Daniel Favre explique à Loïc (à dr.) qu’à force de tirer sur l’élastique, il finit par céder… Métaphore des limites à ne pas dépasser sur Internet.

La Toile et ses dangers

Prévention Cyberharcèlement, pornographie, arnaques, sexting... Le policier Daniel Favre sensibilise les jeunes aux risques d’Internet. Reportage lors d’une intervention au collège des Cerisiers, à Gorgier (NE).

Qui a vu la vidéo de l’été?», demande le policier Daniel Favre, en uniforme dans la salle polyvalente. Trois quarts des élèves des classes 10MO1 et 10MO3 lèvent la main. Le sujet de la vidéo? Les ébats filmés par deux écoliers de 14 ans d’une autre école du Littoral neuchâtelois. Ces images pornographiques se sont diffusées comme une traînée de poudre dans les écoles du canton. «Si vous avez cette vidéo dans votre smartphone, effacez-la, car vous aussi pourriez avoir des problèmes.»

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C’est notamment pour prévenir ce genre de situation que le responsable de la prévention de la police neuchâteloise intervient dans les classes. Ce matin-là, il rend visite à des élèves de 13 ans du collège des Cerisiers, à Gorgier. «Quand vous envoyez une photo ou une vidéo, elle appartient au monde entier», rappelle le policier. «Est-ce que vous baissez votre pantalon au centre-ville? Ne le faites pas devant votre webcam! Ce n’est pas la justice qui punit le plus, c’est la société!»

Jeune victime de sextorsion

Daniel Favre recommande aux élèves d’utiliser un pseudonyme, de ne pas donner leur adresse ou leur numéro de téléphone et de ne jamais répondre aux questions indiscrètes sur la Toile. Il donne un cas réel de sextorsion en exemple. Un garçon piégé par un inconnu: celui-ci lui propose d’installer une extension pour un jeu vidéo puis le fait chanter en assurant qu’il a en réalité téléchargé des images illégales. L’enfant cède sous la pression et envoie des photos de lui nu. Le maître chanteur exige alors 5000 fr. et menace de montrer les images à sa famille et à ses amis. Un engrenage infernal... «Attention, Internet n’est pas un jeu!»
«Je ne pensais pas que ça pouvait avoir autant de conséquences sur Internet», réagit Loïc (13 ans). «Ici, vous avez de la retenue, ayez aussi de la retenue sur les réseaux sociaux», conseille le policier.
Il aborde ensuite l’épineuse question du cyberharcèlement qui fait d’énormes dégâts, un enfant sur dix en serait victime. «On cible les plus fragiles, souvent à plusieurs, c’est lâche! Ne transmettez pas la photo humiliante, effacez-la! Ne soyez pas des complices muets. Si l’enfant se sent menacé par un groupe, soit il ne vient pas à l’école, soit il vient avec un couteau et ça peut dégénérer.» «À quel jeu vidéo joues-tu?» questionne Daniel Favre. «GTA5», répond l’élève au premier rang. «Tu sais que ce jeu est déconseillé aux moins de 18 ans car très violent? C’est déjà combien d’étoiles lorsque tu tues un policier dans le jeu?» «Trois étoiles», répond l’écolier sans broncher.
Droit d’auteur, vérification des informations, pornographie sont quelques-uns des autres thèmes abordés pendant les deux périodes de 45 minutes.
Plusieurs vidéos – racket, cybermobbing, sexting – viennent illustrer les propos. Les paroles d’un clip préventif avec Patrick Bruel interpellent: «Les ordis sont des armes.»

Amélie, 13 ans, Gorgier

Amélie, 13 ans, Gorgier
Amélie, 13 ans, Gorgier

«Je trouve ça intéressant. Je connaissais déjà bien. Il faut se méfier avec qui on parle sur Skype. Je suis peu sur Internet. Je joue à des jeux multijoueurs. Des vidéos circulent sur le groupe Whatsapp de ma classe, c’est parfois choquant. Si c’est du sexe, je les efface.»

Max, 13 ans, Sauges

Max, 13 ans, Sauges
Max, 13 ans, Sauges

«À l’école, j’ai déjà reçu beaucoup d’informations sur les dangers d’Internet. Je regarde surtout des vidéos sur Youtube, de l’humour ou des tutos (ndlr: tutoriel, guide d’apprentissage). Je trouve des informations pour les devoirs ou les exposés sur Internet.»

