Le mécène Léonard Gianadda pose entre «Les Pique-niqueurs du dimanche» (1986) d’Elisheva Engel.

Les mécénats façon Gianadda

Un homme, un destin, une fondation, ou plutôt… deux fondations. Car Léonard Gianadda, mécène atypique, cache derrière ses airs un peu rudes et autoritaires, une vraie générosité. Rencontre entre deux œuvres d’art.

Il a la stature imposante et le charisme ravageur. Un peu comme ces monstres sacrés du
7e art qui crèvent l’écran. Léonard Gianadda (79 ans) est de ceux-là: il en impose, c’est comme ça. Lui qui avoue «avoir hésité entre devenir géologue, dentiste, ingénieur – la tradition familiale – et même curé», nous accueille – en jetant un œil sur sa montre – dans les jardins de sa fondation, à Martigny (VS), érigée en mémoire de son frère Pierre, décédé en 1976.
A la fois rugueux, amène, convivial, rapidement agacé et un brin autoritaire, Léonard Gianadda est un homme pressé qui dégaine son dictaphone avec exaspération pour ne pas oublier la commande de catalogues en russe. Un rappel parmi les nombreux autres qui égraineront la journée.
Son assistante a apparemment fort à faire. Car l’homme de bientôt 80 printemps a toujours le souci du détail. Il agite la main pour presser son entourage de se dépêcher, mais sans oublier d’agrémenter le tout d’un «s’il vous plaît». Il est comme ça, Léonard Gianadda. On aime ou on n’aime pas. «Avec l’âge, je travaille moins rapidement, il paraît que c’est normal, s’amuse notre hôte. Il me faut beaucoup plus de temps pour faire la même chose qu’avant. Donc je travaille plus longtemps. Regardez mon agenda, c’est de la folie!»

A la question de savoir comment on devient mécène, le collectionneur répond sans ambages, «il faut en avoir envie… et les moyens. Je dirais même qu’il faut en éprouver le besoin. D’ailleurs, je pratique toujours mon vrai métier en parallèle (ndlr: ingénieur et constructeur). Etre mécène, c’est être égoïste: se faire plaisir en faisant plaisir aux autres. Mon plaisir personnel passe par celui des autres.»
Le fameux concept du moi de Freud? Peut-être. Mais après tout, peu importe. Car Gianadda, côté fondation, c’est un patrimoine d’exception et des expositions uniques, à l’instar de la centaine d’œuvres de Renoir qui émerveille en ce moment les lieux. Et le public ne s’y trompe pas puisque le 28 février dernier, le neuf millionième visiteur (depuis 1978) a franchi les portes. Or, derrière cette fondation connue de tous s’en cache une autre. Plus discrète et plus intime. Moins fastueuse et médiatique. Une fondation à but social fondée en 2011, la Fondation Annette et Léonard Gianadda. «Ce sont seize logements, une garderie – un jardin d’enfants et neuf appartements aménagés pour personnes âgées, qui sont offerts. C’est important de participer à la vie de la commune et d’aider les autres. Et puis cette fondation, c’est environ un demi-million de francs distribués chaque année dans des projets sociaux. De toute façon, je ne vais rien emporter dans la tombe, que je sache. Et puis ces décisions sont prises en total accord avec mon épouse Annette et mes enfants.»

Un franc-parler, une lucidité, une vraie générosité. Un nouveau coup d’œil à sa montre, l’air de rien. Car, à 80 ans, on ne change pas un homme pressé. Une dernière question au plus grand mécène de Suisse nous titille, à savoir si une vie sans art est une vie perdue. L’homme rit. «Mais l’art est partout! Toutes les musiques sont de l’art, admirer un paysage, c’est admirer une œuvre d’art. Il ne peut donc pas y avoir de vie sans art. Il ne peut donc pas y avoir de vie perdue…» Il est comme ça, Léonard Gianadda.

En ce moment

Renoir à voir et à revoir

Jusqu’au 23 novembre, la Fondation Pierre Gianadda accueille l’exposition «Renoir», qui propose une lecture nouvelle de l’œuvre d’un des maîtres de l’impressionnisme à travers une centaine d’œuvres. Tous les jours de 9 h à 19 h.

www.gianadda.ch

Du tac au tac

Si vous étiez…

Un film: «Amadeus ou Il était une fois dans l’Ouest, j’hésite entre les deux.»

Un auteur: «Saint-Exupéry, sans hésitation!»

Une œuvre: «Je peux en dire deux? Le Discobole et Le Requiem de Mozart.»

Un héros: «Mon épouse, Annette (silence), c’est encore très douloureux. C’est la personne que j’admire le plus au monde.»

Une qualité: «Le perfectionnisme.»

Un défaut: «L’impatience! Vous voyez, je le reconnais. Et puis je n’ai plus beaucoup de temps devant moi. Les choses doivent aller vite.»

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Sophie Dürrenmatt
Photo:
Nicolas de Neve, «Rose et Bleu – Alice et Elisabeth Cahen d’Anvers» © JOÃO MUSA
Publication:
lundi 07.07.2014, 12:00 heure



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