Les fleurs naissent dans les racines et migrent vers le sommet de la plante.

La banane dévoile ses secrets

Biologie Le fruit jaune parcourt un long chemin depuis les racines de son herbe mère jusqu’à nos assiettes. Découvrez son histoire hors du commun et son avenir incertain.

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Le bananier a préféré une vie courte mais intense »

André Lassoudière, ingénieur agronome

Pas de tronc et pas de graine. Et pourtant, le bananier peut atteindre 15 mètres de hauteur. Et ce fait n’est de loin pas le plus étonnant. Cette herbe a, en effet, un destin tout à fait hors du commun. Commençons par un petit cours de biologie, avec André Lassoudière (72 ans), ingénieur agronome français qui a consacré sa vie à la plus grande herbe au monde. Le tronc n’en est donc pas un. «Il est formé de l’imbrication des feuilles les unes dans les autres. Au fur et à mesure, les nouvelles feuilles produites dans la souche montent à l’intérieur du faux tronc (formé par les anciennes) avant d’apparaître au sommet sous forme d’un cigare qui se déploie comme un parapluie.» Ce long tunnel vertical a une fonction bien particulière: «La floraison prend naissance dans la souche, comme un iris, puis progresse au centre de ce faux tronc», explique le scientifique. À l’air libre, ces fleurs se courbent vers le sol comme une main. Les premières – les femelles – donneront les fruits, neuf à douze mois après la plantation. «Mais pour la majorité des variétés cultivées, les ovaires se développent sans nécessité de fécondation et produisent des fruits aspermes (sans graine).»

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Similitudes avec l’Homme

Ainsi, le bananier est stérile. Pas de panique, il possède un «truc» pour assurer sa pérennité: les rejets prennent la place de la plante mère via les racines et produisent à leur tour des fruits. La plante serait-elle alors éternelle? Pas vraiment, puisque la qualité des fruits diminue au fur et à mesure, comme s’il s’agissait de la photocopie d’une photocopie. L’herbe finit par crevoter au bout de vingt ans. «Le sage bananier a préféré une vie courte mais intense, à une longue vie monotone, et somme toute assez ennuyeuse. En général, pour des raisons pratiques de récolte et de rendement, on replante une parcelle tous les cinq à dix ans.»

Les bananes se courbent pour grappiller un maximum de soleil.

Chaque nouvelle plantation débute en laboratoire, le bananier naissant in vitro: «On les sélectionne après avoir effectué tous les tests phytosanitaires possibles. Cette technique lourde permet de se prémunir contre tout agent parasitaire vivant dans la plante – virus, bactérie, et même charançon», souligne André Lassoudière. Grâce à elle, l’utilisation de pesticides est considérablement réduite. Les bananiers d’une même plantation ont donc rigoureusement le même ADN et devraient résister aux maladies qui font rage dans leur région.

L’Équateur est l’un des grands producteurs de bananes.

Un peu d’histoire

Les bananiers n’ont pas toujours vu le jour au bout d’une pipette. «La domestication a eu lieu en Papouasie-Nouvelle-Guinée, vers 7000 av. J.-C. Il s’agissait de bananiers à graines dont on consommait probablement la souche, les racines, les fleurs et les jeunes pousses.» La disparition des graines s’est faite progressivement. «On suppose que les plants dont le fruit avait plus de pulpe étaient sélectionnés et replantés au détriment de ceux qui n’avaient que des graines.» Le fruit recourbé pousse en milieu chaud et humide.

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Il existe plus de mille variétés de bananes à travers le monde »

Il arrive pour la première fois aux États-Unis entre 1800 et 1840. L’Europe ne parvient pas à résoudre le casse-tête du transport, trop long pour un fruit qui mûrit en deux semaines. Il faut attendre l’invention des bateaux réfrigérés au tournant du XXe siècle pour les déguster.

Une variété en péril

Les exportations mondiales se caractérisent ensuite par une progression exponentielle: 200 000 tonnes en 1900, 3 millions en 1956, 16 millions en 2006, selon les chiffres de l’expert, auteur de quatre livres sur le miracle jaune (Éditions Quae). Au début, deux variétés de bananes séduisent l’Europe: la Gros Michel et la Grande Naine. La maladie de Panama (transmise par un champignon du sol, la fusariose,) ravage la première dans les années 1950.

La quasi totalité des bananes vendues chez Coop sont issues du commerce équitable.

