Le yodel envoûte la Suisse romande

Le chant originel des bergers sur l’alpe connaît un fier retour de flamme. Zoom à Genève, entre une prof espiègle et ses élèves sous le charme.

Tout a commencé par un énorme, par un irrépressible fou rire. Le jour où Héloïse Heïdi Fracheboud, très urbaine étudiante en chant classique au Conservatoire de Genève a plongé la main dans un bac d’invendus pour en retirer un album folklorique aux couleurs du drapeau suisse, elle était loin d’imaginer que ce geste allait changer sa vie…
La trentenaire vit aujourd’hui de cet art singulier entre tous. Longue chevelure tressée et relevée en deux escargots de chaque côté de la tête, l’œil rieur, robe noire à volants et imprimés flashy, piercings et chèche turquoise, la dame n’a pas précisément le look de l’armailli de base et certains «traditionalistes» n’apprécieraient guère sa manière anticonformiste d’interpréter le yodel. On se demande bien pourquoi… On se bouscule à ses cours, dans un sous-sol du quartier genevois de Plainpalais et l’une des raisons de cet engouement tient sans doute à son tempérament espiègle, à son énergie, aux fous rires qui émaillent les leçons de chant et à sa méthode, précisément, peu conventionnelle d’envisager le yodel. Sept personnes sont présentes ce soir-là, âgées grosso modo de 30 à 70 ans, dont un seul homme, accompagnées par l’accordéon, le piano et la voix douce et vibrante de Mademoiselle Héloïse. 

Les élèves viennent d’horizons divers: indépendants, cadres, assistantes de direction, profs ou travailleurs sociaux – et sont représentatifs de la ville métissée qu’est Genève, de nationalité suisse, italienne, turque ou mexicaine.

On vocalise, on chante, on yodle ici à Plainpalais (Genève) avec la prof Héloïse Heïdi Fracheboud (tout à droite).

Quelques sièges et dans un coin, deux mannequins en costume folklorique qui assistent aux vocalises des élèves d’Héloïse. On commence par des exercices de respiration et des étirements, puis des bruits de bouche et des vocalises. Montée-descente abrupte de voix: «Hmm-Hmm» puis «Ohoho-Hahahaha» puis «Eééé-uuéé» et «Entre deux, bouche endormie-tête de plouc», explique la prof. Qui multiplie les images pour dire où chercher les notes, les basculements et autres coups de glotte: «La patate chaude au fond de la bouche» ou alors «Les yeux écarquillés du hibou»…

Les élèves adorent et en redemandent: «C’est un formidable moyen d’exprimer ce qu’on veut à travers le chant, souvent sans paroles; on apprend à respirer et à s’extérioriser aussi.» Certaines ont découvert leur prof à l’occasion de la fête de la musique: «Elle nous a emportées dans la montagne, nous avons adoré son énergie», s’exclament d’une même voix Hélène et Véronique. Alors que Catherine a toujours été attirée par le côté méditatif du yodel: «Celui d’Héloïse est atypique, jamais figé, imaginatif.» Pour certains, «il y a là une quête identitaire et culturelle, relève Héloïse, alors que d’autres recherchent uniquement la sensation de la voix». «Pour moi, c’est le plaisir pur de chanter: que du bonheur!» confirme la vétérane des cours, fidèle de la première heure…

http://ethnoyoutze.wordpress.com

Héloïse Fracheboud, yodleuse urbaine

Coopération.  Y a-t-il un trend pour le yodel et si oui, comment l’expliquez-vous?
Héloïse Heïdi Fracheboud.  Il y a un grand engouement: j’ai dû refuser beaucoup d’inscriptions car les cours étaient complets. Le film «Heimat-klänge», qui évoque le parcours des artistes Erika Stucky, Christian Zehnder et Noldi Alder, a contribué à sortir le yodel des clichés «extrême droite-UDC-fermeture» et à le populariser. Outre le plaisir de faire jaillir sa voix, il correspond pour certains à une recherche culturelle, identitaire.

Connaît-on l’origine du yodel?
C’est la manière originelle de communiquer des armaillis entre eux et avec leurs bêtes, qu’on retrouve dans toutes les Alpes et bien au-delà, jusqu’en Mongolie ou chez les Pygmées; elle existe depuis toujours même si on l’a codifiée en 1910. Le yodel suisse est empreint de nostalgie, contemplatif, il y a une recherche de pureté, sans aucun vibrato.

En quoi consiste la technique, et requiert-elle un talent particulier?
Yodler consiste à passer très vite de la voix de corps à la voix de tête, c’est un exercice vertical. Il faut un appareil vocal sain: personne ne chante faux, la voix est un instrument qui se travaille.

A Davos 

Fête fédérale du yodel

Du 3 au 6 juillet, Davos retentira du chant primal des bergers. La 29e Fête fédérale du yodel verra plusieurs milliers de membres sélectionnés par les sections cantonales se produire au sein de 362 groupes. Ce n’est pas tout: le cadre grandiose de l’alpe accueillera également de nombreux joueurs de cor des Alpes et les traditionnels lanceurs de drapeau. La station grisonne attend quelque 100 000 spectateurs pour plus de 1300 concerts et démonstrations.

www.jodlerfest-davos.ch

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Veronica Aldazabal
Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 30.06.2014, 10:00 heure



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