L’or du Maroc

Noble Ce n’est pas tous les jours qu’un publicitaire suisse craque pour une huile et part s’installer au Maroc. Ses produits à base du fruit de l’arganier n’ont rien de banal non plus.

Parfois, un tout petit instant peut changer le cours d’une vie. C’est ainsi qu’une rencontre inattendue a bouleversé l’existence d’Ulysses Müller (52 ans). «Un jour de 2003, j’ai aperçu un Japonais, dans un champ au bord de la route, au Maroc, qui regardait des arganiers, en trépignant d’enthousiasme, se rappelle-t-il. J’ai arrêté ma voiture et lui ai demandé ce qu’il trouvait de si génial à ces arbres. Je n’avais aucune idée de ce qu’était l’huile d’argan.»

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Le fruit de l’arganier ressemble au premier coup d’œil à l’olive. Le producteur suisse Ulysses Müller en vérifie la qualité.

Le fruit de l’arganier ressemble au premier coup d’œil à l’olive. Le producteur suisse Ulysses Müller en vérifie la qualité.
Le fruit de l’arganier ressemble au premier coup d’œil à l’olive. Le producteur suisse Ulysses Müller en vérifie la qualité.

Une ignorance pardonnable, puisque l’arganier pousse au Maroc et que l’ancien directeur créatif dans la publicité en Suisse, avait à cette époque autre chose en tête. En effet, l’homme, qui avait quitté la Suisse un an plus tôt pour venir s’installer au Maroc, le pays d’origine de son épouse, y cultivait depuis des olives et des bananes. «J’aimais beaucoup ma Porsche et les soirées glamours, mais il y a d’autres choses dans la vie à même de vous enthousiasmer.» Oui, mais voilà: cultiver oliviers et bananiers au Maroc n’a rien de bien sexy.
Ce Japonais rencontré tombe à point nommé. Il s’est avéré être un professeur en dermatologie en voyage d’étude sur la noix d’argan du Maroc. «Il m’a parlé de ce fruit et de ses vertus anti-âge à l’efficacité prouvée», explique Ulysses Müller. Le professeur japonais n’a pas eu besoin d’en dire beaucoup plus pour éveiller la curiosité de l’ancien publicitaire. «J’ai rapidement compris que si ce produit était aussi unique et efficace qu’il le prétendait, il me fallait en produire et le diffuser dans le monde. Ma femme étant Berbère, elle connaît très bien la noix d’argan et ceux qui la récoltent et l’utilisent.»

«

Je ne me vois pas comme un bienfaiteur, mais on peut toujours aider les autres»

Ulysses Müller, producteur d’huile d’argan

Une réserve naturelle de biosphère

Il y a douze ans, Ulysses Müller fonde son entreprise «Zit Sidi Yassine». Il produit depuis cette date de l’huile d’argan de grande qualité qu’il vend dans le monde entier à de célèbres fabricants de cosmétiques mais également aux gourmets des hautes sphères. Une grande partie de la production est commercialisée en France mais aussi sur le territoire helvétique: «En Suisse, nous travaillons en étroite collaboration avec Weleda.» Mais il ne suffit pas de planter une arganeraie, d’en récolter les fruits et de fabriquer l’huile. Car l’arganier ne se cultive pas. En fait, les arbres poussent sur une zone de près de 830 000 hectares, sur une bande de terrain de près de 200 km de long et 50 km de large dans la région d’Essaouira, qui a été classée réserve naturelle de biosphère par l’Unesco. Du fait d’un microclimat qui leur est favorable, les arbres poussent exclusivement dans cette région. Et ce, depuis plus de 30 millions d’années.
En fonction des conditions d’humidité, les arganiers peuvent porter des fruits jusqu’à deux fois dans l’année ou pas du tout. Ceux-ci sont ensuite récoltés et séchés au soleil avant d’être épluchés pour en extraire la noix d’argan à proprement parler. «Il arrive aussi que les fruits soient mangés par les chèvres et restitués dans leurs excréments tout épluchés, explique Ulysses Müller. Ces noix ne satisfont toutefois pas à nos critères de qualité.»