Curieusement, l’Europe se contente, depuis lors, de la Grande Naine, souvent nommée comme son espèce Cavendish, réduisant son goût à une seule variété, alors qu’il en existe plus de mille à travers le monde. Cette variété est aujourd’hui menacée par une nouvelle maladie issue de la fusariose. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a émis une alerte, suite à son extension en Asie et Océanie. «Il s’agit d’un risque potentiel important pour les zones de production», explique André Lassoudière. Malheureusement, ce n’est pas le seul risque: «Des viroses et bactérioses pourraient aussi, à l’avenir, perturber gravement la production si des précautions sévères ne sont pas mises en œuvre. Aucun bananier ne devrait être introduit directement dans les régions indemnes.»

Les cartons utilisés pour le transport sont tout aussi célèbres.

En l’absence de sélection de graine, les virus se transmettent aux rejets. Il faut donc sélectionner des plants in vitro immunisés, ou revenir aux bananiers sauvages, à graines, pour concevoir de nouvelles variétés. «On compte environ vingt ans pour en développer une.» Avec son équipe, le scientifique a élaboré une nouvelle variété (nom de code Flhor 920, mais qui devrait être renommée), testée actuellement auprès de consommateurs avant une introduction sur le marché hexagonal en octobre. «Plus sucrée et onctueuse, elle est aussi plus courte.
Il sera certainement difficile au début de la faire accepter.» Le marché a pourtant un fort potentiel: «En Europe, on consomme environ dix kilos de bananes par an et par personne. Dans certains pays, cent kilos!» On pourrait aussi inviter l’Europe à oser la diversification.

Quand faut-il la déguster?

Bombe vitaminée

Efficace. Délicieuse, la banane est aussi une réelle source de bienfaits pour le corps humain.

La banane est une véritable bombe vitaminée qui délivre un maximum d’énergie en peu de temps. Sa forte teneur en glucides et en fibres fait d’elle une collation rassasiante. Lorsqu’elle est complètement jaune, elle ne contient presque plus d’amidon et s’avère pauvre en graisses.
Mais la banane recèle bien d’autres trésors: un seul fruit (120 g) couvre 18% de la dose journalière recommandée pour un adulte en vitamine C, 10% des besoins journaliers en magnésium, 23% des apports en potassium et même 40% des besoins en vitamine B6. Le potassium est une substance minérale qui participe au bon fonctionnement des systèmes nerveux et musculaire, mais aussi à la régulation de la tension artérielle. La vitamine B6 est utile aux systèmes immunitaire et nerveux, et aide à réduire la fatigue.
La banane est en outre préconisée en cas de troubles gastro-intestinaux grâce à sa fonction régulatrice.

Un fruit jaune qui inspire depuis toujours

1904: Invention du banana split

Il serait né à Latrobe, en Pennsylvanie, des mains de Davis E. Stricker, au tournant du siècle et connaît son heure de gloire après la Seconde Guerre mondiale. Dans la petite ville américaine, chaque année, on fête «The Great American Banana Split Celebration».

1925: La danse de Josephine Baker

Quand la meneuse de revue américaine débarque à Paris, vêtue d’un pagne fabriqué à base de bananes pour sa «danse sauvage», l’écho est gigantesque. Son spectacle, qui choque la société bien-pensante et l’Église, est interdit dans plusieurs établissements.

1967: Andy Warhol dessine la banane

L’artiste imagine le célèbre visuel pour l’album du groupe de rock américain The Velvet Underground.
La phrase «Peel slowly and see» (Pelez lentement et regardez) invite à décoller la peau jaune comme un autocollant pour découvrir une banane rose, symbole sexuel.

1971: Woody Allen tourne «Bananas»

Un testeur de produits débarque dans une dictature sud-américaine fictive et se retrouve entre
les feux de la mafia de la banane et la politique.
Il est même élu président du pays. Sylvester Stallone apparaît dans un rôle secondaire.

1976: La banane en notes

Line Renaud («Bananas Island»), en 1976, et Lio («Banana split»), en 1980, rendent hommage à leur manière au fruit jaune, avec des textes à double sens. Leurs tubes font le tour de la francophonie et sont encore plébiscités dans les soirées rétro.

1990: La banane à la mode

La pochette que l’on noue autour de la taille est baptisée «banane», à cause de sa forme. La mode a fait long feu, mais la sacoche est restée le symbole du voyageur protégeant ses valeurs. Aujourd’hui, la pochette connaît un regain d’intérêt depuis que les stars portent des modèles de marque de luxe.

