«Cette montagne a une âme»

Cervin Rencontre de Kurt Lauber, l’alpiniste de Zermatt, devant «sa» cabane du Hörnli, à 3260 mètres d’altitude, où il passe son vingt-troisième été.

Vingt-trois ans que vous êtes au pied du Cervin dans cette cabane du Hörnli. Vous ne vous en lassez pas?
(Rires) Non, je crois que ce n’est pas possible de s’en lasser! Le panorama est incroyable et c’est un endroit vraiment intéressant qui nous amène des gens du monde entier. En tant que guide de montagne, j’ai beaucoup voyagé, de l’Himalaya à l’Alaska en passant par le Groenland et j’ai remarqué que certains lieux dégagent une énergie particulière. C’est clairement le cas, ici, à la cabane du Hörnli. Et au final, je ne suis là que trois mois par an. Le reste du temps, je travaille comme guide et ce changement me fait du bien.

Vous avez gravi le Cervin plus de 400 fois. C’est votre terrain de jeu!
Presque toutes ces ascensions ont été faites avec des clients. Je l’ai beaucoup parcouru avant de prendre la cabane et c’était mon gagne-pain. Il m’arrivait de le faire cinq à six fois par semaine. C’était assez stressant car il y avait toujours beaucoup de monde et tous les alpinistes veulent atteindre le sommet, qu’ils en aient la capacité ou non… Maintenant, j’y vais moins souvent et de façon plus détendue. Je peux attendre les bonnes conditions.

En tant que Zermattois, devenir guide de montagne était une évidence?
Non, pas vraiment. Mon grand-père était guide et ma maman m’a souvent dit que ce n’était pas un métier sûr, financièrement et physiquement. Même à Zermatt, ce métier n’a pas une bonne réputation. Les gens le respectent, mais ce n’est pas perçu comme un travail stable. J’ai eu une révélation tard, à 18 ans, lorsqu’un ami canadien m’a emmené au Mont-Rose. Une fois fini mon apprentissage de mécanicien, j’ai entrepris la formation de guide.

À 32 ans, qu’est-ce qui vous a poussé à gardienner un refuge plutôt que de guider durant vos étés?
Il y a 25 ans, mon ex-femme a travaillé un été à la cabane Hörnli. C’était son rêve de garder un tel endroit. Plus tard, cette cabane s’est libérée et ça m’a fait réfléchir à l’orientation de ma carrière. Travailler toute l’année en tant que guide est génial quand on est jeune. Avec l’âge, ça devient plus compliqué et le gardiennage s’est imposé comme une alternative idéale pour l’été.

Le livre où il raconte (en allemand) sa vie au pied du Cervin.

Le Cervin est gravi quelque 3000 fois par été. En 23 ans, quelles sont les évolutions dans le monde de l’alpinisme?
Aujourd’hui, 80% des ascensions se font avec des guides de montagne. Dans le passé, ce n’était pas le cas. Il y avait beaucoup de camping sauvage autour du refuge et sur l’arête. Tout cela causait beaucoup de problèmes. Il y a vingt ans, on comptait environ quinze morts par été sur le Cervin, parce que les gens n’étaient pas préparés. Aujourd’hui, avec la nouvelle cabane, nous avons réduit la quantité de lits et interdit le camping pour limiter le nombre d’alpinistes par jour. Un grand travail de sensibilisation a aussi été fait pour rappeler que le Cervin est l’une des montagnes les plus difficiles des Alpes. Le nombre d’accidents a ainsi diminué drastiquement.

Vous avez également œuvré en tant que sauveteur. Personnellement, comment gérez-vous les accidents et le rapport à la mort en montagne?
J’ai dû apprendre à séparer mes activités de sauveteur du reste de ma vie. C’est difficile et certains collègues n’y arrivent pas. Beaucoup de sauvetages ont une fin heureuse mais on est souvent confronté à la mort. Et si on se laisse envahir par ces images, il devient très difficile de travailler en tant que guide. Au fil des ans, j’ai développé un autre rapport avec la mort. J’ai perdu des proches, dont mon meilleur ami cet été, et je pense que tout est écrit d’avance. Chacun a son heure.

Un dzi tibétain qu’il a depuis 28 ans.

Vous avez écrit le livre «Der Wächter des Matterhorns» («Le Veilleur du Cervin»). La montagne a besoin d’être gardée?
(Rires) Je n’ai pas choisi le titre, je l’avoue! Je ne sais pas qui veille sur qui, c’est vrai. Ce qui est certain, c’est que le Cervin m’a préservé durant ces 400 ascensions. Ça peut paraître bizarre, mais je sens que cette montagne a des sentiments humains, comme une âme.

Avant un sommet, votre plat préféré?
Lorsque je suis en expédition à l’étranger, à dormir sous tente, en Alaska ou en Himalaya, j’emmène de la fondue. C’est chaud, consistant et ça me nourrit bien avant une grande expédition. À la maison, je privilégie les pâtes. Je mange et m’hydrate beaucoup pour tenir ensuite un ou deux jours avec peu de nourriture.

Jusqu’à quand allez-vous veiller ici?
Je ne fais jamais de plans sur le long terme. Je vis une saison après l’autre.Maintenant, nous avons une super équipe à la cabane et l’important, c’est de conserver cette bonne atmosphère.

4 dates dans la vie du guide et gardien

1961 Naissance le 29 avril, à Zermatt, où il deviendra mécanicien, guide, spécialiste en sauvetage.

1991 Son fils Kewin naît à Los Angeles, où Kurt se forme comme pilote d’hélicoptère.

2015 Il publie son deuxième livre «Le Veilleur du Cervin» (40 000 exemplaires vendus en quelques mois).

2016 L’alpiniste passe son 23e été comme gardien de la cabane du Hörnli, rénovée entièrement l’an dernier.

La cabane du Hörnli

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Thomas Andenmatten
Publication:
lundi 08.08.2016, 14:20 heure



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