Pour Franz Hüsler, il est impossible de faire un travail de qualité si l’on ne connaît pas l’amour du vin.

La tonnellerie, c’est tout un art

Si la Suisse compte encore trois tonneliers diplômés, un seul travaille en Suisse romande. Aujourd’hui, Franz Hüsler cherche quelqu’un à qui transmettre son savoir-faire.

Il suffit d’observer Franz Hüsler au travail pour réaliser que la profession allie la force du charpentier à la précision de l’ébéniste. «C’est un métier qui demande un caractère un peu spécial. Il faut être dur et fin à la fois. C’est clair, on tape fort, on forme le tonneau. Mais il faut aussi et surtout être précis. On ne peut pas travailler par à-coups car tant l’intérieur que l’extérieur sont importants.»
Quand il a quitté la Suisse centrale il y a plus de trente ans, Franz Hüsler s’était donné une année pour apprendre le français. Formé à l’Ecole de vin et de tonnelier de Wädenswil (ZH), il est arrivé dans le canton de Vaud, son CFC en poche. «Malheureusement, je n’ai presque rien appris durant la première année. Je suis arrivé chez un vigneron qui employait déjà plusieurs Suisses alémaniques. Mais, comme la région m’a tout de suite plu, j’ai décidé d’y rester.» Et d’y pratiquer son activité, d’abord en indépendant, puis aujourd’hui au sein de l’entreprise Volet à Saint-Légier (VD). «Jeune, j’ai profité des vacances scolaires pour faire des stages: charpentier, menuisier, cuisinier, électricien… Tonnelier est le seul travail qui m’a vraiment plu. Quand je suis sorti de l’école, je savais exactement ce que je voulais.» Avant d’ajouter, sourire malicieux aux lèvres: «Je viens du canton de Schwytz, c’est pour cela que je suis barbu!»

Le travail ne manque pas

A côté de lui, une série de barriques attend les soins du tonnelier. «J’assure surtout des travaux d’entretien. Raboter l’intérieur d’une barrique permet au vigneron de gagner une année ou deux. Ces temps, le travail ne manque pas. Un autre lot arrive la semaine prochaine.»
S’il ne fabrique plus que très peu de barriques, Franz Hüsler est le maître des tonneaux et des foudres dont s’enorgueillissent de nombreuses caves. «Là, je termine un 2400 litres et je suis en train de discuter avec une cave pour un 8000 litres. Mais ça, c’est vraiment exceptionnel. De nos jours, la viticulture s’est diversifiée avec de nombreuses spécialités. Et les foudres de 20 000 litres sont remplacés par de plus petits contenants. Les caves qui ont encore des cuves de 15 000 litres les gardent, mais ne les remplacent plus.»
Un tonneau restant au minimum un siècle dans une cave, Franz Hüsler est parfois appelé au chevet d’un centenaire. Une fois le diagnostic  posé, le soigneur procède au traitement. La fabrication d’un tonneau ovale reste cependant pour lui le summum. «Un tonneau rond, c’est plus facile car les douves sont toutes les mêmes. Faire un tonneau ovale comme on en voit dans les caves est nettement plus compliqué. Mais tout s’apprend. La tonnellerie, c’est 10% de calcul et 90% de savoir-faire.»
Le bruit du marteau n’empêche pas le tonnelier d’entendre son portable. Encore un vigneron qui a besoin de ses services. «J’aime ce contact avec les gens de la terre. J’ai des clients où je connais trois générations, bientôt quatre. Moi, ça me fait un plaisir monstre de revoir ces familles et de partager un bout de chemin. Je suis l’évolution du raisin avec le même intérêt que le vigneron.»

Assurer la relève

Le tonneau de bois cerclé de fer est une invention que l’on attribue aux Gaulois.
Au IXe siècle déjà, les tonneliers étaient réunis en corporation. L’apparition des cuves en inox a peu à peu pris le pas sur les foudres en bois. D’où la disparition progressive des tonneliers.
A 54 ans, Franz Hüsler cherche quelqu’un à qui transmettre ce savoir-faire ancestral. «Avant, il y avait des tonneliers dans tous les villages. Le tonnelier travaillait alors en symbiose avec le caviste. Ça ne se fait plus aujourd’hui et je le regrette.»
Pour Pierre Volet, patron de l’entreprise, l’idéal serait de trouver quelqu’un au bénéfice d’une formation de charpentier, de menuisier ou d’ébéniste. «On cherche la perle rare, un mordu, un passionné.
Qui a la connaissance du bois, mais aussi la passion de la vigne et du vin.»

Un cru onctueux

L’experte

Marie Linder, spécialiste en vin

Marie Linder, spécialiste en vin
Marie Linder, spécialiste en vin

Il supporte un séjour en cave.
En appellation Châteauneuf-du-Pape, depuis tout temps, les assemblages sont rois. C’est donc par tradition que le Château Mont-Redon allie savamment le grenache, la clairette, le bourboulenc, la roussanne et un soupçon de picpoul. La vendange mûrie sur un terrain constitué de gros galets qui emmagasinent la chaleur du soleil généreux de Provence, sera récoltée patiemment à la main. Élevé cinq mois sur lies fines, ce cru onctueux et structuré au palais, offre un bouquet de senteurs fleuries et miellées. Avec sa finale persistante sur des arômes citronnés, il sera l’allié d’une viande blanche, se sentira très bien au côté d’un poulet aux agrumes, ou séjournera sans autres deux à trois ans dans votre cave.

Le vin

Châteauneuf-du-Pape Château Mont-Redon Blanc AOC, 2012

Prix: 29 fr. 50/75 cl
Origine:
France
Région:
Côtes-du-Rhône
Cépage:
grenache, bourboulenc, clairette, roussanne, picpoul
Maturité:
2014-2018
Disponible:
dans les grands points de vente ou sur:

www.mondovino.ch
www.coopathome.ch
Anne-Marie Cuttat

Rédactrice

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
lundi 15.09.2014, 16:02 heure

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