Qui dit retraite dit disponibilités en plus. A nous la liberté! 

La retraite, 
ça se travaille 

La fin de l’activité professionnelle engendre des changements multiples et 
simultanés, même si l’on se réjouit. Mieux vaut s’y préparer en cherchant comment 
se redéfinir dans cet espace neuf. Quelques clés pour une transition épanouissante.

Guy Bovey, spécialiste 
de la formation,
 est en préretraite.

Guy Bovey, spécialiste 
de la formation,
 est en préretraite.
Guy Bovey, spécialiste 
de la formation,
 est en préretraite.

La retraite, il y a ceux qui l’attendent avec impatience, comme une libération de toute la pression du monde professionnel, et ceux qui appréhendent la fin inéluctable de leur vie dite «active». Mais pour tous, «elle représente une rupture, un deuil à faire. Même si on se réjouit, les changements sont multiples et simultanés, ils ont un impact sur le niveau de satisfaction de nos trois besoins fondamentaux de stimulation, de reconnaissance par autrui et de structuration de son temps. On change de catégorie sociale, de pouvoir d’achat, de repères. On quitte une certaine forme de jeunesse. Cela nous fragilise, il y a risque de déséquilibre passager ou durable», avertit Guy Bovey.
Ce spécialiste de la formation, passionné de psychologie et de lecture, est en préretraite avec encore 10% d’activité depuis le printemps 2013 après avoir créé puis dirigé AvantAge (centre de compétence de Pro Senectute). A l’instar de Coop Suisse romande qui propose des cours à ses futurs retraités avec AvantAge, de plus en plus d’entreprises se soucient d’aider leurs collaborateurs à préparer cette transition. Mais on peut aussi engager soi-même un processus de réflexion et de préparation – sans attendre le premier jour de la retraite, mais un à deux ans avant, recommande Guy Bovey. Il nous donne quelques clés.

AvantAge, Lausanne, tél. 021 711 05 24, plateforme interactive d’informations.

www.fr.avantage.ch
www.prosenectute.ch

Reconnaître ce qu’on perd et accepter.

«La retraite est souvent banalisée, réduite à des «grandes vacances» mais c’est tout sauf ça! Dire au revoir à quarante ans d’un mode de vie qui m’a structuré, c’est très conséquent. Chez certaines personnes, la retraite réveille d’autres deuils qui n’ont pas été faits. Au moment d’entrer dans une nouvelle étape de vie qui n’a pas de rôle valorisé ni d’appartenance, il va falloir se rebâtir un ou des nouveaux rôles et appartenances. On a besoin de soutien et de partage pour pouvoir avancer, le rôle des proches est très important.»
Etre vigilant, donc, avec la tentation du repli sur soi.

Se réconcilier avec son parcours professionnel.

Il n’a pas été aussi épanouissant qu’on l’aurait souhaité? «Il est pourtant indispensable de lâcher les regrets, les rancunes, la culpabilité qui, sinon, empoisonneront votre retraite. Il faut se pardonner ses erreurs, ses opportunités manquées et ses échecs pour regarder les réalisations, les réussites. Se dire: «J’ai fait le mieux possible dans les circonstances de l’époque et si je suis devenu ce que je suis, c’est aussi grâce à ma vie professionnelle.»

Réfléchir à ses vraies envies.

Qu’est-ce qui me fait vraiment envie, m’intéresse, m’apportera du plaisir et donnera du sens à mon quotidien? «Il n’est pas si évident de répondre à ces questions fondamentales si, pendant quarante ans, on ne se les est pas posées!» Que faire de tout ce temps libre quand on a trouvé l’essentiel de ses satisfactions existentielles dans sa vie professionnelle? «C’est un des facteurs de difficulté d’adaptation. Et plus on a un job relationnel, plus il faut être attentif à ça. La retraite, c’est une opportunité unique de dessiner soi-même sa vie.»

Attention à la peur du vide.

«Quand je travaillais, j’aimais aller faire du vélo et je lisais. Mais une fois retraité, je ne vais pas pouvoir étendre la durée de ces hobbies, car ils étaient stimulants dans un autre contexte. Ils vont rester importants mais il va falloir trouver autre chose. L’épanouissement dans la retraite, c’est faire des choses en accord avec qui on est, par exemple des activités qu’on a laissées de côté toute sa vie et qu’on peut réactualiser (apprendre à jouer d’un instrument, aller à l’université, s’engager dans une activité militante…) Le grand danger, c’est d’avoir tellement peur du vide que je remets tout et n’importe quoi à la place.»

Bouger, parler, rire.

C’est le moment de se réinvestir dans la vie familiale (pourquoi ne pas revoir ces cousins qu’on aime bien?), la convivialité, le mouvement à l’extérieur – la sédentarité est un gros risque pour la santé –, de faire des découvertes. «La retraite, si on n’est pas attentif, peut nous priver de l’interaction avec autrui, du regard des autres qui nous fait exister. Il y a des gens qui se laissent glisser.
Des études françaises disent que 10% des retraités souffrent de dépression. Consulter un médecin peut aussi devenir le moyen d’avoir une interaction (on s’intéresse à moi parce que je suis malade), un programme. C’est assez dramatique.»

