hâtives», déclare-t-il.

«

Il faut plus d’espaces de rencontre dans nos villes»

Marco Hüttenmoser, pédagogue

D’après lui, l’augmentation du trafic automobile et le manque d’espaces de rencontre dans nos villes et agglomérations sont les véritables causes de la sédentarité des enfants. Jouer dehors devient dangereux. Ou alors cela doit se faire sous la surveillance des parents. Ce qui n’est pas de nature à enchanter des aventuriers en herbe. Reste que le jeu, l’activité physique – surtout «outdoor» – sont les meilleurs garants d’un développement harmonieux des jeunes. «Il est important que les enfants et adolescents, qui passent de nombreuses heures assis en classe, puissent se dépenser physiquement, s’aérer le corps… et l’esprit», souligne Isabel Pérez. Et la pédagogue vaudoise de relever que dans une classe, les écoliers ont une position statique. «Cela implique qu’ils doivent contenir leur énergie ou alors ils la dépensent à mauvais escient par de l’agitation ou des bavardages. Un écolier qui parvient à canaliser son énergie, sera plus attentif et concentré.»

«

Un écolier qui peut canaliser son énergie sera plus attentif et concentré»

Isabel Pérez, enseignante, médiatrice scolaire et responsable d’une structure de soutien scolaire privée

Voir les parents sous un autre jour

Le sport, les activités de plein air, sont des moyens privilégiés de rencontrer d’autres enfants et jeunes du même âge, de partager, mais aussi de tisser des liens différents au sein d’une même famille. Des moments volés au train-train quotidien et où les enfants découvrent leurs parents sous un autre jour. Et vice versa. «La scolarité occupe souvent une grande place dans la famille. Elle provoque parfois tensions et conflits qui s’ancrent dans la maison, remarque Isabel Pérez. Qu’enfants et parents se retrouvent en dehors de ce lieu, dans un espace neutre, et partagent des activités qui ne font pas écran – et ne sont pas écrans –, permet de préserver une relation parents-enfants en laissant sur le bas-côté l’école, les performances scolaires, les inquiétudes liées à l’avenir. Au moins pour un temps.»
Cette relation, David Tinguely a su la créer avec son fils Samuel. Le nombre d’activités auxquelles ils se livrent ensemble est impressionnant. Ce qui n’empêche pas ce jeune père de faire preuve de souplesse en matière de divertissements électroniques. À condition que son fils ne s’y adonne qu’à doses homéopathiques, car il est d’avis que ce genre de loisirs contrarie la créativité chez l’enfant.
Un principe dont le point de vue de la pédagogue se fait l’écho: «Si parents et adultes parvenaient à imposer des limites de temps passé derrière les écrans, qui tendent à provoquer excitation ou apathie, la jeunesse développerait peut-être plus de créativité et d’inventivité. Cela étant, il est illusoire et contre-productif de vouloir supprimer les activités digitales. Cela ne serait qu’une interdiction de plus à transgresser.»

Une complicité qui unit père et fils

Bouger Sortir, jouer, faire du sport, crée des ponts entre parents et enfants tout en contribuant à leur bien-être mental et physique. L’exemple de David Tinguely et de son fils Samuel.

David Tinguely, 38 ans, et son fils Samuel, 7 ans, forment à eux deux une sacrée bande de copains. Ce qui n’empêche pas le père d’assumer pleinement son rôle. Une responsabilité qu’il ne conçoit pas comme se limitant à contrôler les devoirs de son fils et le laisser devant la TV ou une tablette pour qu’il se tienne tranquille. 


La complicité qui unit père et fils les amène en cette radieuse journée de printemps au skatepark de Bulle. Un endroit où ils viennent souvent pour s’amuser tout en faisant du sport. Si Samuel se montre déjà bien adroit au guidon de sa trottinette, David, le père, semble encore hésitant sur son skateboard. «Je suis débutant», avoue-t-il, avant de déployer le vaste éventail de sports et d’activités qu’ils partagent. Des loisirs qui, en fonction des saisons et de la météo, vont de l’escalade au tennis en passant par le football, le basket, la natation, le tennis de table, la randonnée ou encore le vélo. L’hiver, Samuel aime faire du ski pendant que son père dévale les pistes en snowboard – planche sur laquelle il se sent plus à l’aise que sur un skate – quand ils ne vont pas patiner tous les deux.

