Le soja pourrait gagner du terrain

Le soja a mauvaise réputation. Pourtant, la demande ne cesse de croître au niveau mondial. Difficile, de nos jours, de se passer de cette source de protéines.

Le mot soja fait tout de suite penser aux OGM, en l’occurrence au soja génétiquement modifié. Et le consommateur suisse ne veut pas de tels produits dans son assiette. Ses préjugés contre le génie génétique dans l’alimentation sont solidement ancrés. Ça pose problème, car les organismes génétiquement modifiés (OGM) dominent la production agricole mondiale. «Plus de 80% du soja cultivé dans le monde est génétiquement modifié et il est de plus en plus difficile d’en trouver qui ne le soit pas», affirme Arnold Schori, chef de la recherche à l’Agroscope de Changins (VD). Cela nous place face à un des principaux problèmes auquel est confrontée la production de viande en Suisse. Contrairement à leurs voisins, les éleveurs suisses d’animaux de boucherie ne distribuent que des fourrages sans OGM à leurs bêtes.
Le soja est l’une des sources les plus importantes de protéines connues. Il serait difficile de s’en passer comme élément constitutif des fourrages. Seuls 2% du soja récolté dans le monde se retrouvent en effet dans l’alimentation humaine; le reste est pressé pour en extraire de l’huile comestible ou du carburant diesel bio. C’est la masse restante après le pressurage qui servira à préparer le fourrage.

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Plus de 80% du soja sont des plantes OGM»

Les graines de soja cultivées en Europe contien-nent environ 20% d’huile et plus de 40% de protéines. Or, il n’est plus possible de les remplacer pour nourrir les porcs et les poules, l’ancienne source de protéines, les farines animales, étant aujourd’hui interdite.
«Il existe des produits de substitution, poursuit le chef de la recherche. Les pois protéagineux seraient une possibilité, ou les féveroles, voire les lupins.» Mais le soja est plus «généreux» que ces plantes. Son rendement protéique à l’hectare est supérieur de 50% à celui des pois.

Des projets ont été lancés en Europe pour encourager la culture du soja sur le vieux continent. Ce qui contribuerait à préserver les forêts tropicales. Rien qu’au Brésil, entre 2002 et 2013, la destruction des forêts humides amazoniennes pour faire de la place à la monoculture du soja a coûté plus de 161 000 km2. En douze ans, la forêt amazonienne a ainsi perdu 3% de sa surface totale. «On ne pourra jamais produire tout le soja dont on a besoin, remarque Arnold Schori. Mais peu, c’est toujours mieux que rien.»
Depuis trente ans, le chercheur et son collègue Claude-Alain Bétrix travaillent à adapter le soja au climat suisse. Le soja a besoin de chaleur et supporte mal les basses températures. L’Agroscope a donc sélectionné des variétés qui tolèrent bien le froid.

Economiquement, la production suisse de soja fourrager ne pourra pas être rentable tant que le soja d’Amérique du Sud restera bon marché. «Mais les perspectives pour le soja de qualité destiné à la production de lait de soja ou de tofu sont bonnes, souligne Arnold Schori. D’autant que cette plante est très précieuse dans la rotation des cultures.»

Les poulets Coop picorent du soja du Danube

Depuis ce printemps, les producteurs de poulets Coop Naturafarm ne donnent plus que des aliments contenant du soja cultivé dans la région du Danube à leurs volailles. Le consommateur a ainsi la garantie que le poulet n’a pas été nourri avec des aliments contenant des organismes génétiquement modifiés.
Ce choix découle du fait qu’il est toujours plus difficile de trouver des fourrages sans OGM sur le marché mondial. Les paysans de la région du Danube cultivent des variétés classiques. De plus, l’extension des surfaces de soja ne se fait pas au détriment de milieux qui devraient être protégés. Les quantités commandées étant encore modestes, la première étape consiste à convertir les quelque cinquante producteurs de poulet Naturafarm au fourrage contenant du soja du Danube. D’ici l’an prochain, les producteurs d’œufs Naturafarm modifieront aussi progressivement l’alimentation des poules.

Soja: Coop s’engage en faveur d’une production responsable

Coop s’engage depuis dix ans en faveur d’une production de soja responsable. En 2004 déjà, le grand distributeur a élaboré les «Critères de Bâle pour une culture du soja responsable» avec le WWF, soutenant financièrement la mise en œuvre du projet-pilote.
En 2011, Coop faisait partie des membres fondateurs du Réseau soja suisse, qui travaille à la culture et à la commercialisation de soja produit de manière responsable.
En adhérant à l’Association Donau Soja (soja du Danube), Coop franchit une étape supplémentaire et soutient le projet novateur de culture de soja sans OGM dans la région du Danube.

www.coop.ch/soja

Thomas Compagno

Rédacteur

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Photo:
AFP, Fabian Henzmann
Publication:
lundi 12.05.2014, 14:00 heure