Des élèves en plein entraînement à la «line dance country», avec la monitrice Isabelle Caille (en bottes). 

La danse country les épanouit 

Les cours de danse country ont de plus en plus de succès en Suisse romande. Selon les initiés, rien de tel pour se vider la tête dans la bonne humeur. Reportage à Vauderens (FR) lors d’un entraînement et rencontre avec des champions du monde de la discipline!

Le parquet en bois de la salle de bal attenante à l’Auberge du Chamois de Vauderens (FR) frémit… Dans ce village de la Glâne, des talons et des pointes marquent le rythme aux sons country plusieurs soirs par semaine. «Ça vide la tête. Quand je danse, je ne pense à rien d’autre qu’à mes pas», témoigne Marcel Steiner (59 ans). Cet assureur de Lausanne se fiche des trente kilomètres à parcourir pour venir aux entraînements. Ce loisir lui fait tellement de bien qu’il est prêt à effectuer de longs trajets. Comme lui, qui a commencé il y a huit mois, les nouveaux élèves des cours de «line dance country» du groupe «Dreamcatcher» (capteur de rêves) sont nombreux. En treize ans, ils sont passés d’une dizaine à 500! «On ne s’attendait pas à ça, c’est super!», s’enthousiasme Henriette Deillon, l’une des fondatrices de ce groupe, monitrice responsable pour la Suisse romande.

Il faut connaître entre 200 et 250 pas pour se sentir à l’aise en danse country. «Des amis m’ont proposé d’essayer. J’ai failli partir le premier jour en voyant tout ce qu’il fallait apprendre… Mais notre monitrice est très bien, on avance et ça va», raconte Janeth Gobet (56 ans), de Berlens (FR).
Certains élèves dansent sans enjeux, d’autres se lancent dans la compétition. Mais tous évoluent avec la même motivation. Les sourires affichés font partie intégrante de cette discipline épanouissante venue des Etats-Unis.

Plus le plaisir se lit sur le visage des danseurs, plus ils augmentent leurs chances face aux juges en compétition. Certains élèves des «Dreamcatcher» se rendent plusieurs fois par an à l’étranger, afin de se mesurer à d’autres danseurs. «L’ambiance est unique en championnat. On est concurrents sans l’être vraiment…», raconte André Deillon, amoureux de la danse country depuis plus de vingt ans. L’homme aime les défis. En championnat, il se plaît à devoir s’adapter aux musiques: «On les découvre au dernier moment. C’est un sacré challenge.»

André et sa femme Henriette ont implanté cette discipline en Suisse romande. En plus des cours et de l’entraînement aux compétitions, ils animent des soirées avec leurs élèves en proposant des démonstrations. «On répond à toutes les invitations, on crée l’ambiance», sourit André.

www.dreamcatchervauderens.ch

Loin des clichés
: musique et danse, 
des styles infinis

  • On devrait les origines de la musique country aux émigrants irlandais et écossais arrivés aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle.
  • Les styles de ce courant musical et par conséquent de ses danses sont infinis; ils ont évolué au fil de l’histoire.
  • Si on associe les cowboys à la country, c’est parce qu’ils l’ont influencée avec leur look. Ils allaient danser dans une tenue identique à celle du travail, avec des bottes, des éperons et un chapeau.
  • Les cours de danse country ont le vent en poupe. Le groupe des «Dream-catcher», créé en 2001 par une poignée de passionnés, compte à ce jour quatorze sections et 500 élèves, de 7 à 77 ans!
  • Les danseurs évoluent selon leur niveau et passent d’une discipline à l’autre («social», «newcomer», «novice» et «intermédiaire»). Ceux qui le souhaitent peuvent accéder à la compétition. Ils dansent en groupe («line dance country») ou par deux.
  • En compétition, les femmes doivent porter des bottes et les hommes des bottes et un chapeau. Les rythmes sur lesquels dansent les couples (huit styles) vont de la polka au cha cha, en passant par le «west coast swing» ou la rumba.

