Un Suisse sur trois exerce au moins une activité bénévole, à l’instar de Michael Widmer, auxiliaire de circulation, Zora Rehm, cheftaine scout, et Helmut Hornung, arbitre et entraîneur de juniors (de g. à dr.).

Le bénévolat: créateur de liens sociaux

Engagement Loin du cliché de la dame patronnesse en mal d’activité, le bénévolat est aujourd’hui largement reconnu. Et son apport à la société se chiffre en milliards.

La Suisse, un pays de bénévoles? C’est ce que semblent dire les chiffres. D’après l’Office fédéral de la statistique (OFS), plus d’un tiers de la population résidante dans le pays âgée de 15 ans et plus exerce au moins une activité non rémunérée.

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Qu’ils se dévouent à réguler la circulation, encadrer une équipe de jeunes scouts, arbitrer des matches de foot ou entraîner les juniors du club sportif local, ils ont tous un point commun: ils le font parce qu’ils aiment ça. C’est le cas par exemple de Timothée Pages (23 ans) de Valangin (NE). Étudiant en linguistique en 4e année de Bachelor, il est aussi passionné de sport et de politique. Deux domaines auxquels il consacre entre sept et huit heures par semaine de son temps sans compensation financière.
Joueur au Tchoukball Club de Neuchâtel, il y est aussi entraîneur et président à titre bénévole. Conseiller général dans la commune de Valangin, c’est aussi bénévolement qu’il a assumé cette année la présidence du Parlement des jeunes de la ville de Neuchâtel. «J’aime faire bouger les choses, qu’il y ait de la vie dans la société, que ce soit au niveau culturel, sportif ou autre.» Ce qui le motive dans ses activités bénévoles? «Voir les résultats de ces heures de bénévolat. Comme des projets qui se réalisent ou des jeunes qui s’améliorent au tchoukball.»

Bénévolat et tâches domestiques

Source: Office fédéral de la statistique (OFS), chiffres de 2013

Créateur de confiance

Le bénévolat est un réel plus non seulement pour la société par les liens de solidarité qu’il tisse, mais aussi pour l’économie du pays. Selon une évaluation de l’OFS pour 2013, la valeur monétaire du bénévolat organisé (qui s’exerce dans des associations ou des organisations) et informel (qui se déploie dans le voisinage ou un cercle d’amis ou de parents ne vivant pas sous le même toit) est estimée à 41 milliards de francs. Ce qui pose la question suivante: sans les bénévoles, comment se porterait l’économie suisse?
«L’économie en général – et c’est la grande leçon d’Adam Smith (ndlr: philosophe et économiste écossais, 1723- 1790) – a besoin de confiance et non pas de méfiance, répond Sandro Cattacin, professeur et directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève (lire interview en page 18). Les territoires à fort engagement bénévole, comme l’Émilie en Italie, se portent souvent mieux économiquement, parce que le bénévolat est créateur de confiance.» Et le sociologue de citer encore les personnes qui donnent leur sang sans contrepartie: «Elles sont créatrices d’une société de la confiance. Comme déjà souvent démontré, l’économie ne survit que dans un monde de confiance qui se construit et se régénère par des relations altruistes.»
Libéré du préjugé d’activité négligeable car non rémunérée, le bénévolat comme engagement personnel au bénéfice de la société est une valeur aujourd’hui reconnue. Notamment par le Dossier bénévolat, édité par Benevol Suisse, l’organisation faîtière des services bénévoles en Suisse alémanique, avec la collaboration des services romands et tessinois ainsi que de nombreuses association.

