Derrière 
la voix de 
la Canado-Belge, il y a un travail technique 
et personnel.

«Je n’ai jamais pu guérir du trac»

Chanson Les années ne semblent pas avoir d’emprise sur elle. Son nouvel album, très moderne, sort ce vendredi. Elle se produira à Zurich au printemps.

En escale à Zurich, elle nous a donné rendez-vous dans un hôtel avant de partir pour Bregenz (Autriche). Plutôt discrète ces dernières années, elle revient avec Camouflage, un album en anglais dont elle a signé les textes.

Vous voici plus Rihanna que Céline Dion avec les sonorités électro-pop de ce disque!
Effectivement, c’est nouveau pour moi. J’avais envie d’être en vibration avec l’époque qu’on traverse. Le côté merveilleux de la vie d’artiste est qu’il permet de passer d’un désir à l’autre en fonction de ce qu’il veut raconter.

Pourquoi revenir à l’anglais?
J’ai toujours chanté dans différentes langues. L’anglais est quelque chose de naturel qui me rapproche de mes origines: mon grand-père était Américain. Ma langue maternelle, c’est l’italien. Mais jusqu’ici, je n’ai pas ressenti le besoin d’écrire en italien.

On chante la même chose dans différentes langues?
Non, bien sûr, la musicalité est vraiment distincte et propose des sonorités différentes. L’anglais va bien avec les sonorités électro-pop de cet album. Je voulais travailler avec le producteur Moh Denebi car j’aime ce qu’il fait.

L’émotion sur scène se vit-elle différemment selon la langue?
Cela se passe toujours en accord avec ce qui circule dans une salle, chaque émotion est différente.

Si vous sentez le public peu réceptif, avez-vous une marge de manœuvre?
Je vais essayer de donner plus. Cela arrive de se trouver face à une salle un peu froide. Je crois que c’est notre devoir d’artiste de s’impliquer plus, de ne pas abandonner.

Son tube actuel « Growing wings »

«

J’ai appris à être moins carrée et à privilégier la sensation du moment »

On dit que le public suisse est assez froid…
Il est un peu comme les Belges. Il est réservé, mais ça ne me déstabilise pas. Quand il vous aime, il est particulièrement chaleureux.

On vous a critiquée pour avoir chanté en Russie et dans des dictatures…
J’ai refusé d’aller chanter en Ouzbékistan pour les raisons que vous pouvez imaginer. Après, moi je ne fais pas de politique. Je chante pour les gens, des chansons qui défendent les droits humains. Ce qui se passe dans certains pays est intolérable. Mais le public qui vit cet antagonisme a droit à la musique.

Vous vous voyez comme quelqu’un qui vient leur taper sur l’épaule?
Je me vois comme une fille qui transmet ses propres valeurs, et dans cette transmission, il y a une unité de partage, on est une seule et même chose.

Son plus grand tube: « Je t’aime »

Comment prépare-t-on une tournée?
Cette fois-ci, on va traduire l’univers de Camouflage sur scène, dans la modernité, dans les visuels, dans l’éclairage. On choisit d’abord l’équipe, les musiciens, les techniciens. On définit une liste de chansons. Après, je peux varier, quand je sais qu’un public est plus sensible à de petites choses.

Et personnellement?
Cela se fait par étapes. Je mange correctement, je fais attention à moi, je dors suffisamment. C’est un engagement physique réel: tous les soirs un concert, parfois trois, quatre pays en une semaine. C’est prenant.

Cela donne le tournis. Vous n’avez pas d’appréhension avant de partir en tournée?
Heureusement non, le jour où je soupirerai à l’idée de donner cinquante con-certs de suite, il faudra que je change de métier! (rires) Ce n’est pas bon de monter sur scène avec cet état d’esprit et ce n’est pas nourrissant pour les gens. Il y a toujours de nouvelles choses. Je vais aller dans des villes que je n’ai encore jamais visitées: Hanovre, Franc-fort, Barcelone, Zurich, Vienne… Mais oui, je serai fatiguée après, je vous le concède.

Vous avez le trac?
Oui, terrible, je n’ai jamais pu guérir du trac. Il me faut deux à trois chansons avant d’entrer dans l’espace, surtout si le public est peu réceptif. Est-ce que je vais répondre à ses attentes et est-ce que tout va être en place ce soir?

