Des champignons à perte de vue: coup d’œil dans les halles de production de «Wauwiler Champignons», dans l’arrière-pays lucernois.

La vision d’un producteur de champignons

En bordure du marais Wauwiler Moos (LU), un producteur de champignons mise sur l’avenir. Reportage.

Collecter l’eau de pluie, monter une installation photovoltaïque coûteuse sur le toit, participer financièrement à l’installation locale de production de biogaz… A-t-on vraiment besoin de toutes ces mesures écologiques pour produire des champignons? «On pourrait aussi faire sans, répond Roland
Vonarburg, patron de l’entreprise Wauwiler Champignons, dans l’arrière-pays lucernois. Ça nous reviendrait moins cher.»
Les champignons de culture poussent sur un substrat composté et pasteurisé de paille mélangée avec du fumier de cheval et de poule. Durant trois semaines, l’humidité et la température des locaux de production sont adaptées en permanence.

«

Nous devons laisser un monde vivable à nos descendants»

Des conditions requises pour que les champignons se développent à partir du mycélium, leur réseau racinaire. Puis, tout va très vite. «On récolte chaque jour 7000 kilos de champignons de Paris blancs ou bruns de diverses tailles», précise le producteur. Une partie est livrée le jour même aux magasins. Dont ceux de Coop, le principal acheteur de la champignonnière lucernoise.

Roland Vonarburg, qui emploie 96 personnes à plein temps, n’est pas vraiment un écolo pur et dur. On ne peut pas dire non plus qu’il pense à demain – sinon les 3 millions injectés dans ses projets écologiques l’auraient été en pure perte. Non, lui, il pense à après-demain, quand l’eau et l’électricité seront peut-être aussi précieuses que le pétrole aujourd’hui.

A cette vision s’ajoute ce qu’il considère être sa responsabilité pour l’environnement: «J’aime la nature et je pense qu’on doit laisser un monde vivable à nos descendants.»
Concrètement, il collabore avec l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEc), qui lui dispense ses conseils. Le résultat? Près des 40% de l’énergie consommée par l’entreprise proviennent du toit et de l’installation de biogaz. Ce qui représente une économie de CO2 de 120 tonnes par an.

De plus, l’équipe de nettoyage utilise de l’eau de pluie plutôt que l’eau potable du réseau. C’est aussi l’eau de pluie qui fait fonctionner les toilettes. En tout, 2,6 millions de litres d’eau potable économisés chaque année.
L’installation de production de biogaz se trouve à un jet de pierre de la champignonnière. «En utilisant cette chaleur, on économise 70 000 litres de mazout de chauffage par an, souligne le patron, et les quelque 3800 m2 de panneaux photovoltaïques couvrent près de la moitié des besoins
de l’entreprise en électricité.»

En traversant les halles de production, on est saisi par l’odeur intense des champignons mûrs. L’estomac se met à gargouiller et on a l’eau à la bouche. A la question de savoir pourquoi il n’a pas converti son entreprise en exploitation biologique plus tôt, Roland Vonarburg évoque une raison simple: «Il n’y a pas assez de fournisseurs de substrat à base de crottin de cheval bio.»

«Ménager les ressources»

Les fournisseurs de Coop doivent satisfaire à certaines exigences.

Coopération. Qu’est-ce qui compte pour Coop à l’achat de fruits et légumes?
Daniele D’Addio. Le développement durable est un critère d’évaluation de plus en plus important aux yeux des fournisseurs. Pour Coop, les points importants sont: le type de production, les critères sociaux – comme les conditions de travail, la durée du travail ou un salaire équitable –, la gestion de l’eau, le type de chauffage ainsi que la longueur et les moyens de transport.

Pourquoi ces critères?
Il s’agit de ménager les ressources. A la suite de l’intervention de Coop, de nombreux producteurs ont reconnu les signes des temps. Ils utilisent des sources d’énergie alternatives judicieusement et dans la mesure du possible. Il y a notamment les rejets de chaleur de la production, l’énergie solaire ou la géothermie.

Quel est l’avantage pour le client?
Il a la certitude d’acheter son produit chez un détaillant qui cherche en permanence à faire le maximum pour ses clients et l’environnement.

Champignons

Une provenance suisse autant que possible

Coop achète pratiquement tous ses champignons (sauf les champignons bio) à des producteurs suisses. Elle accorde une très grande importance aux provenances régionales, pour raccourcir les distances de transport. A part les champignons de Paris, de nombreux champignons viennent de Suisse autant que possible, comme les pleurotes bio, les pleurotes du panicaut bio ou les shiitakés bio. Cependant, la production indigène ne suffit pas durant les périodes de forte demande.

Franz Bamert

Rédacteur

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Publication:
mardi 07.01.2014, 07:00 heure