Temps investi

Source: Office fédéral de la statistique (OFS), chiffres de 2013

L’attestation de bénévolat

Le noyau du dossier est l’attestation de bénévolat, qui équivaut à un certificat de travail et de compétences. «En Suisse romande, il reste beaucoup à faire pour que les organisations se rendent compte de la plus-value que constitue le Dossier bénévolat, alors qu’outre-Sarine, il est utilisé de manière systématique», remarque Latha Heiniger (39 ans), secrétaire du Groupe romand de promotion du bénévolat (GRPB) et secrétaire générale de Bénévolat-Vaud. Et de regretter que le recours au Dossier bénévolat ne soit pas généralisé: «Pour un jeune surtout, il pourrait constituer un tremplin dans la vie professionnelle.»
Du côté des employeurs aussi, on éprouve de la sympathie pour le justificatif d’activité. «On ne le trouve pas souvent dans les dossiers, mais quand il y figure, nous le valorisons au même niveau qu’une activité professionnelle», déclare Nadine Gembler (45 ans), responsable du personnel chez Coop.
Après plus d’une année comme chauffeur bénévole pour des personnes à mobilité réduite à la Croix-Rouge vaudoise, Kevin Jaquier (26 ans), de Crissier (VD), a demandé et obtenu il y a un peu plus d’un mois une attestation de bénévolat. L’été passé, il a décroché son Bachelor en microtechnique avec spécialisation en horlogerie. Il est actuellement à la recherche d’un emploi fixe. «Cette attestation est un plus dans mon CV», reconnaît-il. Au-delà de l’utilité de ce document, son activité de bénévole lui apporte de nombreuses satisfactions. «J’aime aider les gens qui en ont besoin. J’apprécie tout particulièrement les activités où il faut être présent physiquement et psychologiquement, notamment pour apporter un soutien moral. Le matin d’une journée de bénévolat, je me lève avec plaisir et je me réjouis de voir la personne que je vais transporter.»
Avouant une certaine fierté à travailler comme chauffeur bénévole pour la Croix-Rouge, il s’attend néanmoins à devoir renoncer à cette activité s’il trouve un emploi fixe dans son domaine. «Je me tournerais alors vers un autre type de bénévolat, où l’on peut s’engager par exemple le week-end.»
Des attestations de bénévolat et autres marques écrites de gratitude pour son engagement, Catherine Soo Sim Browne (64 ans), de Crassier (VD), en a «collectionné»: «Étant retraitée depuis 2011, je ne les utilise pas. Malgré tout, les recevoir a été pour moi une grande satisfaction. Elles représentent la reconnaissance que mon travail de bénévole a été apprécié.» Sportive dans l’âme, elle passe d’un événement à un autre, faisant un crochet par le bénévolat social, culturel (Visions du Réel, Jazz Onze+, etc.) en prenant du temps pour la brocante de la paroisse ou des activités de quartier. Mais qu’est-ce qui fait courir cette jeune retraitée? «Très tôt j’ai ressenti le besoin d’aider les autres, de donner de mon temps. Quand j’étais enfant, en Malaisie, ma mère me répétait toujours qu’il fallait aider les gens qui en ont besoin.»

En heures selon le sexe

Source: Office fédéral de la statistique (OFS), chiffres de 2013

Engagements ponctuels

Si la part de la population qui exerce au moins une activité non payée peut paraître impressionnante (33,3% en 2013), certaines associations se plaignent de la difficulté de recruter des bénévoles. «C’est le cas notamment pour les activités qui s’effectuent au sein de comités d’associations, où les engagements impliquent une plus longue durée et davantage de responsabilités», explique Latha Heiniger. Et la secrétaire du GRPB d’observer que depuis quelques années, les bénévoles sont très sensibles à ce qui se passe dans la société. Comme actuellement, avec la crise des réfugiés. «C’est une sensibilité par rapport à des événements. Mais la difficulté, pour les organisations, est de trouver des bénévoles qui s’impliquent de manière plus régulière dans des missions pérennes.»
Propos confirmés par Carine Fleury Bique, responsable des centres de compétences Bénévolat et Jeunesse à la direction de la Croix-Rouge suisse (voir encadré). Si la réalité peut varier d’un canton à l’autre, la collaboratrice reconnaît que ceux qui souhaitent s’engager dans la durée, de façon régulière, notamment dans les comités, sont très recherchés: «Nous en trouvons encore mais nous observons aussi que des personnes cherchent des engagements ponctuels ou de courte durée. À nous de nous adapter pour essayer de pouvoir impliquer tous ceux qui cherchent à le faire.»

Les bénévoles sont-ils plus heureux?

D’après une étude de l’Université de Zurich soutenue par le Fonds national suisse pour la recherche scientifique, les bénévoles seraient plus heureux. Le point de vue du professeur Sandro Cattacin. «Diverses études confirment désormais ce que notre expérience nous montrait par le passé: la reconnaissance est la variable la plus importante pour expliquer la longévité, pour assurer la stabilité psychologique, pour élever la capacité à faire face à des problèmes. Le bénévolat apporte beaucoup de reconnaissance. Et une personne qui donne sans rien attendre en retour en reçoit beaucoup. Sans parler de cette reconnaissance fondamentale envers soi-même, peut-être plus précieuse encore dans la mesure où elle est autosuffisante et génératrice de bien-être existentiel.»

Coop et la Croix-Rouge des partenaires

Carine Fleury Bique, de la Croix-Rouge suisse (CRS), est catégorique: il serait inimaginable pour la CRS de travailler sans bénévoles. «Ceux-ci ont effectué en 2014 plus de 2,6 millions d’heures d’engagement dans des domaines extrêmement variés: les premiers secours, les activités sociales ou le domaine de la santé. Ce serait aussi une grande perte pour la communauté car les bénévoles sont des vecteurs de liens sociaux, ils contribuent grandement au bien-être de notre société.»
●   Nombre de bénévoles qui travaillent pour la Croix-Rouge en Suisse: plus de 71 800.
●   Nombre d’heures de travail bénévole que cela a représenté en 2014: 2  615  212.
●   Répartition selon les domaines d’activités:
    13  900 bénévoles sont engagés dans l’aide sociale aux personnes vulnérables
    56  900 sont engagés dans les organisations de sauvetages.
Depuis des années, une étroite collaboration lie Coop et la CRS. Ces deux organisations ont signé un nouveau partenariat officiel pour la période 2015-2018 avec pour objectif d’approfondir encore plus cette coopération. Avec cet accord, la CRS devient partenaire privilégié de Coop pour les dons destinés à l’aide d’urgence et à la reconstruction en cas de catastrophes à l’étranger.

