Leo Leoni sur scène (ici à Tenero). Son groupe Gotthard est en tournée européenne qui passe par Lausanne les 11 et 12 mars.

«Nous sommes hard rock mais aimons les ballades»

Rencontre Le guitariste Leo Leoni est depuis 25 ans l’âme du groupe Gotthard. Il évoque sa relation privilégiée avec Steve Lee, Chris von Rohr et le massif du Saint-Gothard.

Leo Leoni, vous réjouissez-vous que le nom de votre groupe ait encore gagné en notoriété grâce au plus long tunnel ferroviaire du monde?
L’idée de nommer le groupe Gotthard, lancée comme une sorte de plaisanterie au cours d’un brainstorming, et que nous avons finalement adoptée, s’est une fois de plus ­révélée excellente!

Vous l’utilisez cette nouvelle ligne du Gothard?
Trois membres du groupe viennent de Suisse alémanique, où nous donnons de nombreux concerts et interviews. Une bonne liaison nord-sud est donc importante pour nous, comme pour beaucoup de Tessinois. Voilà aussi pourquoi le second tube routier me paraît nécessaire.
Mais, quand rien ne presse, je préfère prendre la route du col et profiter du panorama.

Et c’est le plus souvent à moto?
Non, je ne parcours que rarement de longues distances à moto. Quand j’enfourche ma Victory, c’est que j’ai besoin de calme et que je veux me vider la tête. Je savoure ces sorties où je dépasse rarement les 50 km/h. La vie est trop courte pour prendre des risques en fonçant!

Cette année 2017, vous fêtez avec votre groupe les 25 ans de Gotthard. De quoi êtes-vous particulièrement fier?
Nous avons toujours placé la barre un peu plus haut. Nous avons su également nous respecter les uns les autres, respecter nos fans, les maisons de disques et les organisateurs de concerts.
C’est ce qui nous a permis de combler le vide laissé par Krokus sur la scène du hard rock suisse.

Que représentent Gotthard et le disque anniversaire «Silver»?
L’énergie positive. On ne s’est jamais enfermés dans une étiquette. On n’a jamais fait du rock contre quelque chose. On a toujours suivi nos goûts et nos envies. On est un groupe de hard rock qui n’aime pas seulement les riffs de guitare ou la batterie, mais aussi les ballades. On n’a pas honte de nos morceaux mélodieux.

Dans le premier morceau de l’album, «Silver River», il y a un superbe solo de guitare – ce qui est hélas rare maintenant…
Freddy (ndlr: Scherer) a joué ce riff pendant les répétitions et nous avons ensuite élaboré les autres parties. Le morceau s’ouvre sur un chœur sur­prenant avant de poursuivre avec des rythmes puissants, la ligne vocale et le solo.

«

La vie est trop courte pour prendre des risques en fonçant»

Leo Leoni (50 ans), guitariste et... motard

Quels sont vos trois solos de guitare préférés de l’histoire du rock?
«Hotel California» des Eagles est incroyablement beau. Et pour le feeling, j’adore «Still Got The Blues» de Gary Moore. Quant au troisième, je préfère m’abstenir: il y a tant de choix possibles, je ne voudrais décevoir personne.

Seriez-vous vexé si d’autres musiciens ne vous nommaient pas?
Non. Personnellement, avec mon travail à la guitare, je cherche avant tout à servir la chanson, même lorsque je compose solo.

Qui vous a le plus influencé pendant votre jeunesse?
Mon père jouait de l’accordéon et de la musique populaire tessinoise. Ensuite, je suis devenu un inconditionnel des Beatles et, à 12 ans, je suis tombé amoureux des guitares Les Paul, rendues célèbres par Peter Frampton et Jimmy Page de Led Zeppelin. Mon cousin Moreno tenait un magasin d’instruments de musique et il a promis de m’offrir une Les Paul dès que je serais capable de lui jouer tous les morceaux de l’album rouge et de l’album bleu des Beatles. Je les ai alors appris en autodidacte, pendant un an et demi.

Étiez-vous également fasciné par les excès des rockstars?
Je suis un grand fan de musique, mais le côté «Sex, drugs & rock’n’roll» ne m’a jamais attiré. Au début, j’ai bien rêvé de faire carrière aux États-Unis, mais en revenant de mon premier voyage là-bas, j’ai préféré profiter à nouveau des beautés de mon pays.

Un côté terre à terre, qui a dû vous lier encore davantage à Steve Lee, non?
Absolument. C’était un vrai pro et, tout comme moi, il voulait poursuivre notre but de manière rigoureuse – pas se contenter de chercher quelques musiciens et voir si ça donnait quelque chose.
Dès que je l’ai entendu chanter «Child In Time» de Deep Purple avec son ancien groupe, dans lequel il jouait de la batterie, j’ai voulu travailler avec lui et envisager la musique comme un métier.

