Le train sur un pont à Marradi (province de Florence).

L’Italie en train: fantastique voie ferrée

Patrimoine Loin des grands centres, la ligne «Faentina» serpente entre Florence, en Toscane, et Faenza, en Émilie-Romagne. Un voyage enchanteur à travers une région pleine de charme.

Gare centrale de Milan. Ses magasins patinés et les gates (sorties) lui donnent des allures d’aéroport. Pour consulter les horaires, il faut chercher les petits groupes amassés devant des écrans minuscules dans l’attente d’informations. Les panneaux géants, eux, sont consacrés à la publicité qui s’insinue aussi dans le cerveau des voyageurs à l’aide de jingles répétés à un rythme soutenu. Nous prenons le Frecciarossa et rejoignons Florence, échappant alors au tourbillon de la grande vitesse qui parcourt l’Italie du nord au sud.

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À la découverte d’une ligne ferroviaire qui risqua – comme tant d’autres – de se transformer en «bras mort». Le train parcourt en deux heures les 101 km entre le chef-lieu toscan et Faenza, en Émilie-Romagne.

«La Faentina est l’histoire d’une rédemption: elle n’a été remise en service que dans les années 1990 (ndlr: la ligne a été interrompue une cinquantaine d’années). Conçue à la fin du XIXe siècle pour traverser les Apennins, cette ligne ferroviaire a été une entreprise courageuse. Penser à ces œuvres réalisées en quelques années, imaginées par un visionnaire, est une démarche importante, d’autant plus aujourd’hui où le futur fait peur», indique Massimo Bottini, président de Confederazione per la Mobilità Dolce (Co.Mo.Do). Ce groupement défend la revalorisation des lignes moins importantes ou abandonnées.

Le chef de train Marco Maretti à la gare de Marradi.

Des oliviers aux châtaigniers

Notre train Minuetto part du quai 17, au fond de la Stazione di Santa Maria Novella. Il est presque plein: des couples rentrent chez eux après les emplettes du samedi à Florence; des personnes partent rejoindre leur famille à la campagne, d’autres passagers voyagent seuls, l’œil rivé sur leur smartphone.

Des vues idylliques de Toscane, dignes d’une carte postale, avec leurs oliviers et leurs cyprès cèdent lentement la place à des forêts de châtaigniers, les tunnels se multiplient. Le train se remplit, il n’y a pas assez de places assises, il règne une atmosphère de vacances. «C’est un beau chemin de fer touristique. On y rencontre beaucoup de braves gens qui vous adressent un sourire. Je ne changerais de métier pour rien au monde», raconte le chef de train, Marco Maretti.

Massimo Bottini, président de Co.Mo.Do, à la gare de Faenza.

«Le chemin de fer est une passion», confie, ému, Sergio Triberti, chef de gare à la retraite. Il ne perd jamais une occasion d’organiser des voyages touristiques avec des trains à vapeur. Mais cette ligne ferroviaire n’est pas utilisée qu’à des fins touristiques; elle est aussi indispensable aux nombreux pendulaires de la région. «Les gens sont habitués à faire la navette, c’est quelque chose qu’ils ont dans le sang», explique Tommaso Triberti,  maire de Marradi et fils de Sergio. Il a passé des heures à bord de ce train quand il était étudiant. Cette ville élégante aux immeubles somptueux, berceau du poète Dino Campana, possède d’autres singularités. Marradi fait partie de la province de Florence, mais se trouve déjà sur le versant romagnol des Apennins, ce qu’on devine à la manière de parler et de cuisiner.

La magnifique cathédrale, au cœur de Faenza (province de Ravenne).

Le lendemain, nous poursuivons vers l’Émilie-Romagne. Le paysage devient plat, piqueté de vergers jusqu’à la ville de Faenza, où l’on respire déjà l’air marin. Au centre, à l’ombre de trésors architecturaux de la Renaissance, jeunes et vieux sont tous à vélo. Comme nés le guidon à la main, ils pédalent avec nonchalance. D’ailleurs, personne n’est pressé en ce dimanche soir.

Tour de l’horloge à Borgo San Lorenzo.

sens inverse, vers Florence. Nous nous arrêtons dans un joli village, Brisighella. Le temps de dîner et de nous dégourdir les jambes jusqu’à la Rocca. Nous profitons du paysage avant de reprendre le train direction Borgo San Lorenzo.

La région est très appréciée des cyclistes, mais les plaisirs de la table sont aussi un argument de poids. Certaines familles font jusqu’à 100 km pour dîner dans leur restaurant préféré (voir bonnes adresse en bas de page).

Vue de Brisighella.

Paysages enchanteurs

À Borgo San Lorenzo, le marché du mardi matin est un moment de convivialité où l’on voit les gens discuter, comme ces grands-parents qui poussent fièrement des landaus, en achetant des produits locaux tout en discutant avec les vendeurs. Une atmosphère familiale qui représente très bien l’italianité: l’envie de partager un bon repas, en prenant son temps.

Dans le sens des aiguilles de la montre: Marco Maretti avec le chef de gare Sergio Triberti en uniforme historique (à dr.).

Ce sont peut-être justement les plaisirs que nous redécouvrons dans ce village à l’enseigne de la mobilité douce. «À bord du train, on peut observer, nouer des contacts. En famille, c’est la meilleure façon de partager le voyage», observe Massimo Bottini. Même si tout le monde semble concentré sur son portable, il est encore possible d’échanger quelques mots avec les passagers. Comme Elisabetta Boni, rencontrée peu avant Florence: «Grâce au train, on évite les embouteillages. C’est une ligne magnifique bordée de paysages enchanteurs. Il y a bien sûr quelques problèmes et des retards, ce dont se plaint l’association des pendulaires…» Nous lui faisons remarquer que nous n’avons subi aucun retard. «Vous savez, nous sommes Florentins, se plaindre est un peu notre marque de fabrique!» ironise Elisabetta avant de prendre congé.

Pour nous aussi, le moment de rentrer est venu. Nous sommes partis quatre jours, mais avons l’impression que notre périple a duré bien plus longtemps. Bref, un voyage réussi!

La gare de Borgo San Lorenzo.

Bonnes adresses

Marradi
Où dormir: Palazzo Torriani. Élégance et accueil d’un autre âge, garantis par la gentillesse de Mme Anna Maria. www.palazzotorriani.it
Où manger:
Il Camino. Excellente trattoria dans un décor campagnard. www.ristoranteilcamino.net

Faenza
Où manger:
Marianaza. Spécialité: viande au gril. www.marianaza.it

Raffaela Brignoni

Rédactrice

Photo:
Keystone, Mélanie Haab, Alamy, Carte: Rich Weber
Publication:
lundi 09.05.2016, 14:00 heure