S’adapter pour survivre

Sandro Cattacin Professeur et directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève

Sandro Cattacin Professeur et directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève
Sandro Cattacin Professeur et directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève

D’après les statistiques, le nombre de bénévoles dans le domaine du bénévolat organisé ne cesse de diminuer. Comment expliquez-vous cette tendance à la baisse?
Il y a trois facteurs qui expliquent cette diminution: primo, la flexibilisation du travail, qui complique l’engagement formel quand les horaires de travail changent constamment; secundo, la mobilité nationale et internationale qui s’est normalisée, rendant l’engagement sur une longue période impossible; et, tertio, l’organisation de notre société actuelle qui nous apprend que ce n’est pas la continuité, mais l’engagement ponctuel, précis pour un projet bien défini dans la durée qui est devenu la règle. Tous ces éléments favorisent un engagement informel et non pas organisé.

Si cette diminution continue, certaines associations ne risquent-elles pas de disparaître?
Le monde du bénévolat est aussi innovateur que l’économie. Sinon plus encore! En effet, il y a des
associations qui disparaissent parce qu’elles ne s’adaptent pas aux changements décrits. Celles qui s’adaptent, en travaillant avec l’engagement par projet, en mobilisant ponctuellement, en flexibilisant certaines prestations et en réservant ce qui relève de la routine aux personnes à la retraite réussissent à survivre.

Comment endiguer cette érosion?
Les associations se basant sur le bénévolat peuvent non seulement innover dans l’organisation de tâches et l’adaptation selon les âges, mais aussi en réfléchissant à des tâches nouvelles, souvent professionnalisées et faciles à insérer dans une logique bénévole.

Lesquelles par exemple?
Comme toutes les activités liées au monde digital – préparer des pages Internet, communiquer aux membres – ou encore à la communication visuelle, comme la préparation d’une vidéo ou la réalisation de photos. Ces activités hautement professionnelles font partie des compétences des personnes qui aiment donner du temps à une bonne cause, qu’elle soit liée au sport, à la culture ou encore au social.

Timothée Pages

«Ma principale motivation est de pouvoir constater les résultats de ces heures de bénévolat. Comme des projets qui se réalisent ou des jeunes qui progressent au tchoukball.»

Michael Widmer

Auxiliaire de circulation (23 ans): «J’ai vu pour la première fois un auxiliaire de circulation à 12 ans. Cela m’a tellement impressionné que j’ai voulu en devenir un aussi.»

Zora Rehm

Cheftaine (20 ans): «J’ai appris à connaître tellement de gens aux scouts, que je ne peux plus m’en passer.»

Helmut Hornung

Arbitre et entraîneur de juniors (80 ans): «Je continuerai d’arbitrer aussi longtemps que je le pourrai. Cela me fait du bien.»

Catherine Browne

«Je suis très touchée quand des sportifs en plein effort nous lancent parfois un grand «Merci les bénévoles!»

Kevin Jaquier

«Le matin d’une journée de bénévolat, je me lève avec plaisir et me réjouis de rencontrer la personne que je vais transporter.»

Chiffres et statistiques

Travail bénévole organisé
Travail bénévole informel
Travail non rémunéré
Travail bénévole: participation de la population

Adresses utiles

Groupe romand de promotion du bénévolat

Fribourg

RéseauBénévolatNetzwerkRte St-Nicolas-de-Flüe 2, 1700 Fribourg, Tél. 026 422 37 07, info@benevolat-fr.ch, www.benevolat-fr.ch

Genève

Genève BénévolatCo/ Centre d'animations pour retraités (CAD), Rte de la Chapelle 22, 1212 Grand Lancy, info@genevebenevolat.ch, www.genevebenevolat.ch
pas membres du GRPB mais aussi actifs dans le domaine: Centre genevois du volontariat www.volontariat-ge.org

Jura

Association jurassienne pour la coordination du bénévolat (AJCB) Rue du Puits 4, 2800 Delémont, Tél. 032 886 89 09, ajcb@ne.ch, www.benevolat-ju.ch

Neuchâtel

Association neuchâteloise de services bénévoles (ANSB)Rue Louis Favre 1, 2000 Neuchâtel, Tél 032 886 89 00, ansb@ne.ch, www.benevolat-ne.ch

Valais

Bénévoles Valais - WallisRue du Porte-Neuve 20, 1950 Sion, Tél 027 322 07 41, info@benevoles-vs.ch, www.benevoles-vs.ch

Vaud

Bénévolat-Vaud, Centre de compétences pour la vie associativeRuchonnet 1, 1003 Lausanne, Tél 021 313 24 00, info@benevolat-vaud.ch, www.benevolat-vaud.ch

Benevol Suisse

Croix-Rouge suisse

Dossier bénévolat

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Jean Pinesi

Rédacteur

Photo:
Heiner H. Schmitt, Charly Rappo, Darrin Vanselow, Jiri Benovski
Publication:
lundi 14.12.2015, 14:30 heure



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