«

Mon fils doit évoluer avec son temps»

David Tinguely, père de Samuel

Et bientôt, la batterie

«Tous les deux»: ces quelques mots traduisent bien les rapports qui unissent père et fils… dans l’action. «Pratiquer des activités ensemble renforce la complicité parent-enfant et contribue à créer un lien entre eux, estime David Tinguely. Par ailleurs, le sport lui fait prendre conscience de son corps tout en raffermissant sa confiance en lui, son adresse et ses réflexes.» Des principes qui ne déplaisent pas à Samuel: «Oui, j’aime bien aller dehors. Je préfère faire du sport plutôt que de rester à la maison devant des jeux vidéo. Je fais aussi de la rythmique et je vais commencer la batterie», lance-t-il avant de débouler d’une rampe sur son engin.

Stimuler la créativité

«

Je préfère faire du sport que des jeux vidéo »

Samuel, 7 ans, fils de David Tinguely

David Tinguely et son fils Samuel viennent souvent se dépenser au skatepark de Bulle.

David Tinguely et son fils Samuel viennent souvent se dépenser au skatepark de Bulle.
David Tinguely et son fils Samuel viennent souvent se dépenser au skatepark de Bulle.

Par chance, David Tinguely a un fils qui n’est pas demandeur en matière de gadgets électroniques. Paradoxalement, cet électronicien les a pratiquement bannis de chez lui. «Nous n’avons pas la télévision. Je possède un ordinateur mais sans aucun jeu vidéo dessus. Mais il nous arrive parfois de regarder un DVD ensemble – surtout en hiver – ou d’aller sur YouTube.» Cependant, en tant que parent qui ne souhaite pas voir son fils marginalisé, il sait faire preuve de souplesse. «Mon fils doit évoluer avec son temps, parmi ses copains. Qu’il consacre du temps aux jeux vidéo participe aussi à son équilibre. À condition que ce soit avec parcimonie.» David Tinguely trouve plus important de stimuler la créativité de son fils. Or, il considère que les jeux vidéo, la TV et autres smartphones «tuent la créativité chez l’enfant». l PSI

L’aéromodélisme: une passion contagieuse

Voler À 5 ans, Cederic Duss tenait déjà sa première télécommande. Aujourd’hui, il est vice-champion suisse de planeur radiocommandé.

Cederic Duss, 16 ans, de Thoune, possède comme la plupart des adolescents un smartphone qu’il maîtrise à la perfection. Mais son cœur balance pour un autre appareil technique: la radiocommande. Malgré son jeune âge, il est un des meilleurs pilotes de planeur radiocommandé de Suisse.

L’adolescent passe environ une heure par jour à s’entraîner et jusqu’à quatre heures pendant les week-ends. Son plaisir est  d’initier les autres à l’art du pilotage. Son père, Hans Duss, 54 ans, nous révèle qu’il constitue son réseau sur Facebook. Trois ou quatre autres pilotes modélistes, dont la plupart sont bien plus âgés que lui, se sont ainsi retrouvés un samedi dans une prairie à se faire enseigner cette discipline par Cederic.
Quelques mètres seulement devant nous, l’adolescent attrape son planeur au niveau de l’aile, le fait tourner une fois autour de l’axe et le laisse filer dans les airs. Ceux qui assistent à ce spectacle pour la première fois en restent bouche bée: cette appareil filiforme en carbone, qui ne pèse que 250 grammes, peut s’élever de 60-70 mètres en un peu plus d’une seconde! Cederic a maintenant le doigt rivé sur la radiocommande: il effectue des courbes, recherche les courants ascendants et rattrape son planeur avant de le faire à nouveau s’envoler dans les airs.

