La chanteuse Katie Melua (32 ans), ici en concert en Suisse, à Morat (FR): «Il y a en Suisse une atmosphère étonnamment inspirante.»

La voix Melua

Interview Katie Melua débarque en Suisse pour deux concerts avec un nouvel opus dans ses bagages. Rencontre de la chanteuse aux onze millions d’albums.

Katie Melua, tout d’abord une question tirée de l’une de vos nouvelles chansons: «Si tous vos rêves se consumaient, lequel sauveriez-vous?»
(Rires)… Je devrais pouvoir vous répondre du tac au tac, mais ce n’est pas le cas! (Elle réfléchit un moment). Flûte!

Peut-être le concert dans l’espace dont vous rêviez autrefois?
Oh non, pas tellement (elle secoue la tête). Tout bien considéré, je ne rêve que d’une chose: me développer en tant que compositrice et parolière.

«

Je ne rêve que d’une chose, me développer»

Katie Melua (32 ans)

Quelle a été votre contribution personnelle à ce nouvel album, qui s’appelle «In Winter»?
Les quatre nouvelles compositions sont toutes de mon cru, même si des amis musiciens m’ont parfois épaulée. Les chansons où l’on entend le chœur féminin sont en fait toutes des chants traditionnels d’Europe de l’Est.
On a pu entendre The Little Swallow dans la comédie Maman, j’ai raté l’avion. Quand j’ai appris que l’original était en réalité une chanson ukrainienne, j’ai souhaité à tout prix l’interpréter dans cette langue. Et Les Vêpres de Rachmaninov sont l’une des références de la musique
chorale classique.

L’influence de la musique classique est très présente dans votre nouvel album et vous chantez pour la première fois dans votre langue maternelle. Comment est-ce arrivé?
En allant voir le Gori Women’s Choir en Géorgie, j’ai été comme hypnotisée par leur puissance et leur précision: 24 voix féminines qui résonnent à l’unisson. Mais je ne savais pas comment associer cela à ma musique. Ce n’est qu’une fois de retour en Angleterre, l’hiver approchant, que j’ai réalisé qu’il fallait absolument que je fasse cet album parce que je tenais à entendre le résultat.

L’atmosphère de cet album est assez pesante et sombre. Votre reprise de «River», de Joni Mitchell, est aussi plus mélan­colique et grave que l’original…
Ça correspond à l’identité musicale et artistique géorgienne. Le paysage et les montagnes en imposent, la langue est quant à elle gutturale. C’est aux antipodes du raffinement, de la finesse et de la courtoisie anglaise. Mes précédents albums étaient très marqués par les pensées et les émotions anglaises. Le nouvel album est une sorte de panaché de cultures.

Katie Melua lors de notre interview à Zurich.

C’est ce que vos fans souhaitent entendre?
Je ne me soucie pas de ça. Pour être franche, les attentes des fans peuvent être angoissantes. Seul un robot pourrait y être indifférent. Voilà pourquoi avant un nouvel album, j’essaie toujours de me mettre dans la peau d’un «moi» fictif, qui ne doit se préoccuper ni de sa carrière, ni de l’industrie de la musique. Cette fois, ça m’a plutôt bien réussi.

Et si vous n’aviez pas rencontré le succès dans le monde de la musique?
J’aurais certainement fait quelque chose en rapport avec la musique, comme travailler dans un magasin de disques. Et je serais vraisemblablement membre de la chorale de ma ville. Mais vous savez, on pourrait croire que si enfant, je n’étais pas venue m’installer au Royaume-Uni, je n’aurais probablement pas eu l’opportunité de devenir musicienne.
J’ai toujours cru qu’en Géorgie, mon rôle se serait cantonné à celui d’épouse, de mère et de femme au foyer. Mais le travail sur ce nouvel album a réduit à néant ma vision manichéenne de cette «existence parallèle».
Les Géorgiens appréhendent l’art et la culture de manière complètement différente. Et certains aspects sont aussi plus positifs que ce que j’ai
pu connaître en Occident.