Génération sandwich

Dire oui, dire non

S’occuper de ses petits-enfants, aider ses enfants et assister ses parents vieillissants: la «génération sandwich» d’aujourd’hui multiplie déjà les rôles pendant la vie active. Au moment de la retraite, voilà que les uns et les autres se réjouissent: vous allez être complètement disponible! «Beaucoup de jeunes retraités s’investissent dans cet accompagnement, constate Guy Bovey, certains avec grand bonheur, d’autres par devoir, parce que leurs enfants travaillent, et ça peut être une dictature. On voit alors des débuts de retraite peu épanouissants dans le devoir et la culpabilité, des gens coincés dans des loyautés. Ça peut vous ficher en l’air! Il faut tenir compte de ses propres besoins et les respecter, s’autoriser à dire «oui, mais dans une mesure supportable. Par exemple: je vous offrirai avec joie une demi-journée par semaine.»

Dix conseils en vue de 
la retraite

  • Commencer à s’informer au cours de la cinquantaine.
  • Se poser la question d’une potentielle retraite anticipée.
  • Demander une estimation de sa rente AVS auprès de sa commune.
  • Penser à ce que l’on va faire avec sa caisse de pension.
  • Se renseigner sur ses futurs impôts en tant que retraité.
  • S’interroger sur une éventuelle envie de déménager.
  • Faire un bilan de santé.
  • Mettre en route des projets en pensant à son futur nouveau quotidien. 
  • Pour les couples, bien discuter de cette nouvelle situation à venir.
  • S’inscrire à un cours de préparation à la retraite.

www.seniorweb.ch

«Les grands-parents ne 
sont pas des bouche-trous» 

Le pédopsychiatre Marcel Rufo a écrit* des lettres imaginaires à un petit-fils en s’appuyant sur la relation qu’il a eue avec sa grand-mère.

Coopération.  Qu’est-ce qui caractérise les grands-parents d’aujourd’hui?
Marcel Rufo.  Les grands-parents d’aujourd’hui sont plus démocrates, à l’écoute, disponibles, mais aussi jeunes. Avant, les grands-parents croyaient être porteurs de valeurs éducatives. Aujourd’hui, souvent, ils sont assez timides. Je crois qu’il faut oser donner son avis, sans l’impétuosité du pater familias de l’époque qui régnait sur sa descendance.

Comment dépasser les éventuels conflits entre parents et grands-parents?
Je vois souvent des ruptures en tant que pédopsychiatre. Certains grands-parents sont sevrés de rencontres avec leurs petits-enfants et ils en souffrent beaucoup. Les conflits naissent parfois d’une bêtise. Il s’ensuit des dissensions et de la distance. Il faut en rechercher l’origine.

Jusqu’où peut-on mobiliser les grands-parents?
Il ne faut pas les considérer comme des bouche-trous. De temps en temps, le grand-parent doit dire non, je ne peux pas garder les enfants, j’ai telle activité de prévue. Les grands-parents donnent de l’affection à temps partiel pour que les petits-enfants aient envie de les revoir et considèrent que le temps passé avec les parents est le plus important.

Est-ce problématique d’avoir des petits secrets entre grands-parents et petits-enfants?
Non, à condition qu’ils ne soient pas toxiques et dangereux pour l’évolution de l’enfant. Prenons l’exemple d’un enfant qui joue beaucoup aux jeux vidéo et dont le père le lui interdit. Un grand-père décide de jouer avec son petit-fils aux jeux vidéo. Soit le jeu vidéo n’est pas toxique et il garde le secret, soit il est toxique et il en parle au père tout de suite.

«

Grand-parent, une 
deuxième chance d’être meilleur parent»

Quel grand-père souhaiteriez-vous être?
Exceptionnel! Je serai beaucoup mieux que père. Etre grand-père, c’est vivre un présent agréable et génial en utilisant ses ressources passées et sans préoccupation de l’avenir. C’est une chance! Les grands-parents ne sont pas directement responsables, les parents si. Etre grand-parent, c’est une deuxième chance d’être meilleur que ce qu’on a été parent.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez avec votre grand-mère?
Quand elle m’invitait à manger. Je devais aller sur le balcon couper du basilic. Ensuite, je le pilais avec de l’huile d’olive et des pignons de pin. Quelle responsabilité pour le petit garçon que j’étais! Et qu’est-ce que j’aimais ce plat!

* Marcel Rufo, «Grands-parents, à vous de jouer», Ed. Anne Carrière.

Propos recueillis par Joëlle Challandes


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Publication:
lundi 07.04.2014, 12:00 heure

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