Les avantages de l’agriculture bio

Le bio a-t-il un sens? Les réponses d’Urs Niggli, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), qui parle aussi des risques d’une mauvaise alimentation.

Coopération. Les agriculteurs bio sont plus souvent perçus comme des jardiniers paysagistes que comme des producteurs de denrées alimentaires… 
Urs Niggli. Ce qui est totalement faux. La motivation des agriculteurs bio est la production alimentaire. Mais une production responsable qui ménage l’environnement, l’eau, les sols et l’air que nous respirons.

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L’agriculture bio peut doubler les rendements»

L’agriculture biologique a-t-elle les moyens de nourrir le monde?
L’agriculture biologique ne se résume pas à un refus de l’agrochimie. Elle vise à augmenter la production en faisant la synthèse d’un savoir-faire traditionnel et de techniques innovantes. Je pense par exemple à la rotation des cultures, au compostage, à la récupération de l’eau de pluie, à la connaissance des organismes vivants du sol.
Pratiquée de manière intelligente, l’agriculture bio peut doubler les rendements, notamment dans les pays pauvres. Des études l’ont prouvé. Par rapport à l’agriculture intensive, les rendements ne sont que de 20% à 25% inférieurs en moyenne. Cette différence pourrait être compensée si l’on réduisait le gaspillage.

Mais le bio est plus cher…
En forçant sur la graisse, le sucre et le sel, on obtient effectivement une nourriture meilleur marché.
Je suis effrayé de voir à quel rythme la malbouffe se répand aussi dans les pays en développement. Les conséquences sont dramatiques. Je ne fais pas seulement allusion au surpoids, mais aussi à la progression des maladies cardio-vasculaires et du diabète. Quand la culture alimentaire traditionnelle se perd, le coût de la santé augmente.

Pourquoi les aliments conventionnels sont-ils meilleur marché?
Les prix des produits conventionnels sont trop bas, car ils ne reflètent pas la vérité des coûts.
Aujourd’hui, personne ne paie pour l’érosion des sols, la pollution des cours d’eau ou la perte en biodiversité. Ce sont nos petits-enfants qui en paieront le prix.

L’agriculture bio est-elle meilleure pour les sols?
Cela ne fait aucun doute. Toutes les études montrent que la fertilité des sols exploités biologiquement est meilleure.
On y trouve jusqu’à deux fois plus de vers de terre, des micro-organismes plus actifs et une plus grande proportion d’humus.

Comment une mangue bio de Thaïlande peut-elle encore être bio à son arrivée en Suisse?
Elle a été produite de manière biologique. Les paysans qui l’ont cultivée et les journaliers qui l’ont récoltée ont bénéficié d’une formation. Leur travail est mieux rétribué et ils ne sont pas exposés aux produits chimiques qui ruinent la santé.

Mais les mangues viennent du bout du monde…
Je suis en faveur d’une production et d’une consommation locales, mais si nous exportons nos montres dans le monde entier, il faut bien que nous importions aussi des marchandises en retour!

Le génie génétique ne permettrait-il pas d’augmenter la production?
Non, les rendements ne seraient pas meilleurs. Je n’y suis d’ailleurs pas opposé a priori. Ce que je crains, c’est une industrialisation croissante de l’agriculture et une domination par de grandes multinationales qui vendent les semences, les engrais et les pesticides. Et qui, par-dessus le marché, commercialisent les récoltes.

En quoi est-ce gênant?
Les paysans seraient réduits à mettre leurs terres à la disposition des multinationales. Par ailleurs, nous n’avons pas besoin de maïs rendu génétiquement résistant contre la pyrale et d’autres ravageurs; il y a assez de méthodes de lutte naturelles qui ont fait leurs preuves.

Et les monocultures à haut rendement?
Elles ne fonctionnent qu’à coup de produits chimiques et finissent toujours en déserts écologiques et économiques. Nos expérimentations en Bolivie ont montré que le bilan des cultures biologiques mixtes était meilleur.

La solution est donc dans la diversité?
Absolument! Chez nous, l’agriculture biologique combine généralement élevage et cultures. Dans les zones tropicales, elle repose essentiellement sur la polyculture, l’agroforesterie et la perma-culture (ndlr: agriculture durable qui laisse beaucoup de place à la nature sauvage).
Les systèmes diversifiés produisent tous du fumier ou du compost et les sols sont enrichis au moyen de trèfle ou de légumineuses. Les paysans ne sont plus dépendants de l’agro-industrie et à la fin de l’année, il leur reste plus d’argent en poche.

Le plus grand choix  de produits bio de Suisse

En 1993, Coop a fait œuvre de pionnier en lançant la première marque bio du commerce de détail suisse.
Depuis, les modes de pensée et les comportements ont bien évolué: le nombre des exploitations bio a plus que quadruplé, de sorte que la superficie des terres cultivées biologiquement atteint 116 000 hectares. La gamme bio comprend plus de 1600 produits et couvre quasi l’ensemble de la palette des denrées alimentaires. Grâce à Coop Naturaplan, la Suisse est championne du monde de la consommation de produits bio par tête d’habitant.

www.naturaplan.ch
Franz Bamert

Rédacteur

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Publication:
lundi 30.12.2013, 00:00 heure