Virils, forts,
 protecteurs,
 ambitieux:
 des qualités
 «typiquement masculines»…
 mais est-ce 
encore ce quʼon
 attend dʼeux?

Sauront-ils faire face à leurs nouveaux défis?

La fin d’une ère Le mâle d’aujourd’hui participe aux tâches ménagères, 
prend soin de lui et refuse l’étiquette de macho. Mais il réalise aussi qu’il doit 
se battre pour faire reconnaître ses besoins et ses droits. 

Quelles tâches ménagères font les hommes d’aujourd’hui? Découvrez les réponses de nos lecteurs neuchâtelois en vidéo!

Durant des siècles, l’homme a été considéré comme un être sans problèmes, qui domine le monde, gagne l’argent et possède le pouvoir politique, social, sexuel et professionnel, écrit Walter Hollstein en introduction de sa recherche sur la masculinité. «Personne ne remettait en question qu’il incarnait le sexe fort – pas même les femmes.»

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Désormais, les femmes revendiquent des postes supérieurs, exigent la répartition des tâches ménagères, veulent des mecs à la fois forts et tendres, virils mais soignés. «Il y a quarante ans, huit patients sur dix étaient des femmes. Aujourd’hui, la proportion s’est inversée, constate le psychiatre tessinois Graziano Martignoni. Un signal évident du mal-être identitaire de l’homme contemporain, que je surnomme périphérique.»

Moins de travail, plus de tâches

Rarissime il y a vingt ans, le travail à temps partiel séduit, puisqu’il concerne 16% des hommes (contre 60% des femmes). «Le salaire à temps plein du mari reste encore souvent une nécessité économique, car les hommes continuent à gagner, en moyenne, plus que les femmes. Lorsque les jeunes pères veulent baisser leur taux, ils se heurtent à la question financière ou au refus de leur entreprise», relève Isabelle Zinn, sociologue spécialisée en Études genre, à l’Université de Lausanne. On constate depuis dix ans une certaine féminisation des métiers masculins, «mais il n’y a pas de symétrie. Au contraire, les métiers féminins restent dévalorisés et mal payés, et les hommes ne souhaitent pas les intégrer».
Parmi les femmes inactives, 63,1 % étaient mères au foyer en 1992, contre 35,7 % à fin 2014. Durant la même période, chez les hommes, ce taux est passé de 0,6 à 2,3 % selon l’Office fédéral de la statistique.

Deux «Journées internationales», les 3 et 19 novembre,
 sont consacrées à lʼhomme.

Il prend sa place dans la famille

Mais les choses bougent, en témoignent les voix toujours plus fortes, issues de toutes les couches sociales et de tous les modèles familiaux, qui s’élèvent pour un congé paternité national. Car à la maison, le mâle n’est plus cantonné au seul rôle de pourvoyeur. On attend de lui qu’il participe aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Le nombre d’heures consacrées au ménage par semaine fléchit chez les épouses tandis qu’il augmente chez leur mari (voir infographie). Le temps dédié aux devoirs et aux jeux avec les enfants s’équilibre aussi entre les parents. De même, les mamans-taxis deviennent toujours plus des papas-taxis puisqu’ils y consacrent une heure par semaine contre 1,3 pour leur épouse. «Les rôles des hommes se multiplient avec, comme conséquence, une répartition de plus en plus égale des tâches», relèveIsabelle Zinn. 

Le ménage, une affaire de femmes mais les hommes font leur part

La tendance s’amorce gentiment, mais il faudra encore du temps pour atteindre l’équilibre. Source OFS.

