Les Samis vivent aux côtés des rennes depuis des siècles. Les rennes sont leur bien le plus précieux qui soit; d’autant qu’ils constituent toujours une alternative à la monnaie classique.

Laponie authentique: le peuple sami

Voyage Lorsque l’hiver tire à sa fin, la nature lapone sort de sa léthargie. Moment idéal pour s’enrichir de la culture des Samis liée depuis des siècles à l’élevage de rennes.

Nils-Heikki Paltto, 29 ans, est éleveur de rennes et guide dans le parc national du Lemmenjoki au Nord de la Norvège. Il est aussi un chanteur Joik. Ce type de chants raconte la vie de la tribu des Samis dans les forêts norvégiennes. Ici, il parle d'une traversée de la forêt avec son fils et à quel point la nature est belle. Les chants Joik ont été interdit pendant 300 ans. Ce n'est que depuis les années 70 qu'ils sont à nouveau autorisés.

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Henrik Sevä lance un regard irrité. «On ne demande jamais cela à un Sami!», répond-il à l’hôte qui l’a questionné sur le nombre de rennes en sa possession. «C’est comme si je te demandais combien d’argent tu as!» Mais l’homme de 66 ans retrouve aussitôt le sourire en s’amusant de la maladresse du touriste. «Ici, dans le Nord, les rennes constituent le bien le plus précieux qui soit. Nous vivons ensemble depuis des siècles et nous continuons encore à le faire aujourd’hui», explique-t-il. Et de préciser: «Les animaux constituent toujours une alternative à la monnaie classique. Les rennes ont toujours été l’une de nos principales raisons de vivre.»

Nous nous trouvons tout au nord de l’Europe, dans la partie suédoise de la Laponie, non loin du petit village de Rajamaa. Nous sommes assis avec Henrik dans un lavvù, une tente traditionnelle, constituée de perches disposées en cercle, en forme de rotonde. Elle est désormais recouverte d’une toile de bâche classique, remplaçant les fourrures de rennes utilisées autrefois.

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Nous voyageons plusieurs mois par année avec nos rennes»

Henrik Sevä (66 ans), gardien de rennes

Les rennes montrent le chemin

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«J’étais gardien de rennes et je me suis toujours déplacé avec mes bêtes», raconte Henrik au coin du feu, tout en sirotant son café noir brûlant qu’il vient de préparer. «Avec mes collègues et les rennes, nous parcourons les forêts et les tunturis», raconte-t-il. Ce dernier terme désigne des montagnes arrondies presque dénuées d’arbres s’élevant dans le Nord à proximité des zones boisées. «Nous voyageons ainsi pendant plusieurs mois, nous marquons les bêtes et n’abattons que celles dont nous avons besoin. Au printemps, nous les laissons à nouveau en liberté dans les forêts.»

Les frontières officielles ne signifient pas grand-chose pour les Samis, leurs terres s’étendant depuis le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande jusqu’à la presqu’île de Kola, en territoire russe. «Nous ne décidons pas de la direction que prennent nos rennes. Ils choisissent eux-mêmes leur chemin depuis des millénaires, en des temps où aucun homme n’était encore présent si haut dans le Nord», déclare Henrik Sevä. Il déplore que ni la Suède ni la Finlande n’aient encore reconnu les droits fondamentaux des Samis, par exemple en matière de propriété foncière. «Ce serait pour moi un formidable cadeau si cela pouvait avoir lieu de mon vivant.»

Tout chez Henrik Sevä reflète la vie au sein d’une nature des plus rudes. Sa peau est tannée et ridée, ses mains sont calleuses et sa démarche légèrement voûtée. Le Sami est cependant très fier de son histoire, de son peuple et de sa culture, qu’il a décidé de faire partager davantage aux touristes.

«La garde des rennes, que nous pratiquons depuis des siècles, menace de disparaître, explique-t-il. Nous sommes de moins en moins nombreux à parler notre langue. Les jeunes préfèrent aller vivre en ville et l’alimentation des rennes est de plus en plus menacée par le changement climatique.» Henrik souhaite à tout prix préserver la culture de son peuple. Il existe encore aujourd’hui entre 70  000 et 100  000 Samis.

Le «lavvù» est une tente traditionnelle constituée de perches disposées en cercle, en forme de rotonde.

Pérenniser une culture

En été, ce sont principalement des Finlandais et des Suédois venus du sud qu’il convie sous sa tente et auxquels il raconte la vie quotidienne des Samis. Il apprend également à ses visiteurs le maniement du lasso. Ce nouveau travail est très important à ses yeux: «Nombreux sont ceux, au sud de la Scandinavie, qui ne savent même plus que nous existons!», affirme-t-il.

Pour de nombreux habitants d’Europe centrale, la Laponie constitue essentiellement une destination touristique hivernale. Ce que la plupart ignorent, cependant, c’est qu’une fois la neige fondue, le flux des touristes envahissant par milliers la région de décembre à mars à skis, motoneiges et traîneaux à chiens, y disparaît aussi vite que les paysages glacés. Des stations de ski comme Levi ou Luosto en Finlande, où le temps s’égrène toujours un peu plus lentement, sombrent dans un profond sommeil au printemps – laissant alors leurs habitants à nouveau entre eux.

