Le batteur Julian Sartorius, ici à Paris: «Je suis en permanence en quête de sons différents.»

«Mon premier concert? A 4 ans» 

Ex-batteur de Sophie Hunger, Julian Sartorius est 
en résidence de programmation 
au Centre culturel suisse de 
Paris. Et sa tournée de concerts 
passera par le Montreux Jazz Festival. 

Coopération.  Pendant un an, le Centre culturel suisse de Paris vous donne l’occasion de vous produire souvent, soit seul, soit en accompagnant d’autres artistes – danseurs, plasticiens, etc. Comment est-ce arrivé?
Julian Sartorius.  J’ai joué un solo dans un festival en Suisse. L’un des codirecteurs du Centre culturel suisse, Olivier Kaeser, était là. Il a apprécié mon travail puis m’a invité à accompagner des danseurs à Paris. Ça a bien marché et voilà.

Comment parvient-on à se faire remarquer quand on est batteur?
Cela dépend du son qu’on produit. Moi, je suis en permanence en quête de sons différents, j’essaie de trouver de nouvelles possibilités en utilisant des instruments que je bricole. Autour de ma batterie, il y a tout un arsenal d’objets dont je me sers en fonction de l’univers sonore que j’ai envie de créer. Pour me caractériser, je dirais que je ne tape pas mes cymbales comme une brute! J’aime bien les sonorités feulées. L’autre manière de se distinguer pour un batteur relève évidemment de sa virtuosité rythmique.

Pourquoi choisit-on de devenir batteur?
Je n’ai pas choisi. Cela devait être inscrit dans mes gènes, comme la couleur de mes yeux. A 2 ans, je tapais déjà sur des trucs et m’amusais à faire des rythmes. A 4 ans, j’ai reçu un tambourin et après m’être beaucoup entraîné, je suis allé sonner à la porte de mes voisins pour leur proposer un petit concert! A 5 ans, j’ai enfin pu commencer à prendre des leçons. Plus tard, ma passion pour la musique m’a fait quitter le gymnase, où j’étais bon élève d’ailleurs pour intégrer la Haute Ecole de jazz de Lucerne! Les professeurs m’ont dit: «Vous faites la plus grave erreur de votre vie.»

Vos parents n’ont pas eu peur que vous sortiez ainsi d’une trajectoire rassurante?
Un peu. J’ai d’ailleurs fait un apprentissage de vendeur de disques, pour avoir une sécurité. Cela m’a permis d’acquérir une vaste culture musicale, mais les magasins de disques ayant fermé, cette profession n’existe plus! Heureusement que depuis que je suis sorti de l’école de musique, je gagne de l’argent comme musicien.

Comment avez-vous rencontré Sophie Hunger?
J’adorais sa musique et rêvais de jouer avec elle. J’ai su par un ami qu’elle cherchait un batteur. Elle en a auditionné six et c’est moi qu’elle a choisi. J’ai beaucoup aimé jouer avec elle. Mais vers 29 ans, j’ai eu envie de me rapprocher de mon univers. Plus intimiste. J’aime jouer dans les petites salles pour être proche des gens et sentir le public. Or, Sophie, ayant de plus en plus de succès, joue dans des salles de plus en plus grandes. Prendre la décision de la quitter a été difficile.

Vous ne l’avez pas regretté?
Ça va. Je mène la vie dont je rêvais. Je voyage beaucoup. Hier Barcelone, aujourd’hui Paris, demain Milan. Et dès que je ne tourne plus, je reviens à Berne. Où je m’entraîne le plus possible pour développer ma dextérité. Trouver de nouveaux sons.

Cela veut dire quoi être Suisse, pour vous?
Avoir la chance de vivre dans un beau pays! J’apprécie beaucoup les paysages suisses. J’aime la nature. J’adore me baigner dans l’Aar, même en hiver, quand la rivière fait 4° C. Je suis un grand marcheur en montagne aussi. Cela dit, la scène musicale suisse est riche et très bien connectée avec les scènes étrangères. C’est facile de développer une dimension internationale.

Comment vous y prenez-vous pour progresser?
Je m’impose une discipline de travail. Pendant des heures, derrière ma batterie, j’enchaîne des combinaisons droite-gauche, droite-gauche, pour améliorer ma coordination. J’essaie aussi de mieux dissocier la coordination jambes et mains pour pouvoir mener deux tempos différents. Comme j’aime les sons fins et doux, je m’entraîne à être précis, minutieux dans ma frappe. Je fais du micro-contrôle. Je pense qu’il n’y a pas meilleure carte de visite que la qualité de son travail.

Sinon la musique, qu’est-ce qui vous intéresse?
Je dessine beaucoup. Des choses abstraites en noir et blanc. Quand j’étais petit, si je ne tapais pas sur quelque chose, je dessinais. Je pense que j’aurais pu faire des études de dessin aussi. Récemment, j’ai exposé à Berne une installation vidéo et musique. Ça m’a plu d’allier mes deux fibres artistiques. Car quand je joue des rythmes, je vois des images et quand je fais des dessins, la musique m’influence. Je m’intéresse à l’expression artistique en général: le théâtre, la danse. C’est pourquoi je fais des incursions ailleurs. En accompagnant d’autres artistes que des musiciens. Sinon, je suis un passionné de littérature.

Vous lisez quoi?
De tout! J’ai un gros penchant pour la littérature russe: Gogol, Dostoïevski, Tolstoï. En ce moment, je suis en train de lire le journal de Werner Herzog. J’aime bien Dürrenmatt aussi.

Vous parlez bien le français… pour un Suisse allemand!
Merci! C’est à un terrible prof de français au collège, que je le dois. Il était intransigeant. Mais ça a valu le coup!

Julian Sartorius

Batteur de naissance

1981. Julian Sartorius, de son vrai nom et prénom, est né à Thoune (BE), il y a 33 ans. Sa mère jouait de plusieurs instruments et son père possédait une immense collection de disques.

Le déclic musical. John Coltrane. «L’énergie que j’ai découverte dans sa musique m’a tellement touché que j’ai eu envie de devenir musicien.»

S’il était un disque. Il serait une compilation sur laquelle on trouverait Coltrane, Schubert, Talk Talk… «J’écoute tous les styles: du classique, du contemporain, du hip-hop, du jazz…»

S’il était un livre, il serait: «David Copperfield» de Charles Dickens. «J’adore l’histoire de ce jeune homme qui réussit à trouver son chemin malgré les obstacles et grâce à l’amour.»

Actualités. En résidence au Centre culturel suisse de Paris. Tournée de concerts en Europe, dont les 8 et 11 juillet au Montreux Jazz Festival.

http://juliansartorius.com

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 19.05.2014, 12:00 heure

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