Le Tessin devrait connaître, à l’avenir, davantage de fortes précipitations. Il en a eu un avant-goût en novembre 2014, quand le lac Majeur a inondé le village de Magadino.

Les jardins face aux changements climatiques

Météo Réchauffement, variations d’hygroscopie, nouveaux nuisibles, nos jardins sont mis à rude épreuve. Les spécialistes travaillent à de nouveaux traitements. Point de la situation.

Depuis 1970, l’atmosphère s’est réchauffée de 1,5 °C en moyenne, selon le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Une augmentation attestée, contrôlée en direct par les instituts météorologiques. Ce réchauffement n’est pas uniforme: «Il y a des régions où il fera moins froid (moins de gel) et d’autres où il fera plus chaud (davantage d’épisodes de canicule). Plus que le réchauffement, les événements climatiques extrêmes (sécheresse prolongée ou fortes précipitations) sont à redouter. Les scénarios prévoient, à l’horizon 2060, une augmentation des températures moyennes de 1,4 à 3,5 °C, avec une baisse des précipitations de 12 à 34% en Suisse et notamment sur le canton de Genève», explique Sophie Rochefort, responsable de la filière agronomie à l’Hepia, la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture à Genève.

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Ces changements auront des impacts positifs et négatifs, observe la spécialiste. Par exemple, on voit que la floraison est avancée, certaines cultures débourrent plus rapidement qu’il y a vingt ans – ce qui les expose fortement en cas de gel printanier –, et les récoltes ont environ dix jours d’avance. «Les variations de climat auront aussi un effet sur les maladies et les insectes, qui entament une migration vers le nord, avec une nouvelle distribution des espèces.»
Quelques tendances se dessinent déjà, selon les relevés microclimatiques de la station Agroscope: au Tessin, la barrière des Alpes retient les nuages, provoquant d’importantes précipitations. En Valais, le foehn apporte un air plus chaud et sec. Vincent Gigon, chargé d’enseignement en cultures maraîchères à l’Hepia ajoute: «Il est encore difficile de déterminer dans quelle mesure cette hausse des températures impactera les cultures. Celles-ci seront avant tout sensibles aux épisodes climatiques extraordinaires.»

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Les événements climatiques extrêmes sont à redouter»

Sophie Rochefort, responsable de la filière agronomie à l’Hepia

De nouveaux envahisseurs

Pour autant, les effets sont déjà réels, avec l’arrivée de nouvelles plantes envahissantes et de ravageurs. «Ils arrivent chez nous avant tout par la libre circulation des produits et y trouvent de bonnes conditions pour survivre», observe Olivier Viret, responsable de la division recherche en viticulture, œnologie et protection des végétaux dans toutes les cultures, à Agroscope. La solidage (qui ressemble à du colza), la renouée du Japon ou le buddleia (l’arbre à papillons) font partie de ces nouvelles espèces. «Le problème est de savoir jusqu’à quel point on les tolère», souligne le spécialiste. Ces plantes ne représentent en effet aucun danger pour l’être humain. Les terrains en jachère sont particulièrement exposés au risque d’invasion.
Les ravageurs posent un problème d’autant plus brûlant: «Nos insectes ont leurs prédateurs. Que va-t-il se passer lorsqu’on déplace involontairement un insecte? Va-t-il s’en prendre aux espèces indigènes?» demande Vincent Gigon. Entre la détection du nouveau parasite et l’arrivée sur le marché d’un produit homologué, il faut compter huit à dix ans. «On ne peut pas lâcher un insecte dans la nature pour tuer un ravageur, sans savoir si son introduction aura un effet négatif, par exemple, sur d’autres insectes.»
Quelques ravageurs arrivent ou sont déjà présents, sans causer de dégâts. «Il est possible que le réchauffement climatique favorise leur développement plus tard, avec des conséquences négatives sur les cultures. Certaines espèces font aujourd’hui trois générations au lieu de deux durant une saison», s’inquiète le professeur.

Le feu bactérien s’étend du nord au sud du pays rapidement.

Privilégier les traitements bio

Comment réagir dès lors dans son jardin? Les traitements bio sont privilégiés, car l’efficacité des pesticides agressifs diminue après quelques utilisations, notamment en raison du développement de résistances. «Une plante possède plus de mille réactions pour se protéger, dévoile Pierre-Yves Bovigny, ingénieur horticole spécialisé dans les fleurs, arbres et gazon, à l’Hepia. De nombreuses recherches visent à développer des produits préventifs, une sorte de vaccin pour renforcer les plantes en enclenchant leur système de défense.» Les plantes qui ont besoin d’un moins grand apport en eau ont les plus grandes chances de survie dans un contexte de réchauffement climatique.

L’arbre à papillons (buddleia) n’est pas une espèce indigène. Faut-il le tolérer ici?

L’Hepia travaille sur un projet de réseau de surveillance des ennemis émergents des plantes cultivées dans un contexte de changements climatiques, projet mis en œuvre dans le cadre du programme pilote «Adaptation aux changements climatiques» soutenu par l’Office fédéral de l’agriculture. Des analyses de risques seront élaborées ainsi que des méthodes de détection précoce des ravageurs pouvant arriver sur notre territoire.

La mouche suzukii a dévasté une partie de la vendange 2014, en Suisse.

Hygroscopie

La Suisse toujours plus touchée par les précipitations

MétéoSuisse 2014

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Sebastian Stabinger, Patrick Gilliéron Lopreno, Alamy, Keystone
Publication:
lundi 04.05.2015, 15:40 heure



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