Françoise et André (à gauche) et Isabelle et Joël (à droite)

Françoise et André: «On est champions du monde!»

L’année a démarré en fanfare pour Françoise Fournier (53 ans) de Broc (FR) et André Deillon (59 ans) de Montet (Glâne, FR). Qualifiés aux Championnats du monde de danse country, qui ont réuni 500 concurrents à Kalkar (Allemagne) du 1er au 5 janvier, ils ont décroché le titre de champions du monde en couple. Au programme: huit danses à la suite, avec un changement d’habits entre chacune. «C’est beaucoup de travail et de motivation», résument-ils. Pas question d’avoir la grosse tête: «Je danse pour m’éclater et pour m’exprimer. Quel que soit le résultat, on est tous champions du monde en ayant le courage d’y aller», estime Françoise. «On danse pour faire plaisir au public», ajoute André. Elle est gouvernante, lui spécialisé dans la réparation de matériaux composites. Ils consacrent plus de vingt heures par semaine à leur passion! André a débuté la danse en 1992, lors d’un festival country aux Diablerets (VD). «Je n’avais jamais vu ça. Comme j’adore tout ce qui est spécial, je me suis lancé!» Après le fitness, Françoise a eu envie de danser. A la recherche d’un cours de «lindy hop» ou de «west coast swing», elle a rejoint par hasard un groupe de country: «Je m’en faisais une fausse idée: bottes, chemise à carreaux et mains dans les poches. Quand je suis arrivée, c’était un entraînement pour la compétition avec de la musique hyper branchée. Ça m’a boostée!»

Isabelle et Joël: «Un beau partage»  

Ces deux habitants de Servion (VD) forment un couple à la vie comme sur les planches. Isabelle Caille (28 ans) danse depuis sept ans: «Je suis très fan de l’Amérique et je fais du cheval. La country est complé- mentaire à ma culture person- nelle.» Son ami, Joël Pahud (31 ans), a commencé il y a six ans: «C’est grâce à la musique country, qui m’intéresse beau- coup. Je voulais danser mains dans les poches! Comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, j’ai évolué de fil en aiguille.» L’acheteur dans le domaine mécanique et l’assistante en soins et santé communautaire sont tous deux devenus moniteurs.
«On transmet son savoir aux élèves, c’est un très beau partage», témoigne Isabelle. Joël, qui n’aime pas l’esprit de compétition, partage son avis: «On peut danser ensemble à plusieurs niveaux sur une même musique. Il suffit d’adapter les chorégraphies.» 

Expérience
: difficile de suivre le rythme!

Le moniteur André Deillon a proposé au photographe et à la rédactrice de ces pages de tenter l’expérience de la «line dance country». On s’approche tous les deux du groupe, sans faire les malins… André nous prie de nous placer au premier rang derrière lui. Bienveillants, les autres élèves nous encouragent du regard. C’est parti, on décortique les pas. Debout, bien droits, on avance le talon du pied droit. On le ramène, puis on fait pareil à gauche. On plie ensuite le genou droit en arrière, en tapant le pied dans sa main gauche. Idem avec l’autre jambe. Jusque-là, ça va. Nous répétons les mouvements tranquillement plusieurs fois afin de les mémoriser, avant de tous faire un quart de tour et de reprendre les mêmes. Et ainsi de suite. En lignes, avec la musique, le stress monte. Pourvu qu’on ne fasse pas de boulette. Aïe, le rythme s’accélère. Difficile de suivre. Je ne sais plus du tout où j’en suis, je pars en vrille en me tournant à l’opposé des autres… «Pas grave, rien n’est faux en country, vous faites des variantes», rassure André Deillon. Imperturbables, les élèves enchaînent les pas correctement, sûrs d’eux et avec le sourire! Leur bonne humeur est communicative, la musique entraînante. Un excellent moment de danse en groupe…

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Charly Rappo / Arkive.ch
videos:
Joëlle Challandes / Geoffrey Raposo
Publication:
mardi 22.04.2014, 10:00 heure

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