Un majestueux cerf élaphe en compagnie de deux biches adultes et d’un faon né l’année précédente.

Le cerf élaphe, animal de l'année 2017

Ses bois à lui pèsent jusqu’à 8 kg et il les perd tous les ans. Le cerf élaphe est un grand futé, mais l’amour le rend vulnérable. Portrait du seigneur de nos forêts. 

Roi des forêts et plus grand mammifère sauvage de Suisse, le cerf élaphe a été élu animal de l’année 2017 par Pro Natura. L’avez-vous déjà aperçu? Le repérer n’est pas chose aisée car, malgré son imposante carrure, il peut se fondre dans le paysage et fuir avec beaucoup d’habileté. C’est une bête aussi fascinante que discrète et intelligente. D’après Nicole Imesch, présidente de la Société suisse de biologie de la faune, le cerf devrait vivre partout en Suisse où les conditions environnementales sont idéales pour lui. «Nous devons favoriser la diffusion de sa population en rétablissant les corridors faunistiques (ndlr: passages reliant les régions boisées des deux côtés des routes). Il faudrait aussi apporter des solutions aux problèmes que le cerf peut causer afin que la forêt ne perde rien de sa richesse d’espèces.» En le nommant animal de l’année, Pro Natura fournit une bonne occasion d’aborder ces sujets.

Nicole Imesch, biologiste et chasseur

Nicole Imesch, biologiste et chasseur
http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Nicole Imesch, biologiste et chasseur

Nicole Imesch est non seulement biologiste, mais aussi chasseur; et ces deux activités se complètent. «J’ai une vision de tout l’écosystème, en observant la population du gibier dans son ensemble sans me concentrer sur un seul sujet. La chasse, par exemple, représente une contribution importante à la baisse de la pression exercée par le gibier sur l’écosystème de la forêt.» Mais elle ne saurait à elle seule résoudre le problème. Une approche multidisciplinaire est requise. Pour la spécialiste, la chasse n’est pas seulement une question de régulation du nombre d’animaux sur le territoire, c’est également de longues heures passées en plein air, seule, plongée dans la nature, consciente d’en faire partie. C’est aussi écologiquement et moralement la meilleure façon de s’approvisionner en viande.

«

Plus je connais le cerf, plus il me fascine »

Nicole Imesch, présidente de la Société suisse de biologie de la faune

Presque disparu en 1850

Combat de cerfs adultes

Combat de cerfs adultes
http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Combat de cerfs adultes

Le cerf élaphe, ou Cervus elaphus, avait presque disparu du sol suisse au milieu du XIXe siècle. Heureusement, dès 1870, il faisait son retour dans les limites des frontières nationales, d’abord dans le canton des Grisons, puis dans le reste du pays. Mais de nos jours encore, la progression du cerf élaphe n’est pas uniforme sur notre territoire. Avec 16  000 têtes, le canton des Grisons abrite le plus gros effectif. Il est suivi par le Tessin et le Valais, avec respectivement 6500 et 5200 individus.
Si on comptait environ 28  500 cerfs au niveau national en 2010, la barre des 35  000 est désormais franchie.
Après sa quasi-extinction, le cerf a de nouveau commencé à prospérer en Suisse. Cependant, il n’a toujours pas trouvé son habitat idéal dans des régions comme les Préalpes, le Plateau et le Jura. C’est pourquoi les biologistes de la faune sauvage soutiennent sa propagation dans ces endroits. «Par contre, dans les régions qui connaissent un peuplement important, où les cerfs broutent les jeunes arbres – le sapin blanc en particulier (ce qui risque d’abîmer la forêt de protection) – il faudrait gérer leur nombre par la chasse, explique Nicole Imesch. Les grands prédateurs, tels que les lynx dans les Alpes centrales et occidentales et la meute de loups du Calanda (GR), pourraient en outre rapidement apporter leur contribution.»

En harmonie avec l’environnement

Le cerf peut causer des dégâts, notamment aux forêts, aux terrains agricoles et aux vignobles. D’après Nicole Imesch, l’essentiel réside dans une communi­cation transparente et dans la volonté des acteurs (gardes forestiers, chasseurs, agriculteurs, touristes et autorités) d’agir de manière constructive. «L’expérience le prouve chaque jour: on peut trouver des solutions en cherchant un accord entre les parties et en appliquant une approche multidisciplinaire.» À ce propos, Luca Plozza, ingénieur forestier régional dans le canton des Grisons, explique qu’il existe trois étapes fondamentales pour que le cerf vive en harmonie avec l’environnement, et ce sans trop endommager les forêts de protection.
La première étape consiste à protéger le gibier des dérangements provoqués par l’homme. Par exemple en délimitant des zones de tranquillité car celles-ci sont d’une importance vitale pour le cerf (www.zones-de-tranquillite.ch). S’enfuir dans la neige en hiver à l’arrivée d’un promeneur peut lui être fatal, car la perte soudaine d’énergie sera difficile à compenser en raison de la pénurie de nourriture. Par ailleurs, il convient de prendre soin du territoire où vit le cerf à l’aide de mesures concrètes telles que sensibiliser les chasseurs, afin que les pâturages en forêt restent accessibles, et essayer de préserver l’environnement en valorisant, par exemple, les zones alluviales. Il importe en outre de réguler le nombre de cerfs avec la chasse. «Cette mesure n’est efficace que si l’abattage des femelles est aussi pris en compte dans la planifi­cation de la chasse», constate Nicole Imesch. Enfin, n’oublions pas le manque de nourriture en hiver qui représente un régulateur naturel du nombre d’animaux sauvages. Dans cette optique, il ne faut pas donner de fourrage aux cerfs.