Message répété chaque année

Images qui circulent, insultes sur les réseaux sociaux, bastons... Selon l’enseignante Dominique Jeannot, responsable du groupe santé du collège des Cerisiers: «L’école est régulièrement confrontée à des problèmes liés à l’usage d’Internet par les élèves. C’est le rôle de l’école de faire de la prévention. Nous menons une réflexion globale. Il est difficile de sensibiliser les parents à cette problématique. C’est positif de répéter le message chaque année avec une forme et un intervenant différent selon le degré (lire l’encadré sur Action Innocence). Il y a aussi les interventions ponctuelles des enseignants. Il faut que les élèves sachent qu’il peuvent en parler avec un adulte: infirmières scolaires, conseiller socio-éducatif, profs, parents...»
«Nous développons des séquences didactiques pour les enseignants en collaboration avec Action Innocence, Daniel Favre et une psychologue», ajoute Eva Piscitelli, chargée de mission à l’Office de l’informatique scolaire et de l’organisation du canton. Ces outils traitent du droit à l’image, du harcèlement et des réseaux sociaux (7e, 8e et 9e Harmos). Pour les 5e et 6e, du matériel sur l’identification des émotions a été créé. «Il y a par exemple un questionnaire très complet pour les élèves afin qu’ils apprennent ce qu’est la protection des données», détaille l’enseignante. «Nous travaillons avec deux interviews Juniors de Coopération et expliquons quelles informations peuvent être divulguées ou non, et pourquoi.
Les enfants peuvent tester un jeu pour ne pas se faire piéger sur Internet.»

Milliers d’écoliers sensibilisés

Action Innocence L’ONG genevoise, qui a fêté ses 15 ans, est très active dans la prévention contre les dangers d’Internet: pédophilie, cybermobbing.

Outre ses campagnes d’affichage, Action Innocence met sur pied des actions de prévention gratuites auprès des écoliers romands, en particulier à Genève et à Neuchâtel.
«Nous avons signé des conventions avec ces deux cantons pour intervenir dans les écoles. Nous voulons sensibiliser un maximum d’enfants», explique sa directrice Tiziana Bellucci. «Dans le Jura bernois, nous intervenons en classe avec la police. Dans les autres cantons, nous intervenons ponctuellement à la demande des directions d’école. À fin 2015, nous aurons rencontré plus de 35 000 enfants.»
Huit professionnels rendent visite aux élèves entre la 5e et la 11e année Harmos. Un atelier de théâtre est proposé aux 9e année. «Nous proposons quatre modules avec du matériel adapté à l’âge des élèves.»
La directrice constate que les enfants «sont connectés et équipés de plus en plus jeunes. À 8 ans, ils adorent regarder des vidéos sur Youtube. On peut tchatter sur Internet avec un inconnu via une console de jeux. Les parents ne sont pas forcément conscients des risques et ne savent pas ce qui se passe donc ils ne peuvent pas prévenir leur enfant. Il y a une prise de conscience mais pas assez d’accompagnement. L’enfant découvre souvent seul ou avec ses copains.»
Action Innocence propose également des formations payantes pour les adultes.

www.actioninnocence.org

  • Cyberharcèlement ou cybermobbing Harcèlement sur Internet avec insultes gratuites, diffusion de photos humiliantes ou même agression physique filmée.
  • Fake Faux profil utilisateur.
  • Génération screenager de «screen» (écran) et «teenager» (adolescent).
  • Grooming Utilisation d’un faux profil par un pédophile pour entrer en contact avec un enfant sur un tchat ou un réseau social.
  • Hoax Fausse information qui circule sur Internet.
  • Sexting Transmission de photos sexuellement explicites. Elles risquent d’être ensuite diffusées sans aucun contrôle sur Internet.
  • Sextorsion Chantage avec menace de diffusion d’images compromettantes à la famille et aux amis.
Conseils en ligne pour les ados
Ligne d’aide pour les jeunes de Pro Juventute
Campagne de sensibilisation aux risques sur Internet (police fribourgeoise)
Infos et conseils
Infos et conseils
Informations sur les communautés du Web
Prévention suisse de la criminalité
Scoci, Service national de coordination de la lutte contre la criminalité sur internet

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow, SP
Publication:
lundi 23.11.2015, 15:50 heure



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