Le tour de Suisse en 28 ans

Projet de vie Pascal Bourquin a entrepris d’arpenter tous les sentiers de randonnée du pays. Un parcours de 65 000 km – soit une fois et demie le tour de la Terre!

c’est la faute à l’Everest», déclare Pascal Bourquin (50 ans) avec le sourire. Le Jurassien, alpiniste et randonneur passionné, avait longtemps rêvé de conquérir le plus haut sommet du monde. Jusqu’au jour où il tombe sur une photo montrant les montagnes de déchets abandonnés par les touristes alpins dans l’Himalaya et qu’il change radicalement d’avis: «Qu’aurais-je fait là-bas? Je voulais accomplir quelque chose que personne n’avait réalisé avant moi. Quelque chose d’unique.»

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Une appli comme boussole

Afin de réunir ses deux passions, le sport et la photographie, Pascal Bourquin découvre il y trois ans, sur Internet, une carte sur laquelle tous les sentiers de randonnée pédestre de la Suisse, signalés en jaune, sont représentés. C’est à cet instant que ce père de deux enfants décide de relever un défi titanesque: parcourir tous les sentiers de randonnée de Suisse. Ce qui signifie couvrir une distance totale de 65 000 kilomètres sur un relief souvent accidenté.
Finalement, ce sont les technologies modernes qui le convainquent de se lancer dans l’aventure. «J’utilise l’application SuisseMobile pour afficher les sentiers que je souhaite emprunter. La fonction GPS de mon portable m’est aussi très utile car elle indique ma position exacte.» Il partage ses expériences avec près de 7400 fans sur son blog et sur Facebook. Il baptise son projet «La vie en jaune», un nom des plus appropriés, inspiré de la célèbre chanson d’Édith Piaf.
Depuis le début de son projet en 2014, Pascal Bourquin a parcouru près de 7200 kilomètres. Il a ainsi couvert 11% de la distance totale de 65 000 kilomètres que constitue son objectif.
En cours de route, il découvre que la Suisse est parfaitement adaptée à son projet: «Pour moi, c’est le pays de la randonnée par excellence. D’une part, comme la Suisse est montagneuse, elle représente un réel défi sportif. D’autre part, toutes les destinations sont très proches les unes des autres.» Ses photos reflètent ses cheminements. Et lorsqu’il n’y a vraiment rien à voir, ni à photographier, il augmente le rythme et s’offre un petit jogging à travers champs.

Durant ses randonnées aux quatre coins de la Suisse, Pascal Bourquin fait des rencontres intéressantes, comme des yaks dans l’Oberland bernois.

Travailler moins – marcher plus

Adepte de l’endurance depuis plusieurs années, ce sportif ne parcourt pas la Suisse en tous sens mais procède avec méthode. «J’ai démarré chez moi, à Delémont. Je voulais d’abord tester si mon plan fonctionnait. Maintenant, je me déplace graduellement en direction de la Suisse centrale.»
Pascal Bourquin poursuit actuellement ses randonnées dans les cantons du Jura, du Valais, de Berne et du Tessin, avec une discipline de fer. Il a réduit à 80% son temps de travail en tant que journaliste à la Radio Télévision Suisse  (RTS). Il compense la perte de revenus par des dons de sponsors. Son programme est si serré qu’il ne pourrait le respecter autrement. «Pour arriver à mes 250 kilomètres mensuels, je parcours une distance d’environ 60 kilomètres par semaine. Cela ne serait pas possible autrement.»

Pas de rando buissonnière

Les journées de randonnée font partie intégrante de son programme hebdomadaire. Et il ne recule devant rien. «Je prends la route par tous les temps. Qu’il neige ou sous un soleil écrasant, je n’arrête pas de marcher.» Il craint uniquement la pluie. Lorsqu’il programme ses itinéraires, il consulte donc souvent les prévisions météo et se rabat volontiers sur un canton voisin plus ensoleillé lorsque des précipitations sont annoncées. Pas question de se faire porter pâle, même lorsqu’il est fatigué et qu’il aimerait mieux rester à la maison. Ce recordman de la randonnée, souvent tout de jaune vêtu, se doit, en effet, de respecter son planning. «Si je continue ainsi, j’aurai fini à 75 ans.»

Sans les panneaux jaunes, Pascal Bourquin ne verrait pas la vie en jaune.

Parier sur la science

Pascal Bourquin prévoit ses randonnées longtemps à l’avance. Il se réserve le Plateau pour la dernière phase de son projet, dans environ 25 ans: «Je ne sais pas comment je me sentirai. Il est possible que mes articulations finissent par ne plus suivre.» Le quinquagénaire avoue qu’il ressent certains jours les efforts qu’il impose à ses genoux. Il envisage néanmoins l’avenir avec espoir. «La médecine va faire des progrès extraordinaires au cours des prochaines années. En matière d’exosquelettes notamment», poursuit-il en faisant allusion à ces structures futuristes d’assistance à l’effort. «Même si ce scénario est rassurant, tout cela ne sera pas nécessaire», ajoute-t-il d’un air malicieux.
Au final, «La vie en jaune» lui permet de mener une vie très saine. Il croit en son projet: «En 2041, la Suisse fêtera son 750e anniversaire. Ce jour-là, je déboulerai au milieu des festivités sur la place Fédérale à Berne, les bras levés en signe de triomphe, et je m’écrierai fièrement: j’ai réussi!»

Doux rêveur ou sportif inspiré?

Autant le dire tout de suite, Pascal Bourquin est habitué à passer pour un illuminé. Il semble être plutôt fier qu’on lui décerne ce qualificatif. «Qu’est-ce que la normalité? J’ai un rêve qui m’anime. Rien d’autre ne compte.» Il précise qu’il mène par ailleurs une vie de famille tout à fait normale et qu’il exerce très volontiers sa profession. «Deux jours par semaine, je fais juste quelque chose d’un peu excentrique.»

Sentiers parcourus depuis 2014

Qui est Pascal Bourquin

Reporter sportif

Pascal Bourquin est né en 1966 dans le canton du Jura. Après sa maturité à Bienne et des études de lettres à Neuchâtel, il décroche divers stages en journalisme. Depuis 1990, il travaille comme reporter pour la Radio Télévision Suisse (RTS).
Le sport a toujours joué un rôle central dans sa vie.
Enfant, il jouait déjà au football et faisait du ski. Dans sa jeunesse, c’était un athlète et un joueur de tennis ambitieux. Plus tard, il fait un brevet de plongée, court le marathon et se découvre une passion pour la montagne qui ne le quitte jamais. Il n’a pas seulement gravi les montagnes suisses et le Mont-Blanc. Il a aussi vaincu les sommets du redoutable Kilimandjaro, en Tanzanie.
Pascal Bourquin est marié et vit avec sa femme et leurs deux filles à Delémont.

Visiter son site officiel
texte:
MaŠa diethelm
Photo:
DR; infographie Jacob Kadrmas
Publication:
lundi 25.07.2016, 14:15 heure