Pouvez-vous nous donner un exemple?
Le rayonnement de la culture et de la musique anglaises est mondial, c’est incontestable. Mais selon mon expérience, quand on est confronté à un problème artistique, on ne fait pas assez preuve de logique et de créativité. On tend à concevoir le talent comme un don tombé du ciel et non quelque chose que l’on fait fructifier à la sueur de son front. En Géorgie, on ne se leurre pas: il n’y a qu’une méthode et elle passe par la discipline. Cette façon de faire cultive l’espoir, permet d’entrevoir la lumière comme je n’en ai jamais vu dans ma propre démarche créative jusqu’à présent.

Votre père a été chirurgien-cardiologue. Votre musique permettrait peut-être de guérir les cœurs brisés. Avez-vous déjà songé à ce parallèle?
C’est une très belle métaphore. Mais je dois vous avouer qu’à 13 ans, mon père m’a emmenée au travail dans le cadre d’une journée père-fille à l’hôpital de Belfast, où j’ai pu assister à une opération de pontage à cœur ouvert. Ce n’était pas beau à voir; et je peux vous dire que c’est tout sauf romantique.

«

La musique permet de revisiter son enfance en trois minutes et demie »

Katie Melua (32 ans)

Laissons la musique de côté un instant. Vous aimez goûter les spécialités locales. Quel plat suisse a ravi vos papilles?
Ce serait formidable si les essais étaient tous concluants. Mais ce qui me plaît particulièrement en Suisse, c’est cette atmosphère étonnamment inspirante. Je ne l’ai compris qu’en lisant des biographies de Rachmaninov. Il est né dans une famille russe aisée. Lorsque la révolution a éclaté en 1917, sa famille a fui l’Empire russe, traversant la Scandinavie en traîneau, pour arriver en Amérique. Mais Rachmaninov y devint dépressif et souffrit du syndrome de la page blanche. Ce n’est qu’en arrivant en Suisse que l’inspiration lui revint. Le poète Rainer Maria Rilke a aussi écrit quelques-unes de ses plus belles œuvres en Suisse. Mais revenons à nos moutons; quelles spécialités me conseillez-vous?

Vous êtes une amatrice de fromage, alors la Suisse devrait vous combler…
Oh oui, du fromaaaage! J’en raffole.

Enfant, votre idole était l’actrice Sigourney Weaver, grâce à son rôle dans la saga de science-fiction «Alien». Saviez-vous que nous devons le design de la créature du film à l’artiste suisse Hans Ruedi Giger, décédé en 2014?
C’est vrai? Eh bien je l’ignorais. Ce qui me fascinait dans ce film, c’était le rôle de Sigourney Weaver. Elle joue une féministe incroyablement forte, qui tue la mère alien et toute sa progéniture. C’est un symbole fort pour la révolution féminine du XXe siècle.

Si vous rencontriez une créature extraterrestre – plus accommodante que celle du film! – comment lui décririez-vous votre musique?
J’aurais déjà beaucoup de peine à décrire la musique en général. Je trouve qu’elle appartient aux choses qui permettent de revisiter son enfance en trois minutes et demie. La musique opère au niveau de l’imagination. Il s’agit d’une interaction entre soi-même et la chanson que l’on écoute. Ce faisant, l’imagination ne connaît aucune limite. C’est en tout cas ce à quoi j’aspire avec ma musique.

Pratiquez-vous encore des sports extrêmes comme le parachutisme et le saut à l’élastique?
Non, c’est du passé. Quand j’avais la vingtaine, je ne m’en lassais pas. Mais j’ai maintenant 32 ans…

… et vous n’êtes plus accro à l’adrénaline?
Je reste suffisamment accro aux sensations fortes pour continuer à monter sur scène (rires).

La musique avant tout

Katie Melua a déjà vendu quelque onze millions d’albums et plus d’un million de billets de concerts.
La chanteuse anglaise arrive en Suisse pour deux concerts. Elle se produira au Musical Theater de Bâle le 19 novembre et enflammera ensuite le Kongresshaus de Zurich le 20 novembre. Dans ses valises, son septième album intitulé «In Winter», où elle emprunte de nouvelles voies musicales et renoue avec ses origines géorgiennes.

katiemelua.com

Commentaires (1)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Patrick Moser
Photo:
Christoph Kaminski, Keystone
Publication:
lundi 17.10.2016, 14:20 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?