La Nativité de l’église de Matran se situe dans une grotte. Ses personnages plus que centenaires ont été restaurés il y a une dizaine d’années. La crèche fait 2,8 m de large, 1,6 m de profondeur et 3 m de haut. Les personnages font 60 cm debouts (échelle 1 :3). Le tout pèse environ 300 kilos.

La renaissance de la crèche

Tradition La crèche de Noël connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. Retour du sacré?
Volonté d’affirmer son identité dans un monde globalisé? Ou peut-être simplement le besoin de retrouver son âme d’enfant.

Symbole oublié par certains et considéré par d’autres comme une simple expression folklorique, la crèche de Noël connaît de nos jours un regain d’intérêt. Et les nombreuses représentations de la Nativité qui fleurissent un peu partout dans le pays en cette période de l’Avent en témoignent. Souvent nichées dans des églises, elles ponctuent parfois des parcours au cœur des villes et des villages, quant elles ne font l’objet d’expositions. Classiques, innovantes, animées ou carrément vivantes, elles ont toutes leur originalité. Pour beaucoup, elles représentent une invitation à la méditation ou un îlot de paix et de sérénité dans l’agitation urbaine.

tique, il est difficile de rester insensible au charme et à la magie que dégagent ces créations, souvent l’œuvre de passionnés. Le cas de Gérard Dorthe (71 ans), concepteur de la crèche de Matran (FR), n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Technicien en menuiserie aujourd’hui à la retraite, fils de menuisier (son père avait une entreprise de menuiserie), il se souvient: «La crèche de Noël est pour moi une très vieille passion. Déjà enfant, j’aimais les représentations de la Nativité et mes parents construisaient chaque année une crèche de Noël.» Aîné d’une fratrie de sept enfants, il s’est naturellement mis à en fabriquer lui-même. Une fois adulte, ses connaissances professionnelles l’ont beaucoup aidé à déve­lopper des idées et des techniques de construction. Depuis 2009, il fabrique la crèche de Noël qui enchante l’église paroissiale de Matran. «L’idée de départ était de construire une crèche sobre qui mettrait en valeur les magnifiques personnages plus que centenaires que possède la paroisse. Le tout dans un volume disponible restreint.»
Sa réalisation est nourrie des quatre éléments de la Création: l’air représenté par le ciel; la terre par le paysage; le feu qui réchauffe les bergers et l’eau du torrent, nécessaire à la vie, qui coule des gorges vers la plaine en passant près de la crèche. «Je tiens à souligner que la construction de la crèche ne serait pas possible sans la précieuse collaboration et le travail minutieux de plusieurs personnes.» Gérard Dorthe a poussé le souci du détail jusqu’à représenter quelques astres principaux positionnés selon la carte du ciel de Bethléem le 24 décembre à minuit! «Quitte à passer pour un pinailleur, j’essaie de restituer autant que possible la situation sur place. Quand j’ai construit la crèche pour la première fois, je n’étais encore jamais allé en Israël. Par la suite, j’ai eu l’occasion de m’y rendre et j’ai été étonné de constater que certains éléments de ma crèche correspondaient à ce que je voyais là-bas.»

Le mystère de la grotte

Gérard Dorthe, concepteur de la crèche de Matran: «Je voulais que la crèche de Noël fasse passer un message d’espoir.»

Gérard Dorthe, concepteur de la crèche de Matran: «Je voulais que la crèche de Noël fasse passer un message d’espoir.»
Gérard Dorthe, concepteur de la crèche de Matran: «Je voulais que la crèche de Noël fasse passer un message d’espoir.»