Les meilleures conditions sont alors réunies pour découvrir une nature unique et quasiment dénuée de toute présence humaine. Comme à Rauhala en Finlande, à seulement une bonne demi-heure en voiture de l’aéroport de Kittilä. Sur les rives du lac pittoresque Jerisjärvi sont disséminées quelques maisons dans des forêts de bouleaux. Anna et Lauri Temmes vivent dans l’une d’elles. Le couple a transformé quelques cabanes en rondins en petits chalets luxueux – bien sûr équipés de sauna et d’un accès direct au lac – qu’ils louent aux vacanciers.

La nature, rien de plus

Lauri (50 ans) connaît la région qui environne le lac comme sa poche. «Lorsque j’étais petit, il n’y avait rien à faire ici, nous raconte-t-il en souriant. Il n’y avait pas de cinéma, pas de théâtre, et une seule chaîne de télévision. Nous passions donc beaucoup de temps à explorer la nature.» Il a ainsi commencé à travailler assez jeune comme guide.

Aujourd’hui, il a chaussé ses bottes en caoutchouc et navigue sur le lac à bord de son bateau. Lauri pêche et part également sur l’une des petites îles en quête de canneberges. «Ces fruits rouges dorés sont considérés chez nous comme les reines des baies», s’enthousiasme le Finlandais aux larges épaules et à la voix grave. «Très riches en vitamine C, elles sont un véritable régal en confiture avec de la viande de renne!»

C’est du côté finlandais de la Laponie, sur le lac Jerisjärvi, que Lauri Temmes (50 ans) pratique la pêche. Des petits chalets en bois sont proposés aux locaux ou aux touristes de passage pour profiter de la quiétude des lieux.

Grillades en plein air

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Sur le petit îlot, dont le calme n’est que rarement dérangé, Lauri récolte une grande quantité de canneberges. À proximité d’une dense forêt de bouleaux, de nombreuses branches mortes parsèment le sol au pied d’un majestueux saule. Tout près, un renne sauvage traverse les buissons. «Pour moi, c’est là que pousse la forêt nordique originelle!», s’enflamme-t-il. Il est vrai qu’ici, il n’y a aucun signe visible ou audible de civilisation: la communion avec la nature est totale.

Entre-temps, Anna a déjà fait un feu au bord du lac et effectué tout le nécessaire à la préparation des poissons pêchés par Lauri. Elle vide tout d’abord l’omble et le cabillaud. «Je place les poissons assaisonnés d’une pointe de sel et d’herbes dans une boîte métallique que j’enfouis ensuite tout simplement sous la braise», révèle-t-elle, tout en sortant le dessert d’un carton: un savoureux gâteau aux myrtilles qu’elle a concocté peu de temps avant. Les grillades en plein air sont un véritable sport national pour les Finlandais.

Et pour ceux qui préfèrent une activité un peu plus dynamique, le parc national de Pallas-Yllästunturi, à partir de la rive opposée, offre un gigantesque réseau de chemins de randonnée parfaitement aménagés et balisés qui permettent d’explorer à loisir le paysage typique des tunturis. Les rochers recouverts de lichen sont particulièrement beaux, tout comme les petits arbustes qui, caressés par le vent, semblent littéralement ramper au sol. Sans oublier le panorama du lac Jerisjärvi, dans lequel se reflète par beau temps le ciel d’un bleu profond constellé de nuages moutonneux.

Et si vous craignez de ne pas avoir assez de temps pour profiter des nombreuses autres activités comme le kayak ou le canoë, les promenades à vélo ou des amples propositions de sauna, pas de panique: ici, il fait jour 24 heures sur 24!

Ce voyage a été réalisé à l’invitation de Kontiki.

Pour un séjour atypique 

Kontiki est spécialisé dans les voyages vers les pays nordiques. Vous pouvez réserver des vacances en maison rustique à Rauhala aussi bien en hiver qu’entre fin avril et fin septembre. Du 9 juin au 18 août, des vols réguliers Kontiki relient, tous les samedis, Zurich à Kittilä en aller-retour. En juin et juillet sont organisées des semaines actives au départ de Rajamaa à travers la Laponie authentique.

Toutes les informations sur Kontiki

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Conseils des vacances d’été en Laponie

Météo: les étés sont parfois plus chauds que l’on imagine et la température peut alors atteindre les 30 °C. Prévoyez en général des températures moyennes supérieures à 20 °C. N’oubliez donc pas de vous protéger du soleil (accessoires/vêtements et crème solaire).

Moustiques: dans certaines régions, en particulier jusqu’à la mi/fin juillet, les moustiques pullulent, alors qu’ils sont totalement absents dans d’autres. Il est cependant impossible de le prévoir avec précision. Les moustiques sont inoffensifs. Vous pouvez vous procurer des antimoustiques sur place dans la plupart des commerces.

Sauna: le sauna est incontournable! Une invitation à suer en commun, reçue d’un Finlandais ou d’un Suédois, est un honneur qu’on ne saurait refuser. Si les autochtones ont une approche plus naturelle que nous de la nudité, ils sauront cependant se montrer tout à fait compréhensifs si vous préférez vous draper d’une serviette de bain.

Markus Kohler
texte:
Markus Kohler
Photo:
Oliver Ritz, Fotolia; carte Rich Weber
Publication:
mardi 20.02.2018, 14:33 heure



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