Léa et Mélina apprennent le patois. Elles utilisent un petit enregisteur, le «lire-kit», pour effectuer les exercices.

«Ma langue de cœur»

Tradition À Évolène, l’École du patois permet aux enfants de se réapproprier cette langue régionale, encore parlée en famille par certains Valaisans.

Parler patois à la maison? Une évidence pour certaines familles d’Évolène, dans le val d’Hérens! La commune valaisanne est connue pour la vivacité de cette langue, de la famille du franco-provençal, qu’on surprend dans les rues si l’on tend l’oreille. Audrey Théoduloz la parle avec son fils Dorian (2 ans). Un choix qu’elle a fait naturellement, car il s’agit de sa langue maternelle, sa langue de cœur. «C’est en patois que je communique mes émotions les plus profondes», explique la jeune maman. «C’est la langue que je parle avec mes parents, mes grands-parents.» Et si elle est en perte de vitesse, raison de plus pour s’y accrocher: «Le patois est une richesse qu’on reçoit et qu’on transmet.»
Cas plus singulier, Jessica Crottet a entrepris de l’apprendre en s’installant dans le val d’Hérens, il y a vingt ans. Cette Bruxelloise d’origine le parle à présent couramment. C’est aussi la première langue étrangère qu’ont apprise ses enfants de 10 et 11 ans, Aline et Nicolas, grâce à l’École du patois! Ces cours facultatifs, dispensés après l’école, réunissent cette année 15 enfants à Évolène, de tous les niveaux. «Nous axons l’enseignement sur l’oral, explique Aliette Beytrison, la professeure. Des petits enregistreurs permettent aux enfants de s’exercer à la maison.» En Valais, en 2017, une trentaine d’élèves ont suivi de tels cours mis en place par la fondation du patois à Bagnes, Fully ou Saint-Martin notamment. À chaque fois, le patois local est enseigné aux enfants.


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Qu’est-ce qui les motive? Aline (10 ans) trouve que «c’est joli à entendre et que c’est une langue vraiment typique d’ici». Son frère, Nicolas, raconte qu’après 5 ans de cours, il la comprend bien si on articule. «Mais je dois me concentrer quand des adultes la parlent vite!» Pour répondre en patois, il se gêne encore… Tous deux s’accordent aussi pour dire «qu’il ne faudrait pas qu’elle disparaisse».

Au val d’Hérens, le patois est encore bien vivant.

Une langue au riche vocabulaire

À l’École du patois, les professeurs s’adaptent au niveau des élèves, qui varie. Aliette Beytrison estime que beaucoup d’enfants de la commune le comprennent, mais ne le parlent pas forcément. Le risque pour la survie de cette langue, ce sont les foyers qui se recentrent sur le français, car l’un des parents n’est pas patoisant. Cela n’a pas été le cas chez Audrey Théoduloz, car son mari, qui comprend le patois grâce à ses grands-parents, s’est mis à le parler pour le transmettre à leur enfant. Patrick Quinodoz (25 ans) témoigne aussi de son attachement à sa langue maternelle. «C’est la langue d’ici, il ne faudrait pas qu’elle se perde!» Il a tenu à la réapprendre à sa conjointe, Edith Vuignier, qui l’avait parlée étant petite mais oubliée au fil des années. «Parler patois entre nous, cela revêt un caractère plus affectueux que le français,» confient-ils. Et ils s’écrivent au quotidien des SMS… en patois bien sûr! Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas une langue «pauvre», comme insiste la linguiste Gisèle Pannatier, qui en a fait son sujet d’étude. «C’est une langue à part entière, capable d’exprimer la totalité de l’humanité, la totalité des émotions et non seulement la langue du travail ou de la culture matérielle. C’est une langue belle, extrêmement imagée, avec un vocabulaire riche.» D’ailleurs, certaines nuances du lexique n’ont pas d’équivalent en français! Méprisé par le passé, le patois suscite un regain d’intérêt certain. Or, s’il est encore parlé dans les rues d’Évolène, la transmission à la jeune génération reste cruciale pour sa survie… Il resterait aujourd’hui autour de 400 locuteurs du patois d’Évolène, un nombre en déclin au fil des années.

Fête romande des patoisants, du 21 au 24 septembre à Yverdon: www.patois2017.ch

«Le cerveau humain est extensible»

Andres Kristol, professeur honoraire au Centre de dialectologie de l’Université de Neuchâtel

Andres Kristol, professeur honoraire au Centre de dialectologie de l’Université de Neuchâtel
http://www.cooperation.ch/Le+patois Andres Kristol, professeur honoraire au Centre de dialectologie de l’Université de Neuchâtel

Expertise Le professeur Andres Kristol nous donne son éclairage sur le patois.

Les patois en Suisse romande sont soit éteints, soit proches de l’extinction. Pourquoi une exception à Évolène?
Les Évolénards eux-mêmes l’expliquent par l’isolement dans lequel ils ont vécu très longtemps. La première route a été construite en 1948, et Évolène a ainsi vécu en autarcie jusqu’à une époque relativement proche! Les activités des habitants étaient centrées sur les alpages et l’élevage de vaches, sans contact avec la vallée. Tous les patois sont en danger, mais le danger s’est simplement manifesté plus tardivement pour le patois d’Évolène. Ses locuteurs sont aussi très attachés à leur langue et conscients de sa valeur.

Des enfants apprennent le patois dès leur plus jeune âge. Quel est l’intérêt de ce bilin-guisme précoce au niveau de l’apprentissage des langues?
N’importe quelle deuxième langue est bénéfique pour l’enfant, qu’elle soit une grande ou une petite langue, car elle forme le cerveau! Les prochains apprentissages seront facilités: il n’y a aucun doute là-dessus. Le cerveau humain n’a pas uniquement de la place pour une langue, il est extensible!

Ne serait-il pas mieux alors d’apprendre une langue plus «utile», comme l’anglais?
Les langues apprises ne sont pas en concurrence. Il faut cesser d’opposer l’apprentissage d’une langue à une autre! À Évolène, c’est un énorme avantage d’apprendre une deuxième langue dans un contexte naturel, par opposition à l’apprentissage artificiel des langues à l’école. Ce serait donc une absurdité de lui préférer l’anglais.

Sites spécialisés avec de nombreuses ressources

Conseil valaisan du patois: www.patois.ch
Patois vaudois: www.patoisvaudois.ch
Patois jurassien: www.image-jura.ch
Patois neuchâtelois: www.patoisneuchatelois.net
Patois fribourgeois: www.patoisants.ch
Glossaire du patois romand: www.unine.ch/gpsr

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texte:
Tatiana Tissot
Photo:
Olivier Maire, DR
Publication:
dimanche 13.08.2017, 13:50 heure





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