2015: Banana, le mot magique des Minions

De couleur jaune et de taille bébé, les Minions («Moi, moche et méchant») ont conquis la planète. Dans leur film animé, ils s’expriment en langage «Banana», un mélange d’onomatopées et de mots issus de diverses langues. La bande originale propose une reprise de «Barbara Ann» des Beach Boys.

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Maturation: un processus délicat

Saviez-vous que les bananes vert pomme que l’on récolte de l’arbre lorsqu’elles ne sont pas encore mûres dégagent une odeur de concombre mais ne sont pas consommables? Saviez-vous qu’elles sont alors très dures et exclusivement composées d’amidon? C’est à ce stade de mûrissement toutefois que les bananes sont cueillies et conditionnées sur place en cartons. Les bananes commercialisées dans les magasins Coop proviennent essentiellement de la République dominicaine (pour env. 30%), de Panama (30%), d’Equateur (env. 30%) et du Costa Rica (env. 5%).

«Sur les grands navires frigorifiques qui traversent l’Atlantique vers l’Europe au départ d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud, les fruits sont mis en sommeil à une température de 13,5°C dans un mélange d’air ambiant spécial particulièrement riche en azote. Le processus de mûrissement est ainsi interrompu», explique Alexander Dobler, 34 ans, est chargé des achats de fruits pour les magasins Coop. «Si l’on n’agissait pas de la sorte, les bananes deviendraient trop molles ou au contraire gèleraient.» N’oublions pas que les bananes sont le deuxième fruit le plus apprécié en Suisse après les pommes!

La température doit rester constante durant le processus de maturation.

A l’issue d’un voyage de neuf jours, les navires frigorifiques atteignent le port de Rotterdam ou celui d’Anvers. Leur chargement, soit plus de 250 000 cartons remplis de bananes, est ensuite transbordé sur des camions et parvient à la mûrisserie de Kaiseraugst AG. Cette entreprise spécialisée est la plus importante du genre en Suisse. C’est à elle que Coop confie la maturation de toutes les bananes qui seront ensuite vendues dans l’ensemble du pays. «Pendant le transport aussi, il est essentiel que les fruits soient maintenus à une température constante. C’est nous qui les réveillerons plus tard, en les sortant tout doucement de leur état de repos.»

Lorsqu’une banane mûrit, elle dégage un gaz appelé éthylène, qui va à son tour activer le processus de maturation des autres fruits. Ainsi, l’on ajoute de l’éthylène pour déclencher le processus de mûrissement, dans des chambres de maturation dans lesquelles règnent une température régulée entre 14°C et 17°C pour permettre à l’amidon contenu dans les fruits de se transformer en sucre. «Outre la température, il faut aussi garantir une bonne ventilation», commente Alexander Dobler. «C’est pour cette raison que les cartons à bananes présentent des trous assurant une aération constante des fruits.»

La peau va perdre de l’amidon et passer du vert au jaune.

Au bout de cinq à huit jours, les bananes présentent une coloration jaune d’or. «Elles ne doivent pas non plus être trop jaunes car il faut encore qu’elles soient acheminées vers les magasins où elles finiront de mûrir». A en croire Alexander Dobler, en Romandie, on apprécie les bananes plus mûres qu’en Suisse alémanique.

Plus de 95% des bananes en vente dans les magasins Coop sont issues du commerce équitable. Grâce à la certification commerce équitable, les entreprises concernées obtiennent des primes supplémentaires qui permettent d’améliorer les conditions de vie et de travail des petits producteurs et de leurs ouvriers dans les différents pays. Coop propose également des bananes bio issues du commerce équitable.

1915 Charlie Chaplin le met en scène pour la première fois dans son film «Charlot à la plage» sur les écrans.

1925 La «Danse sauvage» de Josephine Baker

1967 L’album des Velvet Underground dessiné par Andy Warhol, à écouter:

1976 Line Renaud chante Banana Island

1980 Lio chante Banana split

1981 Formation du girls band Bananarama

2014 La banane comme symbole de racisme dans le football

2015 Banana – le mot magique des Minions

Le sculpteur japonais de banane Keisuke Yamada
 
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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Yannick Andrea, Alamy, Colour Box, SP
Publication:
lundi 10.08.2015, 09:49 heure



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