Desservis par la justice

Federer pleure après avoir remporté un titre, Obama verse une larme après une fusillade… les hommes n’hésitent plus à montrer leurs émotions en public et renient l’étiquette de machos sans cœur. Ce refus se traduit aussi dans leurs attitudes. Ils prennent soin d’eux, appliquent des produits de beauté développés sur mesure. «Les deux sexes se sont homogénéisés. L’homme d’aujourd’hui exprime ses sentiments, utilise crèmes et parfums», résume Graziano Martignoni.
Une opération de chirurgie esthétique sur cinq concerne un éphèbe, selon Acredis, le service de conseil pour patients. Les opérations privilégiées: liposuccion, relèvement des paupières, traitement des glandes sudoripares, correction du nez et des oreilles…
Reste que les hommes demeurent des individus esseulés. «Ils sont plus taiseux, parlent moins de leurs difficultés et de leur ressenti, et ne se donnent souvent pas le droit de demander d’être traités équitablement», observe Anne Reiser, avocate genevoise spécialisée en droit de la famille. Cela leur porte préjudice dans les cas de divorce. «Le juge tranche souvent selon ce qui est coutumier. Par habitude, on oblige le père à la solidarité sur le plan financier, mais on n’exige pas de la mère une solidarité dans la coparentalité.»

La quête identitaire de l'homme passe aussi par un plus grand souci de l'esthétisme.

Or, plus d’une fois, les géniteurs se retrouvent acculés par une pension alimentaire trop élevée, qui les mènent parfois au-dessous du seuil de pauvreté, et totalement coupés de leurs enfants. Les jurisprudences permettent de gommer les injustices du droit du divorce, même si des solutions telles que l’autorité parentale conjointe peinent à faire leurs preuves.
Les cas médiatisés de procédures houleuses ont réveillé les consciences masculines, qui commencent à s’unir pour faire valoir leurs droits, des mouvements de la condition paternelle, qui essaiment dans les cantons romands, à l’association faîtière Männer.ch, née en 2005 de l’unification de plusieurs groupements d’hommes. «Nos supposés privilèges n’en sont plus, note Markus Theunert, son président. Nous attendons aujourd’hui des changements qui nous apporteront non pas davantage de travail et de stress, mais une bouffée d’oxygène et plus d’espace vital.»
Signe de cette évolution, le terme «Masculinisme» a fait son entrée dans Le Petit Robert en 2015, avec cette définition: «Ensemble de revendications cherchant à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société».

Vincent Rime, 38 ans, comédien, Épagny (FR)

«

Faire la bise à mon père»

«J’ai abandonné mon métier d’ingénieur mécanique pour me lancer à plein temps dans le théâtre, il y a onze ans. Durant les répétitions, on peut se laisser toucher par un texte, jusqu’à en pleurer parfois. Cela aide à mieux comprendre les enjeux de la pièce et les sentiments qu’elle véhicule. Sur scène, il faut être sincère tout en jouant l’émotion, car on ne peut pas prendre le risque de se laisser dépasser par elle. Peut-être bien que le théâtre a influencé mavie privée et m’a donné une certaine sensibilité. Je ne me retiens pas de pleurer si je suis en bonne compagnie. Lorsque j’avais 12 ans, mon père s’est mis à me serrer la main. À 25 ans, j’ai insisté pour qu’on se fasse à nouveau la bise. D’ailleurs, je la fais aussi à mes amis. L’idée de la masculinité en crise ne me touche pas. Sur le plan financier, mon métier est fait de hauts et de bas. Je suis bien content que ma femme travaille aussi. Je ne me vois pas comme le seul capable de faire vivre la famille. Aujourd’hui, je passe beaucoup de temps avec mes deux filles. Elles jouent aux tracteurs et rêvent de La Reine des neiges.»