Quand avez-vous eu l’impression d’y être parvenu?
À la sortie de notre premier album, j’ai signé au Tessin un autographe à un Suisse alémanique. J’ai su que nous étions sur la bonne voie.

Quelle est l’erreur dont vous avez le plus appris?
Je n’ai pas fait assez attention à ce qui se passait autour de moi. Le genre d’erreur dont hélas tes proches paient le prix.

Diriez-vous que vous êtes marié à la musique?
D’une certaine façon. Quand tu conclus un pacte avec le diable, il te donne quelque chose, mais t’en prend une autre en retour.

Aviez-vous un plan B, au cas où le diable aurait rompu le pacte?
J’ai un diplôme de monteur-électricien. Mon père, qui regrettait mon infidélité à sa musique populaire et son instrument, m’a toujours dit que je devais avoir une sécurité.
Et mon prof, qui jouait aussi de la musique, disait la même chose. J’étais cependant persuadé de pouvoir trouver ma voie dans le rock, même si Gotthard n’avait pas le succès attendu.

Quel rôle a joué Chris von Rohr?
Je n’ai jamais été un grand fan de Krokus. Mais avec sa vision et son expérience, il était le bon mentor pour le début de notre carrière.
Cela me rappelle une anecdote amusante: lors de notre première rencontre, Chris m’a demandé si je connaissais son ancien groupe et si je possédais un disque d’eux. C’était «Blitz», le seul LP de Krokus auquel il n’a pas participé. Je me suis excusé, expliquant que j’écoutais plutôt AC/DC et Van Halen, parce qu’au sud du Gothard, nous étions plus influencés par la musique internationale que par celle provenant de Suisse alémanique…

Vous êtes-vous plus tard séparés en bons termes?
Comme les vieux couples, nous nous sommes quittés lorsque nous ne nous entendions plus. Ça n’a pas été sans blessures, des deux côtés. Pendant des années, c’est à peine si nous avons communiqué. Mais au lendemain de l’accident de Steve, Chris m’a appelé pour me transmettre ses condoléances. Il faut malheureusement parfois un coup du sort pour que deux personnes se parlent à nouveau.

À quel point la mort de Steve Lee a-t-elle remis en question l’avenir de Gotthard?
Elle est survenue en 2010, à un moment particulier: après vingt ans sans longue pause, nous souhaitions faire un break pour recharger les batteries.
Pendant un voyage aux États-Unis, Steve a perdu la vie sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute à cause d’une moto qui s’est projetée sur lui. Après des discussions au sein du groupe et de longues auditions, nous avons trouvé en Nic Maeder un chanteur qui nous convenait, aussi bien sur le plan humain que musical.

En tant que Lausannois, Nic Maeder a-t-il modifié l’accueil de Gotthard par les Romands?
Oui, leur intérêt a sensiblement augmenté. En fait, il ne nous manque plus qu’un Romanche pour représenter la Suisse entière!

Comment entretenez-vous votre signe distinctif, votre crinière blonde?
Je ne vais que rarement chez le coiffeur, peut-être une fois par an. Et pour la couleur, je laisse faire le soleil du Tessin et un peu de bière! (rires). Quand on m’a demandé de me couper les cheveux pour le service militaire, je m’y suis opposé et j’ai gagné, arguant que cette coiffure était un outil professionnel.

Le guitariste de Gotthard, Leo Leoni, lors de notre interview à Lucerne, dans la chambre Gotthard de l’hôtel Schweizerhof.

Gotthard, on the road again!

Le groupe de hard rock tessinois Gotthard est composé des trois membres fondateurs Leo Leoni (guitare), Marc Lynn (basse) et Hena Habegger (batterie), ainsi que de Freddy Scherer (guitare) et Nic Maeder (chant). Il a percé dès son premier album homonyme, en 1991, et tous les albums suivants se sont placés en tête des charts suisses. Leurs singles les plus connus sont «Heaven» et «One Life, One Soul». Avec son 12e album, «Silver» (Musikvertrieb), qui vient de sortir, Gotthard confirme qu’il reste un groupe majeur, même sans Steve Lee, son chanteur mort en 2010. Durant la tournée anniversaire, le quintette se produira pour la première fois avec Krokus, le 3 mars à Berne (Festhalle) et les 11 et 12 mars à Lausanne (Salle Métropole).

Article: «Gotthard "Silver" a du coffre»

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texte:
Reinhold Hönle
Photo:
Mischa Christen
Publication:
lundi 13.02.2017, 13:45 heure



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