La noix d’argan contient un à trois amandons, qui ne peuvent être consommés car ils sont très amers, mais peuvent en revanche être pressés à froid afin d’en extraire de l’huile. Tout cela semble de prime abord parfaitement simple mais ne l’est pas en réalité.
Notre spécialiste en a fait l’expérience par lui-même: «Casser les noix d’argan, au Maroc, est traditionnellement une tâche effectuée par les femmes de la campagne. Celles-ci cassent les coques avec une pierre. Lorsque nous avons démarré la production, j’avais mis à disposition de chaque femme un marteau. Je pensais bien faire, mais cela a surtout servi à prouver à tous que je n’y connaissais rien. Car aucune des femmes n’a jamais utilisé mes marteaux.»
Aujourd’hui, l’entreprise Zit Sidi Yassine fournit un revenu à plus de 500 Marocains, en majorité des femmes. La production est certifiée biologique et équitable. Cela signifie que l’entreprise offre aux femmes un salaire équitable. Ainsi, comme l’indique Ulysses Müller: «Une collaboratrice adroite pourra gagner autant qu’une employée de supermarché en Suisse.»

La fabrication d’huile d’argan se fait principalement à la main. Comme depuis
des millénaires, les femmes cassent les noix d’argan avec un caillou.

Intégrer le travail dans le quotidien

Pour attirer les femmes de la région au travail, le nouveau spécialiste a su créer un contexte attrayant. Les femmes doivent aussi s’occuper de leur foyer et, lorsqu’elles travaillent, se pose la question de la garde des enfants. Ulysses Müller a donc veillé à doter sans plus attendre ses sites de production d’une crèche. «Ainsi, les femmes peuvent venir à tout moment, leurs enfants sont pris en charge par une employée à l’étage supérieur, qui leur donne à manger, et apprend aux plus grands à lire et à écrire, ce qui n’est pas forcément encore entré dans les mœurs ici.»
Il a très vite constaté qu’il ne pourrait pas embaucher les femmes avec un contrat fixe: «Il faut intégrer le travail dans la vie de ces femmes et non l’inverse. On doit aussi être en mesure de leur prouver qu’elles peuvent améliorer leur vie.» Et pour les aider, l’ex-publicitaire a plus d’une idée en tête.
Avec les subventions allouées dans le cadre de projets équitables, il prévoit de mettre en place un service de navette pour assurer un moyen de transport entre leur domicile et leur travail. Les transports publics dans cette région n’existent pas. «Je ne me vois pas comme un bienfaiteur mais je pense que l’on peut toujours aider les autres», assure le producteur d’huile d’argan.
Quoi qu’il en soit, avec beaucoup de persévérance – et bien sûr avec le soutien de sa femme Meriyem – le Suisse a réussi à fabriquer une huile d’argan qui non seulement offre à de nombreuses familles de belles perspectives d’avenir mais qui compte aussi parmi les meilleures et les plus raffinées des huiles actuellement proposées sur le marché.
Les trois quarts de sa production annuelle, qui s’élève à 50 000 litres, sont utilisés dans le domaine de la cosmétique. L’entreprise Weleda par exemple emploie la précieuse huile dans plusieurs de ses produits cosmétiques naturels. Le dernier quart de la production part dans le secteur de l’alimentation fine. Dans cette utilisation, les amandons sont légèrement torréfiés, ce qui confère à l’huile son goût de noisette si caractéristique.
Ulysses Müller est très fier de l’huile qu’il produit. «Même si je travaille davantage ici, je ne peux guère m’imaginer retourner dans le train-train de mon ancien job en Suisse.»

Pleine de vertus

L’huile d’argan est essentiellement utilisée par les Berbères. On attribue à cette huile de nombreuses propriétés: antioxydante, antifongique, antibactérienne, stimulante pour la circulation sanguine et les défenses immunitaires et régénératrice des cellules. L’argan est utilisé pour la fabrication de cosmétiques et dans la gastronomie.

Soins du visage par Weleda

Coop propose de l’huile d’argan dans son assortiment. Ainsi, dans la ligne de soins pour le visage à la grenade de Weleda, on retrouve l’huile d’argan de l’entreprise Sidi Yassine. Celle-ci entre dans la composition de crèmes de nuit ou de jour ou encore du baume contour des yeux raffermissant pour les femmes dès 40 ans. Les peaux matures sont particulièrement bichonnées par les acides gras mono et polyinsaturés contenus dans l’huile d’argan, qui contient aussi beaucoup de vitamine E, un puissant antioxydant.

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Stefan Fehlmann

Rédacteur

Photo:
Anja Kerth
Publication:
lundi 07.12.2015, 14:50 heure



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