La loutre a longtemps été chassée pour sa fourrure imperméable (60000 poils par cm2!).

La loutre, retour de bon augure

Faune Considérée comme éteinte depuis 1989 en Suisse, la loutre pointe à nouveau ses moustaches. Son installation définitive serait signe de meilleure santé de notre nature.

Depuis 2009, on récolte au moins une preuve par année du passage d’une loutre européenne (Lutra lutra) en Suisse. Après Genève, Berne, le Valais ou le Tessin, on vient de relever des traces le 19 avril dernier dans la région de Thusis (GR). Une année plus tôt, on y avait déjà remarqué un individu. Ces signes avant-coureurs d’un retour naturel ne permettent toutefois pas de parler d’une réimplantation définitive de cette cousine des martes, furets et fouines (famille des mustélidés). Courte sur patte, 1 m 20 de long, queue comprise, la loutre vient des pays voisins, où elle est en augmentation, chasser en solitaire sur nos berges. C’est une bonne marcheuse: son territoire peut recouvrir une aire de 40 km. Elle se nourrit principalement de poisson – entre 500 g et 1 kg par jour – mais complète volontiers son régime de grenouilles, oiseaux, petits mammifères, insectes, et même de fruits. On la trouve là où il y a de l’eau douce: surtout les rivières, mais aussi marais, lacs ou étangs.

Pattes palmées, la loutre est plus à l’aise dans l’eau que sur terre.

Signes encourageants

En superprédateur – hormis les hommes elle n’a pas, ou plus, d’ennemis – la loutre est située au sommet de la pyramide alimentaire. Plus fort que les autres, ce «superanimal» est une victime visible des atteintes portées à l’environnement. Longtemps chassé pour sa peau et sa viande (voir encadré), sa disparition en 1989 va de pair avec la destruction de son habitat et la diminution de la biodiversité. Son retour présage une amélioration générale. La revitalisation des rivières – rendre aux cours d’eau leur lit originel – favorise le peuplement en poissons et reconstruit les milieux naturels des rives. «On a payé pour endiguer toutes les rivières, aujourd’hui on paye pour les défaire», souligne, un brin caustique, Michel Jacquat, biologiste chaux-de-fonnier défenseur passionné de loutres.
Chez nos voisins, les nouvelles sont plutôt bonnes. En Autriche, où l’espèce avait quasiment disparu, la loutre est revenue naturellement depuis la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie et la Slovénie. En Basse-Autriche, région de l’est du pays entourant Vienne, le nombre d’individus a doublé en dix ans. La France connaît une évolution semblable, alors que la loutre n’était plus présente que dans le Massif central et sur la façade atlantique.

Animal solitaire, les rencontres entre loutres sont brèves et rares.

Nage du crocodile ou du dauphin

Quand la loutre nage en surface, sa tête et son dos dépassent légèrement. Grâce à la morphologie aplatie de son crâne, les oreilles, les yeux et les narines sont sur un même plan. La loutre peut ainsi entendre, voir et sentir ce qui se passe autour d’elle (et respirer) sans avoir à trop sortir la tête de l’eau, un peu à la manière d’un crocodile. Lors de ses plongées qui peuvent durer entre dix secondes et sept minutes, ses oreilles et narines se ferment hermétiquement, et le cristallin de l’œil se déforme pour donner à l’animal une vision plus nette. En ondulant son corps et sa queue – de bas en haut lorsqu’elle avance en ligne droite, ou de gauche à droite lorsqu’elle veut virer – elle nage alors comme un dauphin.
Tout sur les loutres: www.prolutra.ch


De la loutre pour le carême

Sa passion dévorante pour le poisson a fait d’elle l’ennemi des pêcheurs. Par le passé, des primes étaient versées pour son élimination. Sa peau imperméable – 60 000 poils au cm2! – était recherchée pour la confection de toques, chapeaux ou manteaux. La loutre étant un animal aquatique, l’Église a octroyé le droit de manger sa viande (ainsi que celle du castor) pendant le carême. Autant de facteurs qui font que lorsque la loutre a bénéficié d’une protection en 1952 en Suisse, on en dénombrait 150 spécimens. En 1989, les dernières traces de loutres sauvages ont été relevées autour du lac de Neuchâtel.

Attachée à une corde, la loutre plonge et ramène un poisson à son maître. Cette manière de pêcher se pratique encore au Bangladesh. Apprivoisé lorsqu’il n’est pas encore sevré, le loutron s’attache à vie à celui qui s’occupe de lui. C’est ainsi que l’on peut le dresser à la pêche.

Dans le lac de Morat

En Europe, il est interdit de domestiquer des loutres. En 2009, deux loutres asiatiques étaient détenues illégalement chez un particulier près du lac de Morat. Elles ont été confiées au zoo de Chaux-de-Fonds où deux jeunes sont nés. L'histoire ne dit pas si le particulier avait dressé ses loutres à la pêche. À la Chaux-de-Fonds, on peut également voir une loutre européenne.

Anecdote

Les villages transfrontaliers de St- Gingolph, entre le Valais et la France, ont chacuns une loutre sur leur blason.

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Photos Keystone, Alamy
Publication:
lundi 23.05.2016, 14:05 heure



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