Mais l’esthétique n’est qu’un aspect de la crèche conçue par l’artisan fribourgeois. Il la voulait aussi porteuse d’un message d’espoir. Animé d’une foi bienveillante, il explique: «Enfant, j’aimais l’ambiance à la fois festive et paisible de Noël, ces moments passés en famille, mais sans trop bien comprendre. En grandissant, j’éprouvais toujours le même plaisir mais empreint d’une réflexion plus profonde. En effet, Noël est un moment important de la Rédemption, car c’est Dieu qui vient dans sa Création.»
Les symboles sont nombreux dans la crèche de Matran, comme le pont qui enjambe un torrent et où se rencontrent les hommes de bonne volonté. Mais il y a surtout la grotte où Gérard Dorthe situe la scène de la Nativité. «La grotte signifie que l’on va à l’intérieur. Utilisée jadis par les bergers pour garder leurs troupeaux, elle a quelque chose de sécurisant. Mais la grotte symbolise également le mystère, comme les grottes de Qumrân (ndlr: où ont été découverts les Manuscrits de la mer Morte).»

Crèches d’ici et d’ailleurs

Des passionnés comme Gérard Dorthe, on en trouve dans toute la Suisse. Mais pas seulement. À Bellinzone (TI), le Castelgrande accueille ces jours – et jusqu’au 8 janvier 2017 – une partie de la prestigieuse collection du musée Krippenwelt, de Stein am Rhein (SH). En tout, 250 crèches de 50 pays! Autres exemples de multiculturalisme: le Chemin des crèches, à Sion, où les communautés étrangères présentent leurs créations dans les rues de la vieille ville, ou encore l’exposition de crèches du monde au Forum de l’Arc, à Moutier. Crèches d’ici ou d’ailleurs, cette redécouverte de la Nativité s’observe aussi dans la sphère privée, au sein des familles. Comment expliquer ce phénomène? «Il exprime en partie le besoin de tradition qui devient une sorte de valeur refuge, affirme l’anthropologue italien Marino Niola. Il s’agit d’une réponse au monde globalisé dans lequel les identités tendent à s’estomper.».

Gérard Dorthe a aussi son avis sur le sujet: «Nous assistons peut-être à un effet de balancier. Dans ce monde stressant, surtout pour les personnes actives, la crèche apporte un moment de calme, de paix. Cette notion de paix devient toujours plus importante aujourd’hui. Nous vivons dans un système qui nous fait croire que le bonheur s’achète. On veut toujours plus et, finalement, nous ne récoltons que de l’insatisfaction. Pour certains, la crèche de Noël constitue un moment qui les ramène à leur enfance et leur permet d’échapper au stress et aux côtés artificiels de la vie actuelle.»
«Au Tessin, la renaissance de la crèche de Noël remonte à la fin des années 1990. Je l’interprète comme une opposition à la commercialisation de Noël et une recherche de spiritualité», déclare Walter Gianotti, organisateur du Percorso presepi (le parcours des crèches), lancé il y a douze ans par le Père Callisto aujourd’hui décédé. La manifestation, qui se tient durant la période de Noël dans l’église du Sacré-Cœur de Bellinzone, présente une quarantaine de crèches à message éthique. L’édition 2016 est axée sur le thème de l’accueil: accueil des réfugiés, des pauvres et du prochain.

«

Le retour de la crèche est une recherche de spiritualité»

Walter Gianotti, concepteur de crèches de Noël

Walter Gianotti avec l’une de ses crèches de Noël située dans un décor de village toscan.

Walter Gianotti, retraité de 64 ans, ex-informaticien de la police cantonale tessinoise, est un artisan reconnu en matière de crèches de Noël. L’an dernier, deux de ses «chefs-d’œuvre» ont été exposés au Musée national suisse de Zurich. Une passion qui s’est développée au cours de son enfance. «Mon initiation a eu lieu vers 7-8 ans. J’accompagnais mon père dans les bois pour y récolter de la mousse – à l’époque, c’était encore permis –, des petits bouts de bois, des feuilles, des bogues de châtaignes.
Ensuite, je l’aidais à construire la représentation de la Nativité. C’est comme ça que j’ai appris. Au cours de ma vie, j’ai réalisé une cinquantaine de crèches, dont une dizaine ont été conservées», raconte le Tessinois.

Sondage: entre crèche et sapin, le choix des Suisses

Source Institut Link, Lucerne; infographie Caroline Koella

Une tradition de proximité

Entretien. L’anthropologue Marino Niola se penche sur la place de la crèche et du sapin de Noël dans notre société.