Avez-vous un rituel avant de monter sur scène?
Je travaille les vocalises et je revois quelques textes de chansons. Avec l’équipe, on se touche les pouces pour se connecter.

Et après le concert?
J’aime bien aller directement dans la prochaine ville, et avoir une ou deux heures le lendemain pour la visiter.

Comment organisez-vous votre vie de famille durant une tournée?
Mon compagnon et ma fille m’accompagnent sur une partie de la tournée, mais je ne laisse jamais passer plus de deux semaines sans qu’on puisse se voir. C’est le maximum que je tienne, après je commence à me languir. On se téléphone beaucoup avec Skype ou Whatsapp…

Comment décompressez-vous quand vous êtes à la maison?
J’adore cuisiner, je le fais beaucoup avec Lou, ma fille de 10 ans. Je rencontre des amis, je fais du yoga avec une prof que j’adore. J’aime ne pas devoir faire une valise, être en silence, avoir une vie tout ce qu’il y a de plus normal.

Un grand souvenir: « Tout »

Qu’est-ce que vous cuisinez?
J’adore l’héritage de ma maman, la nourriture italienne, du sud au nord. Je suis une grande mangeuse de fruits et légumes donc je fais des recettes en conséquence. Après celle de ma mère, la cuisine japonaise est ma préférée.

Et en tournée?
Je mange comme une sportive: protéines et légumes, à heures fixes. Deux heures avant le concert un hydrate de carbone complexe.

Et vous faites aussi du yoga sur le tour?
Oui, bien sûr, par Skype avec ma prof. Je privilégie toujours la sensation du moment: j’ai besoin de dormir, je dors. J’ai besoin de faire des vocalises, je fais deux heures en technique pure. J’ai envie d’aller marcher, j’y vais. Je ne suis pas routinière.

Avez-vous dû apprendre à écouter vos besoins?
J’ai appris que j’étais parfois trop carrée, trop rigoureuse. Si mon corps a besoin de se reposer ce jour-là, je dois me dire que ce n’est pas grave de ne faire que vingt minutes de yoga. À la place, je vais me promener ou lire.

Qu’est-ce que vous lisez?
Plein de choses! Je viens de télécharger sur ma liseuse le livre d’Amy Poehler, la fille de Saturday Night Live: Yes Please. Elle parle de sa vie de comédienne, scénariste et auteure de sketches. Elle me fait mourir de rire. J’ai aussi mes ouvrages préférés que je relis régulièrement, tels que Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tolle que j’ai toujours avec moi. Mon manager m’a offert les livres du moine bouddhiste Thich Nhat Hanh: des lectures courtes, apaisantes. J’aime les choses qui me vident l’esprit.

Vous chantez aussi pour vous vider l’esprit?
Je fredonne tout le temps. Ma mère m’appelait «le mal de tête qui marche» (rires). Quand j’étais petite, ça pouvait être agaçant, je chantais tout le temps.

Qu’est-ce que vous aimez fredonner par exemple?
En ce moment, je chante du Tiziano Ferro. Je suis fan de ce garçon. J’écoute en boucle son duo avec Carmen Consoli Il conforto, sur le fait d’être loin de chez soi quand on travaille entre Los Angeles et Catania, la ville de ma mère. Ça me parle.

En quoi vous croyez?
C’est une question très personnelle (elle réfléchit). Je crois en quelque chose qui n’est ni quantifiable ni explicable, qui ne propose aucun dogme ou limitation de l’être, qui nous unit. Parfois cela nous dépasse car notre éducation ne le permet pas. Je crois dans le dépassement de cette limite, pour pouvoir rencontrer l’autre avec autant de simplicité qu’on peut l’aimer.

Chanteuse depuis trente ans

La chanteuse n’était encore jamais venue à Zurich. 

Lara Fabian (47 ans) a grandi au pied de l’Etna et en Belgique avant de s’installer au Canada à 20 ans. Elle est repérée à l’Eurovision 1988 où elle se classe 4 derrière une certaine Céline Dion, à qui on la compare souvent. Sa carrière décolle avec la publication du single «Si tu m’aimes». S’ensuivent des tubes qui ont marqué une génération: «Je t’aime», «Tout», «J’y crois encore»… Après un premier album en anglais en 2004, elle sort, ce vendredi, «Camouflage» un nouvel opus dans la langue de Shakespeare. Elle sera en concert à Zurich au printemps. 

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Christoph Kaminski
Publication:
lundi 02.10.2017, 13:15 heure



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