Laurent Voulzy (ici au Zénith, à Paris): «Dans un concert, soudain, tout le monde vibre à la même fréquence. Et on se sent tous unis.»

«Je cherche l’émotion absolue»

Laurent Voulzy Avec «Belem», son nouvel album, il réalise un rêve: celui de rendre hommage aux sonorités et aux rythmes brésiliens qui l’inspirent. Rencontre.

Même s’il est d’un naturel spontané et gentil, «Je vous fais la bise», Laurent Voulzy est content que son après-midi de promotion s’achève… Les rendez-vous s’enchaînent depuis le matin sur une péniche amarrée à Paris près de l’île de la Cité et il a du mal à cacher sa fatigue. À peine le temps d’avaler un petit four entre deux interviews, de jeter un œil sur son portable, que le ballet des questions recommence. Un rythme difficile pour qui n’a pas suffisamment dormi – «J’ai ouvert un bouquin qui m’a tenu éveillé la moitié de la nuit» – et enchaîne beaucoup de défis depuis des mois: tournée avec Alain Souchon, enregistrement d’un album au Brésil puis mixage à chaud pour la sortie de Belem à la rentrée. «Ça me plaît que vous soyez de la presse écrite. Les télés me stressent; il faut maîtriser trop de paramètres: être rapide, percutant, avoir une bonne tête.» Puis sans transition, après avoir ingurgité une gorgée de café, ce compliment: «J’aime bien la robe que vous portez. Le drapé sur le devant est très joli. Je suis sensible à la coupe des vêtements.»

Votre goût pour les belles chemises et les petits gilets le laissait supposer…
Parfois je m’habille comme un gueux. Je suis tellement absorbé par mon travail que j’enfile les premiers vêtements que je trouve. Mais oui, j’adore les gilets. J’en achète en Angleterre où je vis la moitié du temps, et j’en fais confectionner par une couturière. C’est mon petit luxe. Cela dit, en ce moment, le choix des gilets est restreint. J’ai grossi pendant l’été.

Vous êtes gourmand?
Je suis pire que gourmand, c’est mon drame. Si je me laissais aller, je mangerais tous les petits fours qui sont sur la table, là-bas! Pour garder une ligne à peu près correcte, je suis obligé de faire attention, tout le temps. Il faudrait que je bouge plus pour compenser mes excès de gourmandises. Que je marche le long de la Marne, près d’où je vis quand je suis en France. Il n’y a que lorsque je suis en tournée que j’arrive à me maintenir et même à perdre un peu de poids.

Ferez-vous une tournée avec cet album, «Belem»?
D’abord, j’ai pensé que non. Et maintenant que le disque est fini, j’ai très envie d’aller le partager avec le public. J’aime les tournées. Dans notre société qui manque d’idéal, les concerts apportent de la verticalité. Soudain, pendant un moment tout le monde vibre à la même fréquence. Et on se sent unis, quel que soit le côté de la scène où l’on se trouve.

Que représente cet album, qui nous entraîne sur la plage, dans des sambas brésiliennes?
Enregistrer un disque au Brésil était un rêve qui s’est réalisé. La musique brésilienne, la pulsion particulière qu’elle initie est une grande source d’inspiration pour moi, depuis toujours. La chanson Le soleil donne est construite sur un tempo de samba. Le guitariste brésilien Baden Powell fait partie des artistes qui m’ont donné envie de devenir guitariste. Alors, quand Philippe Baden Powell, son fils, m’a expliqué que son projet de disque de reprise d’une dizaine de mes chansons en brésilien avait capoté, j’ai proposé de le faire moi-même. Je l’ai enregistré très vite.

Contrairement à vos habitudes de perfectionnisme, vous avez pris le risque de l’enregistrer en live sur la plage.
Je ne suis pas un perfectionniste, je cherche l’émotion absolue; elle passe par les mots et la musique mais aussi par des sons, des chœurs, des petits détails techniques. Quand je me suis retrouvé sur cette plage brésilienne devant la mer qui ondulait, à jouer des rythmes de guitare brésiliens dont je me suis nourri pendant des années, l’émotion était là. Immense. Il n’y avait plus qu’à tendre un micro.