Cederic est rusé comme un Sioux quand il s’agit de trouver les courants ascendants.

Dans sa catégorie, le but consiste à trouver les courants chauds ascendants et à les quitter dans les temps afin d’attraper l’avion le plus précisément possible au terme du délai imparti. Et comment trouve-t-il les bons courants? La question le fait sourire: «J’observe les oiseaux dans leur environnement et aussi les autres pilotes, en particulier ceux qui sont imprudents.»
Cederic n’a pas seulement hérité de son père la passion pour le pilotage mais aussi celle de la construction et de l’entretien des appareils volants. «Mon père est meilleur bricoleur, je suis meilleur pilote», déclare-t-il, peu modeste. Son père ne peut que confirmer le sourire aux lèvres. l Thomas Compagno

Le sommet n’est plus très loin

Grimper Dès qu’ils voient une roche, ils ne pensent qu’à l’escalader. La famille Cameroni a le «bouldering» dans le sang. Le quoi?

Dreamtime, caillou, prises, degré de difficulté 5, 6, 8, hauteur maximale de 4 mètres, ligne tracée, «artisti tristi» (nom d’un lieu-dit), bloc 23, bloc 18a ou 18b. Du délire? Pas du tout! Ces termes et expressions appartiennent au jargon du bouldering. Ce sport, appelé aussi bloc, consiste à escalader des roches naturelles en extérieur ou des structures artificielles, comme des murs d’escalade, en intérieur. La hauteur à grimper varie entre 2 et 5 mètres, rarement davantage.
Ce genre d’escalade sans corde ni mousquetons ni baudrier ne nécessite qu’un matériel réduit au strict nécessaire. Pour leur sécurité, les grimpeurs disposent un matelas, le crash pad, à la base du bloc de pierre à escalader. La présence d’au moins une deuxième personne est indispensable pour intervenir en cas de chute.
La famille Cameroni, de Montagnola (TI), voue une véritable passion à ce sport. Claudio, 54 ans, et ses fils Giuliano, 18 ans, et Diego, 15 ans, ont le bouldering dans le sang. «Quand Giuliano, notre premier enfant, est né, ma femme et moi avons réalisé qu’il ne pouvait pas nous suivre en cordée. Pour l’inclure dès que possible, nous sommes donc passés au bouldering», raconte Claudio.

Les Cameroni père et fils en plein exercice: le «bouldering» est leur grande passion.

En contact avec la nature

Jusqu’à l’année dernière, Giuliano était une star de l’équipe nationale suisse de bouldering, qu’il a quittée entre-temps. En effet, aux concours en salle sur des blocs en fibre de verre montés et démontés ad hoc, le jeune athlète préfère le contact avec la nature et la vraie roche. «Découvrir un bloc, le comprendre, essayer de l’escalader, tomber, recommencer en suivant une autre trajectoire, chercher un appui avec les mains ou les pieds, adhérer de tout son corps, rester suspendu, tout cela me fascine. À chaque fois, c’est un nouveau défi. Je ne lâche prise que lorsque j’ai atteint le sommet», confie-t-il.
Contrairement à son frère aîné, Diego préfère les structures artificielles: «Pour escalader un bloc en vingt ou trente secondes, il faut beaucoup d’entraînement. Pour ma part, je préfère grimper en salle. J’aime les blocs en plastique, construits sur mesure, parce que je sais à quoi m’attendre.» l Carmela Maccia

L’utilisation des médias par les jeunes

Source Étude James 2014 de la Haute École des sciences appliquées de Zurich avec la collaboration de Swisscom et portant sur 1000 jeunes suisses de 12 à 19 ans.

PDF de l'étude «James»
Skatepark de Bulle

Commentaires (1)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Jean Pinesi

Rédacteur

Photos: Heiner H. Schmitt, Charly Rappo, Peter Mosimann, Sandro Mahler, SP

Texte réalisé avec la collaboration de Thomas Compagno et Carmela Maccia.

Publication:
lundi 01.06.2015, 16:00 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?