Première femme en Suisse à s’être hissée au rang de maître caviste, Janine Schaer œuvre depuis dix-sept ans à la Cave des Coteaux de Boudry.

Le boss en cave est une femme

Au cœur des caves Première en Suisse à décliner la profession de maître caviste au féminin, Janine Schaer incarne la volonté des femmes d’accéder aux mêmes statuts que ces messieurs. Rencontre.

S’intéresser au monde vitivinicole, c’est aussi s’intéresser à la place des femmes dans un secteur longtemps dévolu à la gent masculine.
Sans sombrer dans le cliché féministe, force est de constater qu’il est des domaines épicuriens où la place de la femme, d’un point de vue professionnel, était loin d’être une évidence. Longtemps, les grandes cuisines étaient dirigées par des chefs. Longtemps, les plus grands pâtissiers n’étaient pas des pâtissières. Et longtemps, les caves des domaines viticoles résonnaient de voix uniquement masculines…

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Pourtant, il y a un peu plus de dix ans sourdait un vent nouveau dans cette atmosphère feutrée où se bonifient les merveilles de nos terroirs. C’est en effet en 2004 que Janine Schaer accède au rang de maître caviste, première femme en Suisse à décrocher le précieux sésame. «L’école de Changins m’a demandé de faire une intervention auprès des élèves pour expliquer les avantages et les inconvénients d’être une femme dans ce milieu. Pour résumer, ce n’est pas difficile mais cela ne va pas non plus complètement de soi.»

Bon accueil de la branche

«Pour atteindre un certain degré de reconnaissance, une femme doit faire montre de plus de qualités, indubitablement», relève Janine Schaer.
Médailles d’or, prix d’excellence et surtout trois fois vainqueur au Grand Prix du Vin Suisse: la professionnelle n’a pas ménagé ses efforts et les récompenses ont suivi.
Les nombreux titres bien sûr, mais aussi le rayonnement de sa personne ont rapidement gagné la confiance de ses collègues masculins: vice-présidente de la commission des brevets et maîtrises, membre de moult commissions dont la commission AOC du canton de Neuchâtel, Janine Schaer prépare le terrain pour toutes celles qui se lancent et se lanceront dans le métier. «Et elles seront toujours plus nombreuses» sourit l’intéressée.
Toutefois, afin de lever tout malentendu, le recrutement de temporaires pour les vendanges se ponctue d’une question, à savoir si être dirigé par un élément féminin représente un problème. «Dans 99% des cas, il n’y a pas de souci. Mais cela a au moins l’avantage de poser le cadre de suite. Effectivement, je vous l’accorde: ce serait inconcevable si j’étais un homme. Nous n’aborderions même pas le sujet.»

Deux femmes en dix ans

Madeleine Gay, Corinne Clavien, Chantal Ritter, pour ne citer qu’elles, sont autant de femmes à avoir investi avec succès les domaines viticoles. Elles ont ainsi sorti de l’ombre une réalité ancestrale: la présence de la gent féminine aux différents stades de la production; et pas toujours les plus faciles. Or, la première à décrocher le diplôme fédéral de maître caviste, Janine Schaer, est restée la seule du genre dans notre pays jusqu’à l’année dernière. «Une seconde maître caviste a été reçue en 2014.» Marjorie Bonvin, de Villeneuve, rejoint en effet le cercle très fermé des femmes œuvrant au cœur des caves.
Avec un recul d’une trentaine d’années depuis ses premiers pas dans l’univers viticole, la professionnelle s’amuse aujourd’hui des quelques remarques entendues à ses débuts. «Dans la majorité des cas, l’accueil par mes confrères s’est très bien passé. Pour l’anecdote, j’avais un jour temporairement remplacé un caviste et un client a demandé à voir le responsable œnologue. Je lui ai expliqué que c’était moi. Et sa réponse fut du tac au tac: Non, pas vous. L’homme!». Mythique.

Changins

Deux filières mais une parité

L’école de Changins propose deux filières.
La première, HES-SO en œnologie, accueille depuis 2010 autant d’hommes que de femmes dans ses effectifs. La seconde, l’École supérieure de technicien vitivinicole, était fréquentée en 2014 par seulement 9% de femmes, avec une moyenne située autour des 15% si on regarde les quinze
dernières années. Elles n’étaient que 3% dans les années 1970. La raison? «Les clichés ont toujours la vie dure et cela peut refroidir des vocations. Mais je dirais surtout que physiquement, c’est difficile pour une femme, souligne Janine Schaer. C’est là le plus gros problème. Il faut bénéficier d’une excellente condition physique et pratiquer un sport à côté pour entretenir sa forme, sa musculature et ménager son dos.»

Du grand art

L’experte

Marie Linder, spécialiste en vin

Marie Linder, spécialiste en vin
Marie Linder, spécialiste en vin

L’art de l’assemblage est un exercice auquel se prêtent volontiers les œnologues. Il leur donne toute la liberté d’obtenir un vin à leur image ou de répondre à une commande précise de leur employeur. Le challenge consiste également à retrouver une régularité entre un millésime et l’autre. Le Rouge d’Enfer de la Maison Provins est un alliage de cornalin, diolinoir, humagne rouge et syrah. Les différents vins sont élaborés séparément puis élevés en fûts de chêne. Le choix de la cuvée est défini après dégustation afin d’obtenir le meilleur équilibre. À la vue, la robe d’un rouge profond annonce la couleur de ce vin magnifique, puissant et tannique, mais velouté en texture. Il supportera une dizaine d’années de garde.

Valais AOC Assemblage Rouge d’Enfer Maître de Chais, 2012

Prix: 29 fr. 95/75 cl
Origine: Suisse, Valais
Cépages: syrah, cornalin, humagne rouge, diolinoir
Maturité: 2015-2019
Disponible: dans les grands points de vente ou sur:
www.coopathome.ch

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www.mondovino.ch
Sophie Dürrenmatt
Photo:
Nicolas de neve
Publication:
lundi 07.12.2015, 14:00 heure

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