Comment rester connecté à votre âme d’adolescent qui transparaît dans deux de vos chansons, «Timide» et «Quand le soleil se couche»?
Timide est une chanson que j’ai écrite à 17 ans et Quand le soleil se couche à 18 ans! Si j’ai eu envie de les reprendre pour ce disque, c’est parce qu’elles correspondent encore à quelque chose de vivace en moi. Je suis timide et romantique. Mais j’ai quand même voulu l’avis d’Alain (ndlr: Souchon). Il les a écoutées et m’a dit: «C’est naïf, c’est ado, mais c’est plein de charme.» 

Vous allez lever une nouvelle génération de jeunes filles fans de vous.
Je n’ai pas pensé à cela. Je ne suis pas un calculateur. Ce qui me motive quand je prépare un album, c’est l’émotion que je ressens. Je marche au feeling, pour tout.

La chanson «Belem» fait référence au célèbre trois-mâts, mais aussi à Bethléem… Que représente Bethléem?
C’est Alain qui a fait le lien avec cette référence. Cela ne me gêne pas qu’on y pense. Je l’assume. La dimension spirituelle est importante dans ma vie. J’ai une attirance pour ce qui nous pousse à la verticalité, au dépassement de nous-mêmes. À ce qui nous éloigne du profit immédiat.
L’égoïsme de certains humains me met en colère. Je ne comprends pas comment on peut prendre du plaisir à se goinfrer de milliards quand tant de gens sont démunis de tout, quand pour dégager toujours plus de profit, la nature est exploitée à l’excès.

Vous êtes engagé dans des associations qui luttent contre la précarité et pour une meilleure redistribution. D’où vous vient cette conscience humaniste?
De mon vécu d’enfant qui a connu des fins de mois difficiles. Notre mère faisait son possible pour nous nourrir moi et mes trois frères et sœurs, mais elle jonglait beaucoup. Plus tard, j’ai rencontré une personne qui a été fondamentale dans ma prise de conscience de la misère et de la mauvaise redistribution des richesses: le père Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde. À son contact, j’ai vécu des expériences humaines très fortes dont je suis sorti humble et grandi. Partager, penser à ceux qui n’ont rien est devenu pour moi une valeur fondamentale.

Quand vous ne travaillez pas?
Je lis beaucoup, sur des sujets qui me passionnent: le Moyen Âge, la mystique, la science. Mon attirance pour ces sujets ne faiblit pas. Cela fait des années que cela me tient éveillé la nuit.
J’aime aussi rencontrer des gens. Aider de jeunes artistes. J’aimerais beaucoup développer une idée qui me tient à cœur: demander aux radios de diffuser chaque jour, à une heure à définir, le titre d’un jeune artiste. Il faut créer des opportunités de se faire connaître à ceux qui débutent.

Quel genre d’homme êtes-vous?
Si vous posiez la question à mon plus jeune fils, il vous dirait que je suis souvent sur les routes en ce moment. Nous nous sommes peu vus cet été, et je l’ai regretté.
Mais je sais être contemplatif aussi. Je peux me satisfaire de regarder la mer pendant des heures. Cet été, je suis parti tout seul une semaine dans le sud de la France pour me reposer. Je me suis baladé, j’ai bouquiné, rencontré des gens, j’ai bullé. Je me suis baigné quatre ou cinq fois par jour; j’étais comme une plante, c’était très agréable.

Vous connaissez la Suisse?
J’y viens souvent, j’ai des amis à Lausanne.

Vous aimez entendre vos disques passer et repasser à la radio?
J’en suis ravi, pour autant que la radio ne soit pas allumée dans le restaurant où je suis en train de manger. Car alors, c’est comme si on posait une torche sur moi. Je vois en direct l’effet de ma musique sur les gens, et comme je suis pudique, ça me tétanise.

Un découvreur de talents

Laurent Voulzy (68 ans): «Partager, penser à ceux qui n’ont rien est devenu pour moi une valeur fondamentale.»

«Belem» est le huitième album en solo de Laurent Voulzy après «Le cœur grenadine» en 1979, «Avril» en 2001 ou «La septième vague» en 2006. C’est en recevant, à 15 ans, une guitare de sa mère, qu’il a eu la révélation de sa vocation. Et c’est «Rockollection», en 1977, qui le fait connaître. Il est aussi un découvreur de talents. Il a par exemple produit le premier album de Nolwenn Leroy. Côté vie privée, Laurent Voulzy, 69 ans en décembre, est le père de quatre fils. Le plus jeune, né de son union actuelle, a 15 ans.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Getty Images / Rogério von Krüger/DR
Publication:
lundi 25.09.2017, 13:50 heure



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