Importance des passages à faune

Bois d’un cerf âgé de 5 à 10 ans retrouvé dans le canton de Berne.

Bois d’un cerf âgé de 5 à 10 ans retrouvé dans le canton de Berne.
http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Bois d’un cerf âgé de 5 à 10 ans retrouvé dans le canton de Berne.

D’après les données de 2012 de l’Asso­ciation suisse d’assurances, plus de 20  000 accidents impliquant du gibier sont déclarés chaque année. De plus, on dénombre 60 personnes blessées et les coûts matériels sont estimés à environ 25 millions de francs.
Le cerf est par essence un animal migrateur qui parcourt de longues distances à la recherche des conditions environnementales idéales. Si l’hiver, il s’approche des lieux habités, durant l’été, il s’en éloigne en remontant les montagnes. Il risque toutefois de trouver les routes barrées. C’est pourquoi les quelque 300 corridors faunistiques jouent un rôle essentiel.

Le cerf élaphe, animal intelligent   

«Plus je connais le cerf et plus il me fascine», déclare Nicole Imesch. Il possède une intelligence remarquable et apprend de ses expériences. À tel point que durant la saison de la chasse, il semble savoir qu’il doit se retirer dans les réserves (où la chasse est interdite).
Seul l’amour, en automne, le rend vulnérable. Le voilà qui sort à découvert. Son brame puissant résonne dans la forêt: c’est le moment du défi. De tous les rivaux, seul le vainqueur pourra s’accoupler avec le harem des femelles. «Les biches aussi choisissent le mâle avec lequel elles se reproduiront», précise encore Nicole Imesch, qui a rédigé son mémoire de recherche sur l’observation du comportement des femelles durant la période de l’accouplement dans le Parc national suisse. «Quand la période de l’amour commence, elles deviennent agressives. Si l’une d’entre elles décide de changer de harem à la recherche d’un meilleur mâle, le mâle territorial, dominant, ne peut rien y faire!»

La famille du cerf

Mâle, femelle et faon

Chez Coop

Le meilleur des parcs suisses

http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Le cerf élaphe, animal de l'année 2017

Le cerf est l’un des animaux les plus appréciés du Parc national.

En plus du parc des Grisons, la Suisse compte 17 Parcs naturels régionaux et péri-urbains, en partie en phase de réalisation. Coop et le Réseau des parcs suisses travaillent en étroite collaboration pour promouvoir l’économie de ces territoires et leur mise en valeur écologique. Grâce à ce partenariat, on peut trouver des spécialités issues des parcs dans une sélection de supermarchés.
Par exemple, des spécialités du Parc naturel régional du Gantrisch (BE/FR), du Jura argovien ou de la biosphère de l’Entlebuch (LU).
De quoi se régaler! Produits laitiers, huiles, infusions aux herbes, charcuterie, pâtes et produits de boulangerie sont reconnaissables au logo carré vert. Enfin, vendredi 12 mai se tiendra le 3e marché national des parcs sur la place Fédérale à Berne.

Ambassadeur En faisant du cerf l’animal de l’année, Pro Natura lance un signal fort en faveur des corridors faunistiques.

Martina Spinelli, responsable communication et projets Pro Natura Tessin

Martina Spinelli, responsable communication et projets Pro Natura Tessin
http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Martina Spinelli, responsable communication et projets Pro Natura Tessin

Pourquoi Pro Natura a-t-elle choisi le cerf élaphe comme animal de l’année?
Tous les ans, Pro Natura choisit un animal pour lancer un programme de sensibilisation. Cette année, c’est le cerf, car il s’agit d’un grand marcheur, qui se déplace sur de vastes zones de territoire. Cette caractéristique en fait un excellent ambassadeur de la campagne «Voie libre pour la faune sauvage!». De plus, beaucoup de monde le connaît et l’apprécie. Il transmet un sentiment de fierté, de noblesse. C’est donc un excellent animal pour trans­mettre notre message.

http://www.cooperation.ch/Le+cerf+elaphe_+animal+de+l_annee+2017 Le cerf élaphe, animal de l'année 2017

Le cerf, comme emblème du tournant écologique?
Pro Natura est très attentive à la symbolique des animaux et de la nature en général. En choisissant le cerf comme animal de l’année, nous avons aussi décidé d’explorer cet aspect. Ça en a valu la peine, car le cerf possède une particularité tout à fait intéressante: il perd ses bois tous les ans. Comme s’il fallait un sacrifice pour qu’ait lieu une renaissance et qu’on puisse accéder à un nouveau cycle. Le roi doit enlever sa couronne – perdre ses bois – pour recommencer. Cette idée d’autolimitation pour mieux avancer incarnée par le cerf élaphe est devenue l’emblème du tournant écologique!

Vidéos

Le brame du cerf

Combat de cerfs pour une biche au brame

Le retour du combat – cerf traversant un chemin de forêt

Liens

Le cerf élaphe sur le site web de Pro
Le brame du cerf – Coopération, septembre 2016

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texte:
Amelia Valsecchi Jorio
Photo:
Keystone, Peter Mosimann, Getty Images, Pro Natura, Alamy
Publication:
lundi 17.04.2017, 14:00 heure



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