Le pêcheur Hans-Ueli Zwimpfer dans son bateau sur le lac de Sempach. Il est à la tête de l’entreprise que gère sa famille depuis treize générations.

Lac de Sempach: La féra sera là

Poisson indigène Pour assurer la production de féras dans le lac de Sempach, des pêcheurs veillent à son empoissonnement. Reportage avec l’un d’eux, passionné par son métier.

Avec son collègue, Fritz Hostettler, en train de sortir des alevins dans l’écloserie.

Avec son collègue, Fritz Hostettler, en train de sortir des alevins dans l’écloserie.
Avec son collègue, Fritz Hostettler, en train de sortir des alevins dans l’écloserie.

Il m’arrive assez souvent de pêcher un poisson rouge, parfois aussi des carpes koï, révèle Hans-Ueli Zwimpfer, pêcheur professionnel de 34 ans. Ces poissons ont été rejetés dans l’eau par des propriétaires peu scrupuleux.» Au printemps, lui aussi relâche des poissons dans le lac de Sempach, dans le canton de Lucerne. Mais pas pour les abandonner. Au contraire. Il a passé des mois à s’en occuper, avec ferveur. «On ne peut pas simplement prélever des poissons dans le lac et s’arrêter là», explique le trentenaire, aujourd’hui à la tête de l’entreprise que dirige sa famille depuis treize générations. «Si nous ne faisions pas d’élevage, les réserves seraient vite épuisées.»

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Des épingles? Non, des poissons!

Le cas du lac de Sempach est un cas sensible. En effet, s’il s’est bien remis de l’hécatombe de 1984 qui avait décimé sa population de poissons, il souffre encore cruellement d’un manque d’oxygène à 10 – 15 mètres de profondeur, là où justement se trouvent les frayères des féras. Aucune chance donc que les poissons se reproduisent.
Deux autres pêcheurs professionnels, de Sursee et d’Oberkirch, relâchent donc aussi chaque printemps des millions de bébés poissons dans le lac. Mais peut-on vraiment parler de poissons? Lorsque les féras à peines écloses rejoignent les eaux du lac, elles ne mesurent que quelques millimètres et sont presque transparentes. Elles ressemblent davantage à des épingles qu’à des poissons… «Les huit premières semaines sont décisives. Elles  doivent trouver suffisamment de plancton pour se nourrir», précise Hans-Ueli Zwimpfer.
Il déverse de pleins seaux d’alevins dans le lac. «C’est toujours un très beau moment», commente-t-il, ému, en baissant les yeux sur la nuée de poissons qui s’est formée autour de l’embarcation.

«

C’est toujours un beau moment de lâcher les alevins dans le lac»

Hans-Ueli Zwimpfer, pêcheur professionnel

Nurserie aquatique

Des liens quasi intimes se sont en effet créés entre le pêcheur et les poissons. En décembre et en janvier, il procède à l’extraction manuelle des œufs des femelles et de la laitance des mâles. Dans l’écloserie, les œufs sont placés dans des bocaux spéciaux en verre. Ils y resteront plus de deux mois. «Les œufs ont besoin de beaucoup d’oxygène pour se développer», explique notre pêcheur. C’est pourquoi les bocaux sont alimentés en permanence avec de l’eau fraîche du lac dont la température ne dépasse pas les 4 à 7 °C.»
Les premières semaines, Hans-Ueli Zwimpfer doit régulièrement intervenir, armé d’une plume de cygne, pour faire remonter les œufs très collants qui restent agglutinés au fond du bocal. «Il faut sans cesse surveiller ce qui se passe. Les œufs morts ou non fécondés doivent être éliminés, sinon des champignons risquent de se développer.» Sitôt sortis de l’œuf, les jeunes poissons rejoignent le lac. La dernière génération reste toutefois toujours un peu plus longtemps sous la garde du pêcheur professionnel. Nourries au plancton dans des bassins, les jeunes féras ne sont libérées dans le lac qu’après avoir atteint 2,5 à 3 cm de longueur. Leurs chances de survie sont alors plus grandes. Mais notre aquaculteur ne pourrait appliquer cette méthode à tous ses «petits»: il ne dispose ni du temps ni de l’espace nécessaires.

Les œufs morts ou non fécondés doivent être éliminés.

Seule une minorité survivra

Cette année, Hans-Ueli Zwimpfer s’apprête à relâcher 15 millions de féras. «Cela ne veut pas dire que j’en pêcherai autant à l’arrivée. Il y a plein de facteurs qui sont déterminants pour la survie des poissons: la météo, la température, la nourriture disponible, les prédateurs…» Lorsque tout se passe bien, 1 à 2% seulement des féras relâchées cette année pourront être pêchées dans quatre ans. «Mais les mauvaises années sont fréquentes.»
Exemple: en 2008, seulement 27 tonnes de féras ont été pêchées dans le lac de Sempach alors que les volumes prélevés dans ce même lac peuvent atteindre de 50 à 80 tonnes, lors d’une année standard! Un coup dur pour les pêcheurs professionnels suisses qui tirent 90% de leurs revenus des féras.

Les eaux de la liberté: les jeunes poissons rejoignent les eaux du lac tout en douceur.

Les cormorans ont aussi leur part

Hans-Ueli Zwimpfer considère que les mauvaises années sont aussi un coup dur pour les clients. «Ça me fait toujours de la peine de décevoir quelqu’un qui s’était fait une joie de déguster un filet de féra tout frais pêché.»
Lui-même consomme bien sûr aussi son poisson. Mais pas tous les jours. «J’aime aussi manger de temps à autre un beau morceau de viande», avoue-t-il en ayant presque l’air de s’excuser.

«

Les huit premières semaines sont capitales »

Hans-Ueli Zwimpfer, pêcheur de la 13e génération

Le pêcheur est aussi un amoureux de la nature. Il approuve de ce fait les mesures qui lui imposent de veiller, lors des lâchers de féras, à ce que les
poissons des différents lacs ayant un patrimoine génétique différent ne soient pas mélangés. Il éprouve même une certaine admiration pour le cormoran, considéré par la plupart des pêcheurs comme le pire concurrent. «Bien sûr, quand 600 individus vivent autour du lac, comme c’était le cas l’automne dernier, ils mangent pas mal de nos poissons.»
Les estimations les plus modestes chiffrent les quantités prélevées par les oiseaux à 27 tonnes. «Les bonnes années, on peut facilement encaisser le coup. Mais les mauvaises, lorsque nous enregistrons nous-mêmes des pertes, c’est difficile.»

Alevinage

Féras mises à l’eau dans les lacs suisses

Seulement 1 à 2% des féras mises à l’eau atteignent l’âge de 4 ans, soit l’âge de reproduction. Nombreuses seront celles qui finiront dans l’estomac d’un poisson ou d’un oiseau. Source: Office fédéral de l’environnement

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Photo:
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Publication:
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