Laetitia Dosch dans le petit deux-pièces qu’elle habite sous les toits, au centre de Paris – 19 janvier 2015.

Laetitia Dosch: «Être actrice, pour recréer du vivant»

Rencontre Laetitia Dosch, la comédienne franco-suisse, prépare à Paris un one-woman-show en hommage à la magnifique humoriste jurassienne Zouc.

«

J’ai rencontré un comédien dans la rue, on est tombé amoureux et je l’ai suivi. Voilà!»

Depuis quand habitez-vous dans cet appartement parisien de carte postale?
Un an! En changeant de vie amoureuse, j’ai dû réduire mon espace vital. Mais je ne suis pas souvent chez moi. Je suis sans cesse sur les routes. Actuellement, en tournée avec la pièce de Shakespeare, La Mégère apprivoisée, où j’interprète la Mégère. Avant, j’ai été en tournage pour Maïwenn, Catherine Corsini puis Christophe Honoré. Il m’a distribuée dans son adaptation des Malheurs de Sophie, où je joue sa bonne souffre-douleur.

Sans compter que vous êtes en résidence au Centre culturel suisse de Paris pour la préparation de votre troisième spectacle.
Le Centre culturel suisse est très gentil avec moi. J’y ai rencontré des personnes qui s’intéressent à mon travail d’actrice jusqu’au-boutiste. Oui, comme Zouc à qui je voue une grande admiration, j’essaie de pousser l’interprétation des personnages jusqu’à l’outrance s’il le faut. Actuellement, je prépare un spectacle en hommage à Zouc, à «son alboum» dans lequel je vais croquer une galerie de personnages qui font partie de ma biographie. Mon grand-père par exemple, très en colère lorsque je ne comprenais pas ses explications de mathématiques.

Pourquoi êtes-vous devenue comédienne?
J’ai d’abord fait une licence d’anglais avec le projet de devenir traductrice. Et j’ai changé de voie au détour d’un hasard de la vie. J’ai rencontré un comédien dans la rue, on est tombé amoureux et je l’ai suivi. Voilà! Je me suis formée dans plusieurs cours de théâtre à Paris, mais surtout à la Manufacture de Lausanne où j’ai trouvé un enseignement souvent expérimental qui me convenait parfaitement. Il y avait là une liberté de ton, de possibilités extraordinaires.

Le flacon de sa grand-mère

Qu’est-ce qu’un enseignement expérimental?
Il y avait beaucoup d’improvisations, de travail sur le corps. Un professeur pouvait nous demander par exemple de rejouer une scène après avoir bu un peu d’alcool pour mesurer notre inhibition, ou de la rejouer nus pour évaluer notre rapport à notre corps. C’était très créatif.

Que représente Zouc pour vous?
Une artiste magnifique. Elle avait une capacité inouïe à débusquer chez les êtres le détail qui les rend si vivants. On a souvent tendance à considérer les acteurs comme des coquilles vides, des pantins qui n’auraient que la valeur que leur donnent les metteurs en scène ou réalisateurs. C’est faux. En tout cas, je n’envisage pas ce métier ainsi. Je me sens une artiste qui essaie de recréer du vivant. Pour mes spectacles personnels, je me nourris des gens que je rencontre et qui me touchent afin de les restituer de la manière la plus vraisemblable. J’essaie de retrouver le regard de Zouc sur les êtres.

Qui verra-t-on dans votre «Album» alors?
Ma grand-mère dans ses derniers moments, quand son regard se vitrifiait, ma mère dans son registre de femme qui assure, une femme rencontrée dans un hôpital qui m’expliquait que tout allait bien pour elle, tout en se frottant le front avec le même geste répétitif. Je suis touchée par les décalages entre le langage et le corps qui coexistent chez les êtres. C’est là qu’on décèle leur vérité.

La chaussure d’un personnage de son premier spectacle

Vous avez créé un cabaret de la femme à barbe. Vous aimez lever les stéréotypes?
Je revendique en tout cas l’idée qu’on ne soit pas enfermé dans son enveloppe corporelle. Or, à travers les rôles qu’on me propose, je réalise combien les femmes sont encore enfermées dans les stéréotypes. On me dit parfois: «Sois plus femme, plus sensuelle», comme si telle que je suis, je n’étais pas femme. Ne serais-je pas une femme dans un corps de bébé?

Connaissez-vous la Suisse?
Je suis Franco-Suisse, par mon grand-père paternel, mais je n’ai jamais vécu en Suisse avant l’épisode de la Manufacture. J’ai vécu quatre ans à Lausanne mais j’étais plus souvent dans le théâtre que dans les paysages suisses. Tout de même, un jour, je suis partie à la découverte du village natal de mon grand-père dans les Grisons. Et là, surprise: j’ai rencontré plein de gens qui portaient le même patronyme que moi. Ainsi Dosch n’était pas rare, comme je l’avais toujours imaginé.

Comment vous voyez-vous dans dix ans?
J’aimerais avoir un enfant, vivre hors de Paris, travailler moins. Le temps passe vite, on ne s’en rend pas compte. Je considérerais ma vie comme un échec si je n’avais pas d’enfant. J’ai envie de tenter l’aventure de la maternité.

Les lieux où vous vous sentez bien?
Sur un sentier de montagne où j’aime marcher ou dans les rues de Paris quand il pleut avec un baladeur vissé dans les oreilles.

4 dates dans les années d’une comédienne

1980 Elle naît à Paris. Nationalité française et suisse, son grand-père paternel est Grison.

2004 Elle quitte les Cours Florent de Paris pour ceux de la Manufacture à Lausanne.

2013 Pré-nominée aux Césars pour son premier rôle dans le long métrage «La Bataille de Solférino».

2015 Juin: au Centre culturel suisse de Paris, elle créera «Un Album», hommage à Zouc.

www.ccsparis.com

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 26.01.2015, 10:00 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?