Pedro Mendes, 28 ans, électricien, Genève

«

J’aime prendre 
soin de mon corps»

«Depuis que j’ai été élu Mister Suisse francophone en juin dernier, j’ai reçu beaucoup de compliments pour mon physique, mais aussi des avis négatifs provenant d’hommes; j’ai ressenti une certaine rivalité. C’est vrai que j’aime prendre soin de moi. Cela passe d’abord par une bonne hygiène au quotidien, je me nourris correctement et je vais quatre fois par semaine au fitness. Mon budget beauté est d’une centaine de francs par mois, plus environ 500 fr. de shopping. J’utilise de la crème hydratante pour le visage, afin d’avoir bonne mine, et une crème pour le corps. Quand le pot est fini, ça m’arrive de piquer celui de ma copine. On peut avoir une barbe, être très viril et utiliser des produits de beauté, sans qu’il n’y ait rien de contradictoire. Par contre, je ne ferais pas de chirurgie esthétique, chaque personne est différente et les petits défauts du corps sont une marque de fabrique.
»Je travaille comme électricien, je suis dehors tous les jours, au froid et sous la pluie. C’est un métier très masculin, loin des podiums. Je souhaiterais que les hommes soient mieux représentés dans le monde de la mode.»

Vitor Andrade da Rocha, 40 ans, sage-femme à 80%, Lausanne

«

Dans ma profession, Je suis un extraterrestre»

«Durant ma formation d’infirmier, j’ai fait un stage en obstétrique qui m’a énormément plu. Du coup, j’ai fait la spécialisation en 2005. Cela se passe très bien depuis le début, je suis bien accepté, ça ne coince que très rarement. Il arrive que ce soit le mari qui refuse ma présence. À l’étonnement des gens par rapport à mon choix d’être sage-femme, je réponds: Et un gynécologue, ça ne vous dérange pas? Quand on me demande ma profession, je réponds sage-femme, pas maïeuticien, le terme grec. Car le mot vient de travailler avec sagesse auprès des femmes. Ma masculinité m’apporte un avantage: des maris sont déjà venus me confier leurs problèmes de sexualité après l’accouchement, parce que je suis homme moi aussi, et c’est donc plus simple pour eux de m’en parler. Paradoxalement, travailler avec des bébés ne m’a pas donné envie d’avoir des enfants, je suis célibataire.
»L’émancipation des femmes est un sujet compliqué – je suis pour! Je viens du Portugal et j’ai été très étonné quand j’ai appris que leur droit de vote était si récent en Suisse. Pour moi, si on a les mêmes droits, on a aussi les mêmes devoirs. Par exemple, dans le bus, je ne me sens pas obligé de me lever pour céder ma place à une femme.»

Lars Gutschmidt, 44 ans, père au foyer, Ursy (FR)

«

J'avais peur du regard des gens»

«Nous avons décidé, avec mon épouse, que je resterais à la maison pour m’occuper de nos deux filles  (7 ans et demi et 4 ans et demi), car elle avait de meilleures chances de progresser dans sa carrière. À la naissance de Maé, j’ai beaucoup tâtonné. Je ne voulais pas entendre un: On t’avait bien dit que ce n’est pas un travail pour les hommes! Cela m’a pris une année pour me sentir à l’aise dans ce rôle. J’avais peur du regard des gens, peur qu’un homme avec une poussette soit perçu comme la conséquence d’un échec professionnel. Je suis marginalisé, les autres mamans font des activités ensemble. Je n’ai pas de collègues, de souper de boîte en fin d’année. C’est beau de voir mes enfants grandir. Mais je me suis oublié, j’ai voulu trop bien faire. Résultat, il y a un an, j’ai fait une sorte de burn-out. Je me disais que j’étais un homme, que j’étais fort. L’équilibre familial a été bousculé. Avant, j’étais très sportif, j’ai dû freiner, ça m’a beaucoup affecté. Je m’étais donné dix ans. Maintenant que la petite est à l’école enfantine, je peux me reposer etm’octroyer du temps, mais je culpabilise par rapport à mon épouse qui travaille beaucoup. Si c’était à refaire, je le referais différemment: je conserverais une activité professionnelle un jour par semaine, pour garder un pied dans la vie courante.» 

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Marius Affolter, Heiner H. Schmitt
Styling:
Denise Wohlgemuth
videos:
Sophie Wenger, Geoffrey Raposo
Publication:
lundi 02.11.2015, 15:10 heure



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