Marino Niola (63 ans), enseignant à l’Université «Suor Orsola Benincasa» de Naples. Il est l’auteur d’un essai sur la crèche de Noël, «Il presepe».

Marino Niola (63 ans), enseignant à l’Université «Suor Orsola Benincasa» de Naples. Il est l’auteur d’un essai sur la crèche de Noël, «Il presepe».
Marino Niola (63 ans), enseignant à l’Université «Suor Orsola Benincasa» de Naples. Il est l’auteur d’un essai sur la crèche de Noël, «Il presepe».

Comment expliquez-vous le regain d’intérêt que connaît la crèche de Noël depuis quelques années?
En partie par un besoin de tra­dition qui est une sorte de valeur refuge. Nous en avons besoin car nous vivons aujourd’hui dans un monde globalisé où tout est connecté et dans lequel les identités tendent à s’estomper.

Y a-t-il aussi une composante religieuse?
Pour les croyants, certainement, mais l’intérêt pour les crèches, ainsi que le boom des marchés de Noël, va au-delà de la religion; il devient un symbole identitaire. La renaissance des crèches va de pair avec le retour aux traditions alimentaires, aux produits du terroir. On tend à reconstruire sa propre identité, une tradition à «km zéro».

Le monde protestant a renié la crèche. S’agit-il d’un choix iconoclaste?
En partie oui. Durant la Réforme, les protestants ont renié tous les symboles à connotation «papiste». Le sapin est un symbole que certains font remonter aux Celtes, tandis que d’autres vont même jusqu’à l’attribuer à Martin Luther.

Les catholiques, en revanche, ont aussi adopté le sapin…
Parce qu’ils sont moins portés vers l’intégrisme; ils sont tendanciel­lement polythé­istes. Le culte des saints en est la preuve. Cependant, d’un autre côté, la civilisation actuelle de consommation a aussi envahi le sacré. En atteste l’interchangeabilité des deux symboles, la crèche et le sapin.

Exemples de crèches de Noël* en Suisse romande et ailleurs

VAUD
Crèche de Dommartin: temple de Dommartin, jusqu’au 26.12, de 17 h à 19 h.
Vevey: exposition de crèches de Noël à la libraire La Clef de Sol. Jusqu’au 7.1.2017.

FRIBOURG
Crèche de Matran: église de Matran jusqu’au 20.1, de 9 h à 17 h.
Estavayer-le-Lac: Itinéraire des crèches. Plus de 60 crèches à découvrir en parcourant la ville. Jusqu’au 8.1.2017.

NEUCHÂTEL
Une crèche au cœur de la ville: à voir durant le mois de décembre, rue Fleury.

JURA
Montavon: crèche animée. Route principale 95. Jusqu’au 8.1.2017, de 14 h à 17 h.
Bassecourt: La route des crèches. Plus de 40 crèches exposées dans le village. Jusqu’au 8.1.2017.

JURA BERNOIS
Moutier: exposition de crèches du monde au Forum de l’Arc. Jusqu’au 8.1.2017.

VALAIS
Monthey: Crèches dans nos quartiers. Jusqu’au 8.1.2017.
Sion: Le chemin des crèches. Une vingtaine de crèches grandeur nature, vous font découvrir les endroits les plus insolites et typiques de la vieille ville.

GENÈVE
Crèche à la basilique Notre-Dame. Du 24.12 au soir jusqu’au 2.2.2017.

ZURICH
Musée national suisse: exposition de crèches de Noël. Cette année, ce sont des modèles réalisés dans les couvents fribourgeois, les «Petits Paradis», qui constitueront le clou de l’exposition. Jusqu’au 8.1.2017, de 10 h à 17 h.

*Liste non exhaustive

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texte:
Rocco Notarangelo, Jean Pinesi
Photo:
Charly Rappo, Sandro Mahler, Estavayer-le-Lac Payerne Tourisme, DR
Publication:
lundi 12.12.2016, 13:20 heure

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