La cabane d’Orny se trouve au cœur d’un massif granitique et proche d’un glacier.

La cabane d’Orny change de mains

Relève Patricia et Raymond Angéloz gardent la cabane d’Orny au-dessus de Champex (VS) depuis 32 ans. Cet été, ils passent le relais à leur fils Yanik, non sans émotion.

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En ce matin d’été, une brume matinale enveloppe les montagnes autour de la cabane d’Orny perchée à 2831 mètres d’altitude au-dessus de Champex, en Valais. Entre deux bancs de nuages, on aperçoit au loin un hélicoptère. «C’est le ravitaillement, lance Patricia, la gardienne du refuge. On s’approvisionne ainsi entre vingt et trente fois par été.»
Alors que la machine se pose en amont de la cabane, tout le monde se prépare à décharger le stock de nourriture. Raymond, le gardien et guide de montagne, arrive lui aussi par les airs suite à un pépin de santé.
Après 32 ans d’accueil à Orny, et à respectivement 67 et 66 ans, Patricia et Raymond Angéloz s’apprêtent à passer la main à leur fils Yanik. «Ce n’est qu’une transition, on sait qu’on y reviendra régulièrement pour l’épauler», glisse Patricia. «On ne se rend pas encore compte que c’est la fin. On en reparlera la dernière semaine, au moment de faire nos bagages…», ajoute son mari tout en s’empressant de ranger les boissons dans le réduit.
À leurs côtés, Yanik s’enrichit de leur savoir-faire en matière d’accueil, d’organisation, de gestion du personnel et de comptabilité. Dès 2018, il sera officiellement aux commandes du refuge qui peut accueillir une nonantaine de personnes par nuit. «Je mesure l’ampleur de la tâche. Et je me rends compte de l’immense travail qu’ils ont fourni durant 30 ans, avec en plus ma sœur et moi dans leurs pattes quand nous étions petits…» Pour lui, 38 ans, comme pour Patricia et Raymond, la cabane d’Orny est une deuxième maison. Leur demeure d’été entre juin et septembre.

L’amour des gens

«Avec ma sœur, nous y avons passé toutes nos vacances. Je me souviens que ça me faisait bizarre de marcher sur du plat quand on redescendait en plaine.» Cette vie de famille au refuge, riche en souvenirs, est un élément clé dans sa décision de reprendre l’établissement. «Je ne ferais ça nulle part ailleurs! Je suis ravi de pouvoir leur offrir une transition tout en douceur. Je sais que Patricia sera contente de se délester des responsabilités. Pour Raymond par contre, ça sera plus difficile…», confie-t-il en le regardant accueillir des promeneurs.
Derrière leur longue activité de gardiens se cachent non seulement l’amour de la montagne mais aussi l’amour des gens. «Ce qui va nous manquer le plus, c’est le contact avec les promeneurs et les alpinistes. Sans parler des guides de montagne, qui sont notre deuxième famille», relate Raymond non sans émotion.
Dès l’été prochain, Yanik sait ce qui l’attend. «Il s’agira de s’adapter aux changements. Il y a trente ans, mes parents hébergeaient 80% d’alpinistes, 20% de randonneurs. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Et la première chose que certains demandent, c’est une douche! Expliquer la vie de cabane aux marcheurs est un des rôles du gardien.»

Patricia et Raymond ont transmis la passion de l’accueil à leur fils Yanik.

S’adapter aux changements

Et pour rentabiliser la gestion du refuge d’altitude appartenant au Club alpin des Diablerets, il faut aussi jouer les publicitaires. «Pour le moment, c’est Raymond qui s’occupe des réseaux sociaux. Il faut que je m’y mette même si ce n’est pas mon truc», sourit Yanik. Ici comme ailleurs, les gardiens gagnent leur été uniquement sur les repas et les boissons vendues, les nuitées revenant au Club alpin. «Ce métier, on le fait par passion, pas pour s’enrichir, ni compter ses heures», s’accordent-ils à dire. Il est 13 heures. Sur la terrasse, les marcheurs qui arrivent de la plaine côtoient les guides qui descendent des sommets. Le moment pour la famille Angéloz de désaltérer, une fois de plus, tout ce monde.

Rando et grimpe

La cabane d’Orny, en dessus du télésiège de la Breya, au départ de Champex, se gagne en 2 h 30 de marche. Le chemin à flanc de coteau est accessible à tout bon marcheur.
Quelques passages traversant des couloirs sont équipés de chaînes. «Nous conseillons aux familles avec des enfants en bas âge de les encorder sur le début du chemin», informe Raymond Angéloz.
Sur place, il est possible de s’essayer à l’escalade, encadré par un guide de montagne. Les voies de grimpe équipées par le gardien ont récemment été remises à neuf. Des randonnées glaciaires et des courses d’arêtes faciles accompagnées de professionnels sont également possibles.

www.cabanedorny.ch
Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Andrea Soltermann
Publication:
dimanche 30.07.2017, 13:15 heure